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Canal+ pourrait suspendre son émission culte, "Les Guignols de l’info"

Une personne manipule la marionnette de l'émission de télévision "Les Guignols de l'info" du journaliste et présentateur Patrick Poivre d'Arvor, le 11 février 2009, à Saint-Denis
Une personne manipule la marionnette de l'émission de télévision "Les Guignols de l'info" du journaliste et présentateur Patrick Poivre d'Arvor, le 11 février 2009, à Saint-Denis Stephane de Sakutin, AFP

Diffusé depuis 1988, le JT satirique "Les Guignols de L’info" risque de disparaître de Canal +, selon un auteur de l'émission. Ce qui constituerait l'une des premières grandes décisions du nouvel homme fort de Vivendi, Vincent Bolloré.

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"L’ancêtre d’Internet" risque d’être déplumée de l’une de ses émissions cultes. Les "Guignols de l’info", clame la rumeur, pourrait être supprimée de la grille de programme de Canal+ et ce, dès la rentrée prochaine. Après avoir, 27 ans durant, déglingué quotidiennement le politiquement correct, le légendaire présentateur "PPD" pourrait se contenter d’une émission hebdomadaire, voire d’une mise au placard, simple et définitive.

Au service de communication de Canal+ personne ne prend la peine d’éteindre le feu : quand ce n’est pas le répondeur, c’est une stagiaire qui filtre les appels. La direction s’est refusée à tout commentaire sur le sort de l’émission qui pourrait être scellé lors d’une réunion prévue le 3 juillet avec des actionnaires du groupe Vivendi, propriétaire de Canal.

Bolloré n'aime pas trop "Les Guignols"

Du côté des salariés du groupe Canal+, on fait profil bas. L’ambiance est plus que tendue. On redoute que les médias, qui présentent ce changement de programme comme une décision émanant directement de Vincent Bolloré, n’aient raison. La fin des "Guignols", créés en 1988 par Alain de Greef, décédé le 30 juin, pourrait être l'une des premières grandes décisions du nouvel homme fort de Vivendi.

Le désormais président du comité du surveillance du groupe goûterait peu à la liberté de ton des marionnettes. Invité de Léa Salamé dans la matinale de France Inter en février dernier, le capitaine d’industrie avait déjà regretté "parfois un peu trop de dérision" sur la chaîne cryptée. "Je préfère quand ils sont plus dans la découverte que dans la dérision, car parfois cela peut être blessant ou désagréable", avait-il expliqué, ajoutant : "Je trouve que se moquer de soi-même, c'est bien. Se moquer des autres, c'est moins bien...".

Reste que si elles ont moins de succès qu’à l’époque du slogan "Mangez des pommes" qui aurait contribué à faire élire Jacques Chirac en 1995, les marionnettes des "Guignols" conservent leurs adeptes. En septembre-octobre 2014, les 8 minutes du journal télévisé satirique ont attiré en moyenne 1,8 million de fans (pour 8,4 % de part d'audience), résultats constants par rapport à la même période en 2013 (1,9 million de téléspectateurs pour 8,5 % de PDA).

La face émergée de l’iceberg

D’autres redoutent que la déprogrammation des "Guignols" ne soit que la surface émergée de l’iceberg. On s’attend à de grands bouleversements dans l'état-major de la chaîne. Selon BFMBusiness, le président Bertrand Méheut serait sur le départ. Si cela s'avérait, cet événement serait interprété comme la reprise en main du groupe par Vincent Bolloré.

Du côté des programmes, certains s’attendent à une refonte plus radicale de la chaîne, dont une autre émission phare, "Le Grand Journal", est en baisse de forme depuis plusieurs mois. Elle est passée de 6,9 % de part d'audience la saison dernière, à 6 % cette année, selon Médiamétrie.

La Toile mobilisée

Dès les premières rumeurs relayées par Metronews le 30 juin, la mobilisation a été immédiate sur la Toile et les réseaux sociaux. Une pétition citoyenne "pour sauver l’esprit Canal et 'Les Guignols de l’info'" a été mise en ligne. En moins de 48 heures, elle avait récolté plus de 6 250 signatures.

"Beaucoup ne pouvaient y croire hier, mais 'Les Guignols' sont sur le point de disparaître. Aidez-nous !" a lancé sur Twitter Benjamin Morgaine, l'un des auteurs de l'émission culte de Canal+. Le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, dont la marionnette anime depuis ses débuts cette parodie de journal télévisé avec son fameux "À tchao bonsoir", a également pris fait et cause pour "Les Guignols" sur Twitter: "Il y a 27 ans, mon double de Canal+ ne m'a pas demandé de voir le jour, mais je lui ai toujours laissé vivre sa vie. Aujourd'hui encore plus !"

Dans le monde politique, ils sont nombreux à garder de la tendresse pour les personnages de latex. Sur France Info, Claude Bartolone a appelé à "sauver" "Les Guignols". "Il y [en] a toujours eu, de tout temps, dans tous les régimes, c'est le fou du roi. Aujourd'hui, ce côté acide, qui quelques fois nous amène à mal réagir quand on se sent la cible des 'Guignols', aère l'actualité et la manière de traiter la politique", a estimé le président de l'Assemblée nationale, qui "regrette" de ne pas avoir sa marionnette.

Le patron de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a repris le hashtag de soutien #TouchePasAuxGuignols, lancé la veille par Benjamin Morgaine. Cécile Duflot a repris l'expression "espèce de bolos" pour qualifier, sans le nommer, Vincent Bolloré, tandis que Jean-Luc Mélenchon dénonce une censure et en profite pour tacler François Hollande.

L’ombre des puissants

D’autres voient plutôt dans cette fin annoncée l’ombre de Sarkozy. La haine de l’ancien président de la République pour l’émission qui l’a caricaturé en joyeux crétin pendant tout son quinquennat est connue. Tout comme l’est son amitié pour Vincent Bolloré, qui lui a prêté son yacht au lendemain de son élection en 2007. À l’approche d’une présidentielle qui s’annonce serrée, la question se pose de savoir si Bolloré ne ferait pas un peu de ménage pour l’ami Sarkozy. Affaire à suivre.
 

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