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Ouverture des "Jeux européens de la répression" en Azerbaïdjan

Un agent de sécurité devant le village des athlètes de Bakou, le 10 juin 2015.
Un agent de sécurité devant le village des athlètes de Bakou, le 10 juin 2015. Kirill Kudryavtsev, AFP

La première édition des Jeux européens débute ce vendredi à Bakou, en Azerbaïdjan. Mais plus que le sport, c’est la question des droits de l’Homme, bien mal en point dans ce pays du Caucase, qui fait les gros titres.

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Coup d'envoi des tout premiers Jeux européens ! Du 12 au 28 juin, la capitale de l'Azerbaïdjan, Bakou, accueille en grandes pompes quelque 6 000 athlètes pour concourir dans une vingtaine de disciplines, parmi lesquelles l’athlétisme, le karaté, la boxe, la natation ou encore le volley, et se disputer les titres continentaux.

Pour l'autoritaire président Ilham Aliev, qui dirige ce pays riche en hydrocarbures depuis 2003 après avoir succédé à son père, ces Jeux sont la vitrine rêvée pour afficher les ambitions olympiques du pays et se rapprocher de l'Europe. En 30 mois et pour près d'un milliard d'euros de budget officiel, Bakou a fait construire 18 sites, dont une arène de 66 000 places.

"Les Jeux de la répression"

Mais sur le plan politique, Ilham Aliev et le gouvernement azerbaïdjanais doivent essuyer un torrent de critiques des ONG, désireuses de mettre en lumière les abus d'un régime où journalistes, opposants et défenseurs des droits de l'Homme sont régulièrement emprisonnés.

"Derrière l'image d'une nation moderne et ouverte, l'Azerbaïdjan est un État où la critique des autorités est chaque jour frappée par la répression", écrit Amnesty International dans un rapport intitulé "Azerbaïdjan : les Jeux de la répression", qui a valu aux représentants de l'organisation d'être déclarés "persona non grata" dans la petite république du Caucase jusqu'à la fin des Jeux.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a reçu, quant à elle, le 5 juin, une lettre du gouvernement azerbaïdjanais lui donnant "un mois à partir du 4 juin" pour fermer son bureau de Bakou. "Le pays se développe rapidement et nous avons décidé qu'il n'y avait plus besoin d'un bureau de l'OSCE à Bakou", a justifié jeudi à la presse le vice-ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Araz Azimov.

La lettre du gouvernement azerbaïdjanais est cependant arrivée deux jours après la publication sur le site openDemocracy d'une tribune co-signée par Dunja Mijatovic, la représentante de l'OSCE pour la liberté des médias, dénonçant "la brutalité des méthodes d'intimidation, de harcèlement et d'obstruction utilisées par les autorités azerbaïdjanaises".

Emprisonnements sur des "accusations bidon"

L'ONG Human Rights Watch (HRW), qui dénonce "une atmosphère de répression sans précédent dans l'ère post-soviétique", a dénombré au moins 35 défenseurs des droits de l'Homme, militants politiques et de la société civile, journalistes et blogueurs emprisonnés sur des "accusations bidon". Exemple le plus emblématique, la journaliste indépendante Khadija Ismaïlova, récompensée pour ses enquêtes sur la corruption du régime, est détenue depuis décembre pour fraude fiscale.

Les méthodes d'obstruction dénoncées par Dunja Mijatovic concernent aussi les journalistes étrangers, dont trois au moins se sont vu refuser l'entrée dans le pays. Parmi eux, le correspondant de RFI dans le Caucase, Régis Genté, qui a expliqué n'avoir reçu aucune explication des autorités justifiant leur décision. Un journaliste du quotidien britannique "The Guardian" a également été refoulé à son arrivée à Bakou.

"La répression du gouvernement rend ces Jeux européens historiques pour de mauvaises raisons", a assuré dans un communiqué Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à HRW.

Les journalistes appelés à délivrer une "information vraie"

Le monde sportif est pourtant resté silencieux. Seul le Comité olympique allemand (DOSB) a rejoint l'appel lancé par Michel Forst, le rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des défenseurs des droits de l'Homme, pour que l'Azerbaïdjan libère ses "prisonniers politiques".

Bakou, par la voix d'un conseiller d'Ilham Aliev, a nié ces abus et accusé les ONG de mener une campagne de dénigrement orchestrée par les capitales européennes. "L'État de droit est appliqué en Azerbaïdjan. Les libertés fondamentales y sont respectées et il n'y a pas de prisonnier politique", a assuré M. Gassanov en conférence de presse.

Jeudi, environ 150 manifestants pro-gouvernementaux se sont réunis devant plusieurs ambassades pour dénoncer une "campagne anti-Azerbaïdjan". Et l'agence de presse officielle nationale, APA, a appelé les journalistes locaux à délivrer une "information vraie" sur l'Azerbaïdjan en réaction au hashtag #Baku2015, lancé sur Twitter par plusieurs ONG défendant la liberté de la presse.

Et pour noircir encore le tableau, jeudi, une nageuse de l'équipe autrichienne de natation synchronisée a été grièvement blessée dans le village des athlètes, renversée par un bus assurant des navettes. Vanessa Sahinovic, 15 ans, "souffre d'un polytraumatisme avec fractures multiples", deux autres nageuses étant plus légèrement blessées. Ces premiers Jeux européens, qui auront désormais lieu tous les quatre ans, ne démarrent pas sous les meilleurs auspices.

Avec AFP

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