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Crise grecque : le FMI est-il responsable de l’impasse des négociations ?

Christine Lagarde, directrice du FMI, a adopté une ligne dure dans les négociations avec la Grèce.
Christine Lagarde, directrice du FMI, a adopté une ligne dure dans les négociations avec la Grèce. Mandel Ngan, AFP

Le Fonds monétaire international (FMI) est dépeint, par Athènes et le prix Nobel d’Économie Paul Krugman, comme le responsable de l’échec actuel des négociations sur la dette grecque. Leurs arguments sont-ils convaincants ?

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“À quoi joue le FMI en Grèce ? Veut-il punir Syriza, forcer la Grèce à faire défaut pour donner l’exemple ?”. Le prix Nobel 2008 d’économie Paul Krugman étrille l’institution présidée par Christine Lagarde dans sa chronique du jeudi 25 juin pour le "New York Times". L’éditorialiste star - placé à gauche politiquement - du quotidien américain juge que le Fonds monétaire international est devenu le principal frein aux négociations sur la dette grecque, qui piétinent depuis plus d'une semaine.

Il n’est pas seul dans ce cas. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras s’était attiré les foudres de Christine Lagarde après avoir affirmé, il y a dix jours, que le FMI avait “une responsabilité criminelle” dans la situation actuelle.

"Double discours"

En cause : l’intransigeance dont ferait preuve l’organisation internationale. Alors que les autres créanciers de la Grèce (Banque centrale européenne et Union européenne) semblaient avoir accueilli positivement les dernières propositions de réforme déposées le 21 juin par Athènes, l’institution dirigée par Christine Lagarde n’en a pas voulu. Pour le FMI, les augmentations de taxes sur les grandes entreprises et les Grecs les plus fortunés ne seraient pas la priorité, explique le “Financial Times” britannique. Il faudrait davantage couper dans les dépenses et, surtout, aller plus loin dans la réforme des retraites, note le quotidien proche des milieux d’affaires, qui a pu avoir accès à la contre-proposition faite par le FMI aux négociateurs grecs.

Pourtant, Athènes a fait savoir, dès le début des négociations - il y a près de cinq mois - qu’exiger de couper davantage dans les retraites grecques serait la goutte d’austérité qui ferait déborder le vase. Tout se passe, donc, comme si le FMI voulait, coûte que coûte, continuer “à dicter sa politique à la Grèce”, regrette Paul Krugman.

C’est d’autant plus étonnant qu’il fut un temps où l’institution de Christine Lagarde passait pour la voix modérée au sein de la Troïka (les trois créanciers publics d’Athènes). “C’est vrai qu’on a l’impression d’un double discours car il y a eu plusieurs articles académiques de membres du FMI assurant que l’austérité imposée à la Grèce était trop importante, ce qui n’empêche pas le Fonds monétaire de vouloir encore davantage de rigueur budgétaire actuellement”, note Christophe Blot, économiste spécialiste de l’Europe à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Pas de schizophrénie aigüe

Le FMI n’est pourtant pas atteint de schizophrénie aigüe. Il y aurait eu, en fait, deux phases différentes de la crise grecque qui expliquent les apparentes contradictions de Christine Lagarde. Au départ, l’urgence “était de réduire l’énorme déficit et le FMI  juge que l’austérité des débuts a pu être excessive”, explique à France 24 Iain Begg, économiste spécialiste de l’Europe à la London School of Economics. Pour lui, les négociations actuelles ne portent plus directement sur le déficit mais la remise en route de la machine économique grecque. Le Fonds monétaire "veut améliorer l’offre [c’est-à-dire la compétitivité des entreprises grecques et l’investissement, NDLR] et, dans cette optique, augmenter les taxes n’est pas forcément la méthode la plus adaptée”.

Le FMI ne peut pas non plus se montrer trop conciliant pour “des raisons qui dépassent le cadre grec et européen”, assure Iain Begg. Il assure que “le FMI est dans une position délicate par rapport à ses autres partenaires dans le monde, car il ne veut pas abandonner pour la Grèce ses principes en matière de remboursement des prêts”. En somme, si l’institution internationale commence à ouvrir la voie à une renégociation de la dette grecque et se montre plus conciliante à l’égard des revendications d’Athènes, qui sait qui sera le prochain à toquer à la porte de Christine Lagarde pour renégocier les termes d’un prêt.

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