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Irak : l'archevêque de Kirkouk part en croisade médiatique contre l'EI

Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque chaldéen du diocèse de Kirkouk et Souleymanieh, en Irak, lors de sa visite à Paris en juin 2015.
Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque chaldéen du diocèse de Kirkouk et Souleymanieh, en Irak, lors de sa visite à Paris en juin 2015. Aude Mazoué, France 24

De passage à Paris pour quelques jours, l'archevêque chaldéen du diocèse de Kirkouk et Souleymanieh, en Irak, appelle l'Occident à entrer en résistance contre l'EI. Un homme d'Église entre inquiétudes et espérances. Portrait.

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Ne vous fiez pas au regard serein et au sourire rassurant de l’archevêque chaldéen de Kirkouk et Souleymanieh. Mgr Yousif Thomas Mirkis est un homme de paix parti en guerre. Depuis un an et demi qu’il a pris ses fonctions en Irak, il livre un combat médiatique sans merci contre les hommes de l’organisation de l'État islamique (EI). Mais aussi contre l’indifférence. "Notre peur, ce n’est pas seulement Daech, c’est l’oubli", confie-t-il à France 24 dans un français parfait.

De l’immeuble cossu du Faubourg Saint-Honoré où il est herbégé pour quelques jours par la commaunuté des Dominicains de Paris, il n’oublie pas ceux pour qui il est parti en mission. Armé d’une excellente connaissance des langues - arabe, araméen, turkmène, français, anglais et allemand -, le prélat multiplie les conférences, interviews, célébrations et rendez-vous aux côtés de dirigeants du monde entier avec un même credo : mobiliser l’opinion publique et les puissants sur l’urgence à agir en Irak et en Syrie.

Entretien de Mgr. Mikis, archevêque de Kirkouk en Irak

De la prière à l'action

Car Mgr Yousif Thomas Mirkis n’est pas homme à rester les bras croisés. Pour libérer des chrétiens aux mains des islamistes, il n’a pas hésité à monter au créneau pour les "racheter" lui-même. "Quand j’apprenais que des chrétiens étaient pris en otage, je négociais de petites sommes ou de grosses sommes pour qu’ils soient acheminés dans des zones libres".

Le reste du temps, l’homme d’église s’occupe des 800 familles réfugiées dans son diocèse, qui ont fui le plus souvent dans l’urgence, la peur au ventre et les mains vides. "Il a fallu leur trouver des maisons, de la nourriture et tout le nécessaire pour vivre décemment", explique-t-il. N’hésitant pas à piocher dans ses deniers personnels, ceux du diocèse et des ONG présentes, il achète des médicaments pour les personnes âgées et du lait en poudre pour les nourrissons. "La générosité n’a jamais manqué", assure-t-il avec un large sourire. Plutôt que les scènes de chaos, il préfère garder en tête les belles images de solidarité que musulmans et chrétiens donnent à voir quotidiennement à Kirkouk et Souleymanieh.

Contre l’ignorance

Celui qui a participé à la création de l’Université des sciences humaines de Bagdad prend également sous son aile de nombreux étudiants venus de Tikrit, des plaines de Ninive et de Mossoul. "Ces étudiants arabophones n’ont pas pu trouver de refuges dans les zones kurdes parce qu’ils ne parlent pas leur langue. Nous les hébergeons donc dans notre diocèse le temps qu’ils finissent leurs études de médecine, ou leur formation d’ingénieur", souligne-t-il. Une manière de protéger le savoir, son arme la plus précieuse.

Avant d’occuper la plus haute fonction de l’archevêché, Mgr Yousif Thomas Mirkis a en effet consacré sa vie à la connaissance du monde. Ce docteur en théologie et diplômé d’anthropologie sociale à l’Université de Nanterre, qui a fait ses études en France entre 1974 et 1979, ne veut surtout pas dissocier la culture de la religion. "Nous, dans notre pays, nous vivons malheureusement notre religion sans culture. Et vous, en Occident, vous vivez la culture sans religion. Une religion sans culture devient superstition, devient suiviste, kamikaze et finit par tuer. La définition même de l’État islamique".

La friandise des mots comme rempart à la violence

Alors dès qu’il le peut, il se cultive. "À chaque fois que je peux venir en France, je me rends d’abord à la Fnac et à La Procure, confesse-t-il amusé. Les librairies sont des restaurants, les livres des gourmandises, je suis un petit rat de bibliothèque qui aime lire dans toutes les langues pour déguster la beauté de chacune d’entre elles." Des pauses littéraires qui lui permettent d’affronter le quotidien, car il avoue avoir peur. "On ne sait pas combien de temps nos villes de Kirkouk et de Souleymanieh vont être épargnées par l’EI." Peur aussi que les chrétiens fuient la terre qui les a accueillis depuis des millénaires. "Si nous fuyons, nous cédons, nous donnons raison à Daesh. Il faut résister. Les Français connaissent ce mot. Et aujourd'hui, nous avons affaire à quelque chose qui est pire que le nazisme. Il faut résister en restant sur place." Une allusion directe aux 1 500 visas que la France a délivré aux chrétiens d’Orient et minorités persécutées. "Une goutte d’eau dans l’océan qui ne règle pas le problème".

Celui qui est né à Mossoul et a vu sa ville entièrement ravagée, désertée par les chrétiens, garde toutefois l’"espérance" chevillée au cœur. Lors de ses prochaines missions, qui le mèneront en Espagne et au Portugal, il compte bien de se rendre au sanctuaire de Notre-Dame de Fatima pour prier. Une sainte que l’on implore habituellement pour trouver un réconfort dans les cas de désespoir. "Je crois que l’Irak est une juste cause."
 

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