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Le cas Julian Assange, une affaire qui ne met personne d’accord

Julien Assange en juin 2013, un an après son arrivée à l'ambassade d'Équateur à Londres.
Julien Assange en juin 2013, un an après son arrivée à l'ambassade d'Équateur à Londres. Anthony Devlin, pool, AFP, archives

Les échanges par médias interposés entre les autorités françaises et Julien Assange, jeudi, de même que les réactions autour de la lettre ouverte du fondateur de WikiLeaks, confirment une chose : le cas Assange est loin de faire l'unanimité.

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Il aura fallu moins d'une heure à l'Élysée pour refuser, via un communiqué vendredi 3 juillet, d'accueillir Julian Assange sur le territoire français. Ce refus fait suite à la publication dans "Le Monde" d'une lettre ouverte du fondateur de WikiLeaks, dans laquelle Assange proposait à la France de faire "un geste humanitaire" en l'accueillant.

Une réponse rapide, voire hâtive pour certains, alors que François Hollande effectue une tournée en Afrique. "Ils sont en panique, mais qu’est-ce qui les inquiète à ce point ? Je pense que la France n’est plus en mesure de prendre le moindre risque face aux États-Unis après les révélations sur la NSA, et c’est triste", a réagi le conseiller juridique de WikiLeaks Juan Branco, auprès de "L'Obs".

À tort, plusieurs médias ont présenté la lettre comme une demande d’asile. Or, une telle démarche est d’abord administrative, et publier une lettre ouverte dans un quotidien de référence français n'en est pas une.

Réponse à Taubira

L’entourage de Julian Assange a rapidement corrigé le tir avec une réponse publiée sur son site, précisant que l’Australien avait d’abord voulu réagir aux propos tenus par la garde des Sceaux Christiane Taubira fin juin. "Je ne serais pas choquée si la France décidait d'accorder l'asile politique à Julian Assange et Edward Snowden", avait déclaré la ministre, y voyant un "geste symbolique" après l’introduction dans la loi française d’éléments de protection des lanceurs d’alerte. Ces propos intervenaient quelques jours après que WikiLeaks eût révélé que la NSA avait espionné trois présidents français. Manuel Valls avait alors opposé un refus catégorique à tout asile politique.

Quelque heures plus tard, le site Mediapart rapportait que l'Élysée enjoignait Assange de déposer une demande d’asile… qui serait vraisemblablement refusée, à en croire la première réaction de la présidence !

Cet imbroglio semble représentatif des difficultés de la classe politique française à prendre position en faveur de l'Australien, réfugié depuis trois ans dans l’ambassade d'Équateur à Londres. Si Christiane Taubira lui avait exprimé son soutien, peu de politiques d'envergure sont montés au créneau, vendredi, pour s'indigner de la décision de l'Élysée. Les écologistes d'EELV se sont fendus d'un communiqué, tandis que sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon tempêtait : "Lui refuser l'asile est une honte !". La députée européenne écologiste Eva Joly déplorait sur Twitter : "La France de Hollande voit ses valeurs rétrécir chaque jour". Au FN, Florian Philippot commente, grinçant : "Assange : jamais une demande d'asile n'aura été rejetée aussi vite". Mais au PS et chez Les Républicains, les poids lourds sont restés muets.

Assange trouve cependant des soutiens dans d’autres milieux, dans ceux des médias et de la culture notamment. Une pétition en ligne a été créée, la veille de la publication de la lettre, pour demander à François Hollande d’accorder l’asile à Julian Assange et à Edward Snowden, l’ancien collaborateur de la NSA qui s'est réfugié en Russie pour échapper aux poursuites américaines. Parmi les premiers signataires, de grands noms du cinéma mais aussi les journalistes Edwy Plenel (Mediapart) et Raphaëlle Bacqué ("Le Monde").

Assange n'est pas Snowden

Des associations ont aussi pris la défense de Julian Assange. "Nous pensons que Julien Assange a besoin de soutien. Nous avons été surpris de la rapidité de la réaction (de l’Élysée, NDLR)", raconte Lucie Morillon, numéro deux de Reporters sans frontières (RSF). "Nous avons trouvé cela dommage de ne pas prendre plus de temps, pour une question qui va plus loin que WikiLeaks", ajoute-t-elle, faisant allusion au statut des lanceurs d’alerte.

"Il faut une meilleure protection des lanceurs d’alerte en France. C’est essentiel pour le journalisme d’investigation. Ce refus n’est pas encourageant pour ceux (les lanceurs d’alerte) qui se trouvent en France", poursuit-elle.

Mais tout le monde ne voit pas Julian Assange comme tel. Nicole Marie Meyer, qui a traité de nombreux dossiers de lanceurs d’alerte pour Transparency International France, souligne qu’il ne rentre pas exactement dans la définition qui en est communément acceptée. Son association détaille sur son site web que le lanceur d’alerte est "tout employé qui signale un fait illégal, illicite ou dangereux pour autrui, touchant à l’intérêt général, aux instances ou aux personnes ayant le pouvoir d’y mettre fin". En tant que journaliste, Julian Assange relèverait plutôt de la protection de la liberté des médias que des lanceurs d’alerte.

"Il faut faire la différence avec Edward Snowden qui, dans le cadre de son travail, a choisi d’abord une voie classique, hiérarchique, puis a choisi une voie différente face à l’absence de résultat", explique à France 24 Nicole Marie Meyer.

Lanceur d'alerte ou pas, le héros des partisans de la transparence absolue n'a pas encore, malgré ses tentatives, réussi à mobiliser l'opinion publique pour qu'un pays, autre que l'Équateur, accepte de l'accueillir.

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