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Athènes est-elle prête à sacrifier les touristes pour plaire aux créanciers ?

Touristes sur une plage de Zakynthos, une des îles ioniennes.
Touristes sur une plage de Zakynthos, une des îles ioniennes. Louisa Gouliamaki, AFP

Les nouvelles mesures proposées par la Grèce, lundi, pour convaincre ses créanciers de débloquer de nouveaux fonds, comportent des hausses de la TVA dans le secteur du tourisme. Athènes sacrifie-t-elle Santorin pour plaire à Berlin ?

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Les négociations de la dernière chance pour sauver la Grèce d’un défaut de paiement le 30 juin pourraient bien faire une victime collatérale inattendue : le touriste. Il aime la mer bleue, les belles plages des îles et les vestiges d’une civilisation antique triomphante, mais va-t-il apprécier une forte hausse de la TVA dans le secteur touristique ?

Car le gouvernement grec a proposé une série de mesures pour augmenter les recettes fiscales venant du tourisme. Un secteur jusqu’à présent plutôt épargné par les cures d’austérité successives qui ont drastiquement dégradé le niveau de vie des Grecs. Les nouvelles propositions font partie du programme de réformes soumis, lundi 22 juin, par le Premier ministre Alexis Tsipras à ses créanciers publics pour les convaincre de débloquer la dernière tranche d’aide financière.

La goutte qui fait déborder l’ouzo ?

Athènes a prévu de frapper fort : la TVA sur l’hôtellerie et la restauration est censée passer de 6 % à 13 % tandis que le régime de faible TVA dont bénéficient les îles grecques est voué à disparaître pour les destinations les plus courues. Le prix des souvenirs à Santorin ou Mykonos risque donc de faire un bond. L’effort est déjà important, mais les créanciers de la Grèce aimeraient que les hausses soient encore plus conséquentes pour atteindre 23 %, assure "Les Échos".

Pas sûr que le gouvernement accepte de faire encore plus. Le risque étant de donner un coup d’arrêt à l’un des rares secteurs économiques qui se portent bien dans le pays. Cette industrie contribue pour 20 % au PIB grec et représente environ 20 % de l’emploi salarié, d’après le magazine professionnel "Tour Hebdo". La fréquentation touristique depuis juin 2014 est en hausse de 5,4 % par rapport à l’année précédente et la Grèce fait mieux que la plupart des autres pays d’Europe du Sud (hausse moyenne de 4,1 % sur un an), d'après les données du cabinet d'analyses ForwardKeys.

La hausse du prix d’un verre d’ouzo à une terrasse de café dans le quartier de la Plaka, à Athènes, pourrait avoir un effet radical. "On constate qu’à partir d’une augmentation de 1 % des tarifs, les clients ont tendance à modifier leurs choix de voyage", analyse David Tarsh, porte-parole de l’European Tour Operator Agency (ETOA, agence européenne des tour opérateurs), contacté par France 24. Ce spécialiste souligne que le segment des destinations touristiques estivales de proximité est l’un des plus concurrentiels. Les stations balnéaires espagnoles, turques ou italiennes sont à l’affût pour récupérer les touristes qui font attention à la dépense.

Rendez-vous dans un an

Mais la Grèce garde une spécificité dans l’univers impitoyable du tourisme de masse. "C’est un incontournable", assure à France 24 Richard Soubielle, vice-président du SNAV (Syndicat national des agents de voyage). Culture, histoire et plage, le tout à moins de trois heures de vol de Paris. Comme cette destination connaît un boom depuis deux ans, "il est possible que les bons souvenirs de vacances récentes contrebalancent l’éventuelle hausse des tarifs", estime Richard Soubielle. Revoir un coucher de soleil sur Paros vaudrait bien de débourser quelques dizaines de centimes en plus par repas.

Jusqu’à quel point ? Si les prix sont appelés à augmenter, nul ne sait de combien exactement. "Ce n’est pas parce que la TVA passe de 6 % à 13 % que les prix du voyage vont augmenter dans les mêmes proportions", assure le spécialiste français. Il y a dans le tarif d’un voyage "tout compris" des éléments qui ne dépendent pas de la situation en Grèce, comme, par exemple, le billet d’avion.

La hausse ne va, en outre, pas se faire ressentir tout de suite pour les touristes. "Les tour-opérateurs ont négocié l’an passé leurs tarifs pour cette année", explique David Tarsh. Rendez-vous dans un an, donc. D’ici là, l’industrie du tourisme aura le temps d’absorber cette hausse pour qu’elle soit la moins douloureuse pour les clients.

Elle ne sera pas, non plus, perçue de la même manière par un touriste extracommunautaire que par un autre issu d’un pays de la zone euro. La faiblesse actuelle de la monnaie unique fait que le voyage vers la Grèce pour un Américain ou un Britannique paraîtra moins cher qu’il y a quelques mois, qu’importe la hausse de la TVA. Le pouvoir d’achat du touriste allemand, habitué à payer en euro, souffrira davantage.

Pour Richard Soubielle, si la hausse de la TVA n’est pas neutre sur le tourisme, il y a un facteur plus important. "Tout dépend, en fait, de la manière dont les réformes seront accueillies par la population. Si elles engendrent des troubles sociaux, comme en 2010, l’effet serait alors bien plus important sur la fréquentation que l’augmentation de la TVA", assure-t-il. Après tout, rappelle cet expert, si la Grèce a connu plusieurs beaux étés touristiques, c’est parce que le pays a récupéré une partie des clients rechignant à aller dans les pays du pourtour méditerranéen qui ont du mal à se relever économiquement et politiquement du printemps arabe.

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