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Indiscrétion

Selon des révélations de WikiLeaks, les trois derniers présidents français ont été écoutés par la National Security Agency (NSA).
Selon des révélations de WikiLeaks, les trois derniers présidents français ont été écoutés par la National Security Agency (NSA). Paul J. Richards, AFP

La curiosité est un vilain défaut. Mais chez un espion, c’est une compétence professionnelle indispensable. Amis ou ennemis, peu importe. Être informé de tout, tout le temps, est une nécessité stratégique. Le tout est de ne pas se faire pincer.

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Entre amis, c’est bien naturel de s’écouter, non ? Ainsi apprend-t-on, grâce à Wikileaks, que, poussant la sollicitude à l’extrême, les services de renseignement américains ont écouté nos trois derniers présidents, Chirac, Sarkozy et Hollande. Ce dernier, au moins jusqu’en 2013. Scandale ! À Paris, on affiche son indignation. L’ambassadrice américaine est convoquée pour réprimande. On annulera peut-être un ou deux rendez-vous pour démontrer sa mauvaise humeur. On froncera les sourcils. On haussera le ton, à l’image de Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée qui parle de "rupture du pacte de confiance entre les alliés". C’est surtout pour montrer qu’Hollande n’en fait pas assez. Diable, faut-il donc aller plus loin ? Rompre les relations diplomatiques ? Quitter l’Otan ? Déclarer la guerre à l’Amérique ?

On finira par se rassurer en rappelant qu’il a été mis fin à ces pratiques à la demande d’Obama en 2013. En se demandant s’il faut vraiment y croire, ou seulement si la NSA a trouvé enfin le moyen de se protéger de ces satanés lanceurs d’alerte…

Certes, écouter aux portes est très mal élevé. Surtout les amis qui ont bien le droit à leurs petits secrets. Sauf qu’entre grandes puissances, même alliées (et qu’on se rassure la France et les États-Unis le resteront encore longtemps), il n’existe pas une telle chose nommée "amitié". Car nous sommes autant alliés que rivaux et également soucieux de nos intérêts nationaux. Sur le plan économique et industriel, nous défendons nos entreprises, nos brevets, nos marchés, nos emplois face à nos concurrents, qui sont aussi nos alliés.

Même sur le plan diplomatique, il est de notoriété publique que, au moins depuis 1945, la France et les États-Unis ne se font pas confiance. Les Américains soupçonnent les Français d’être toujours prêts à un coup tordu ou déloyal. Ce qui arrive de temps en temps, comme lorsque Jacques Chirac s’employa, pour les meilleures raisons du monde, à torpiller les efforts américains pour obtenir une résolution de l’ONU les autorisant à employer la force en Irak. Quant à nous, Français, nous reprochons aux Américains de vouloir étendre leur empire sur la culture et l’économie de pays où nous estimons nous-mêmes avoir une influence plus bienveillante, en Europe, en Afrique ou au Moyen-Orient.

Pour le moment les révélations de Wikileaks ne contiennent aucun secret d’État (que Sarkozy ait pensé être le seul à même de sauver le monde de la crise financière, hélas on le savait déjà !). Attendons la suite. On ose croire que la France est consciente des capacités américaines à intercepter les communications téléphoniques les mieux protégées, qu’elle en fait sans doute autant, ou au moins qu’elle aimerait en être capable. On espère enfin que les authentiques secrets ne s’échangent pas au téléphone.

S’il s’avérait que certaines de ces interceptions aient été réalisées par l’intermédiaire de services d’un autre pays de l’Union européenne, comme l’Allemagne, dont la chancelière a pourtant elle aussi été écoutée, ce serait beaucoup plus préoccupant. Avec l’Allemagne, il n’y a pas plus de réelle amitié (au sens de confiance) qu’avec les États-Unis, mais un traité d’union économique qui devrait proscrire ce genre de pratique. En principe.

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