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Comment la BCE s'est retrouvée à jouer l'arbitre du "Grexit"

Mario Draghi, le très influent patron de la BCE, tient, pour l'instant, l'avenir des banques grecs entre ses mains.
Mario Draghi, le très influent patron de la BCE, tient, pour l'instant, l'avenir des banques grecs entre ses mains. Emmanuel Dunand, AFP

La BCE a maintenu lundi son programme d'aide d'urgence aux banques grecques, mais l'a rendu plus contraignant. Une manière pour elle de mettre la pression pour que les négociations aboutissent. Sinon, elle peut appuyer sur le bouton "Grexit".

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La balle est-elle vraiment dans le camp grec, comme l’a affirmé le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker, mardi 7 juillet ? En fait, elle est tout autant entre les mains de la Banque centrale européenne (BCE). L’institution financière de Francfort peut actuellement, du jour au lendemain, propulser Athènes sur la voie d'une très probable sortie de la zone euro.

"La BCE dispose en effet d'un couperet avec les fonds d'urgence de liquidités", confirme Christophe Blot, économiste spécialiste de l'Europe à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Depuis février, ce programme lui permet de prêter jusqu'à 89 milliards d'euros par jour aux banques grecques. Ces dernières manquent cruellement d’argent, plus de 50 milliards d’euros ayant été retirés des établissements grecs depuis novembre dernier.

Pas de gaieté de cœur

Si Mario Draghi, président de la BCE, décidait de couper ce robinet d’urgence, il "mettrait les établissements financiers grecs dans une situation d'insolvabilité immédiate", souligne cet expert. Il n'y aurait, alors, plus d’argent en circulation en Grèce et le gouvernement serait bien obligé de trouver une solution pour remettre des billets entre les mains des Grecs et dans les coffres des banques. Athènes "devrait probablement émettre une monnaie parallèle ce qui constituerait une premier pas vers la sortie de l’euro", résume Christophe Blot.

Tant que Bruxelles cherche à garder la Grèce dans la zone euro, la BCE doit donc maintenir les banques grecques à flot. C'est d'ailleurs ce qu'elle fait, mais pas de gaieté de cœur. Elle a refusé, il y a plus d'une semaine, d’augmenter la somme qu’elle met à disposition des banques grecques, entraînant ainsi la fermeture temporaire des établissements et la mise en place du contrôle des capitaux. Lundi 6 juillet, elle a encore augmenté la pression sur les banques grecques en appliquant une décote supplémentaire aux actifs que ces établissements doivent apporter en garantie pour bénéficier des prêts.

Cette sévérité de Mario Draghi ne traduit pas des problèmes de liquidités au sein de son institution. "La BCE a largement de quoi renflouer le secteur bancaire grec", assure Pascal de Lima, économiste en chef au cabinet de conseil EcoCell. En effet, les banques grecques n’auraient besoin "que" de 6,3 milliards d’euros de réserves pour être considérées comme solides, d’après les derniers stress tests bancaires européens publiés en mars 2014.

"Position inconfortable"

Le mandat de la BCE n'est, en revanche, pas de soutenir à bout de bras tout un secteur bancaire ad vitam aeternam. Ses prêts d’urgence sont, comme leur nom l'indique, des solutions à court terme. L'institution de Francfort se retrouve, selon Christophe Blot, dans "une position inconfortable" où elle est investie, de facto, d'un pouvoir politique de vie ou de "Grexit" sur Athènes. C'est loin d'être une situation idéale pour une institution qui n'a pas de légitimité démocratique.

Mario Draghi serre ainsi une vis après l’autre afin de rappeler aux Grecs et à Bruxelles que les négociations doivent aboutir dans un sens ou un autre avant que la BCE ne se retrouve obligée à débrancher les banques grecques. "Les gouverneurs de la Banque centrale européenne hostiles au soutien au secteur bancaire grec [essentiellement les pays du nord de l'Europe, NDLR] vont de plus en plus hausser le ton si les programmes des prêts d’urgence tirent trop en longueur", juge Christophe Blot.

Car au final, le salut des banques grecques n'est pas du ressort de la BCE, mais nécessitera un plan de sauvetage international d’envergure incluant le Mecanisme européen de solidarité. La fermeture des banques en Grèce et l’instauration d’un contrôle des capitaux a, en tout, démontré qu’à défaut d’être aussi importante que la question de la dette publique, la fragilité du secteur financier grec est un problème tout aussi pressant.

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