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Nouveaux éléments dans l'enquête sur l'assassinat des moines de Tibéhirine

Une photo des sept moines exposée dans la boutique du monastère.
Une photo des sept moines exposée dans la boutique du monastère. Assiya Hamza, FRANCE 24

Selon la dernière expertise, les moines de Tibéhirine, tués en Algérie en 1996, pourraient avoir été exécutés plusieurs semaines avant la date de la revendication du GIA et leur décapitation pourrait avoir eu lieu "post mortem".

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Des signes de décapitations postérieures à la mort, une date de décès qui ne colle pas avec la revendication islamiste : des experts français ont relancé les doutes sur la version officielle de l'Algérie de l'assassinat des sept moines de Tibéhirine en 1996.

Selon les conclusions de cette dernière expertise judiciaire, lancée en octobre 2014,  et présentées jeudi 2 juillet aux parties civiles, les moines ont probablement été tués entre le 25 et le 27 avril 1996. Soit plusieurs semaines avant la date du 21 mai avancée dans le communiqué de revendication du Groupe islamique armé algérien (GIA).

"L'hypothèse d'un décès entre le 25 et le 27 avril 1996, tel qu'il est évoqué dans une pièce de procédure, apparaît vraisemblable", selon les conclusions de cette expertise datées de lundi et présentées par le juge antiterroriste Marc Trévidic. Ce délai ne peut que renforcer les interrogations des familles, qui doutent de la thèse officielle.

Les moines trappistes français ont été enlevés par un commando d’hommes armés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996. Quelques semaines plus tard, la détention, revendiquée par le GIA, se transforme en assassinat. Le 30 mai, les têtes des frères Christian, Christophe, Michel, Celestin, Luc, Bruno et Paul sont retrouvées dans des sacs en plastique sur le bord d’une route, près de l’entrée de Médéa.

Selon la version officielle algérienne, l’assassinat des religieux est imputé au GIA. Mais deux autres thèses coexistent pour expliquer ce crime : celle d'une bavure de l'armée algérienne et celle d'une manipulation des services militaires algériens pour discréditer le GIA ou se débarrasser des moines, en pleine guerre civile.

L’hypothèse d’une "décapitation post mortem"

Autre élément troublant : les résultats des examens des têtes des moines plaident "en faveur d'une décapitation post mortem". Une décapitation après la mort pourrait accréditer la thèse d'une mise en scène pour dissimuler les causes réelles du décès et faire croire à l'implication des islamistes.

>> À lire sur France 24 : "La seconde vie du monastère de Tibéhirine"

Les têtes, retrouvées au bord d'une route le 30 mai 1996, ont sans doute été exhumées pour être de nouveau enterrées : "Les éléments botaniques et la présence de terre différente de celle du cimetière de Tibéhirine observés dans et sur les crânes plaident en faveur d'une première inhumation", estiment les experts.

"En l'absence des corps" qui n'ont jamais été retrouvés, la cause des décès "ne peut pas être affirmée", mettent-ils toutefois en garde. "Il est retrouvé des lésions évocatrices d'égorgement chez trois d'entre eux, égorgement suffisant pour être à l'origine directe de la mort", notent-ils aussi.

En revanche, les têtes ne présentent pas de traces de balles, ce qui fragilise la thèse d'une bavure de l'armée algérienne qui aurait tué par erreur les moines en tirant depuis un hélicoptère sur un bivouac jihadiste.

Les auteurs d'un communiqué signé du GIA rendu public le 23 mai et daté du 21 avaient revendiqué les assassinats et affirmé avoir envoyé le 30 avril 1996 "un messager à l'ambassade de France" pour "confirmer que les moines sont toujours vivants" ainsi qu'"une lettre qui précise la façon de négocier". Ces dates ne concordent cependant pas avec l'expertise.

Les magistrats Marc Trevidic et Nathalie Poux s'étaient rendus en octobre sur le site du monastère Notre-Dame-de-l'Atlas de Tibéhirine pour exhumer les têtes des moines. Les corps, eux, n'ont jamais été retrouvés et aucune autopsie n'avait été menée à l'époque. Mais les autorités algériennes avaient refusé que l'équipe française rentre avec des prélèvements issus des exhumations. Les experts français ont donc travaillé à partir de leurs constatations sur place, ce qui les oblige à rester prudents.

Avec AFP

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