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Nucléaire iranien : retour sur 13 ans de crise

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, à Vienne, le 1er juillet 2015.
Le secrétaire d'État américain, John Kerry, et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, à Vienne, le 1er juillet 2015. US STATE DEPARTMENT / AFP

Téhéran et les grandes puissances ont mis un terme à un très long feuilleton politico-diplomatique, en signant un accord historique sur le programme nucléaire iranien. Retour sur des 13 années de crise et de négociations.

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  • 2002 - 2005 : L'Occident découvre le programme nucléaire iranien

2002 : Le monde entier découvre, le 14 août, que l’Iran possède deux sites nucléaires à Natanz et à Arak à la suite des révélations du dissident iranien Alireza Jafarzadeh. L’administration Bush accuse alors Téhéran de mettre au point "des armes de destruction massive".

2003 : En août, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France (UE3) proposent à l'Iran des négociations sur le nucléaire. Au terme d’une visite inédite des chefs des trois diplomaties européennes, un accord est conclu en octobre. Téhéran signe le Traité de non-prolifération (TNP) qui permet notamment des inspections inopinées de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

2004 : Directeur de l’AIEA, Mohamed el-Baradeï estime, en juin, que la coopération iranienne avec ses agents sur place a été "moins que satisfaisante" et jette un doute sur les conclusions précédentes de ses agents. Ceux-ci avaient affirmé ne pas détenir de preuves de l'existence d’un programme de développement d’une bombe atomique par l’Iran.

Le 14 novembre, sous la pression de l'UE3, le responsable iranien des négociations sur le nucléaire annonce une suspension temporaire et volontaire de son programme d'enrichissement d'uranium.

  • 2005 - 2011 : L’Iran durcit le ton, les sanctions pleuvent

2005 : L’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui s’inscrit dans une logique de confrontation avec l’Occident, remporte l'élection présidentielle en août. Téhéran annonce son intention de reprendre l'enrichissement d'uranium.

2006 : Le 10 janvier, l’Iran lève des scellés placés par l'AIEA sur plusieurs centres de recherche nucléaire. L'AIEA transmet début février le dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU. En avril, Mahmoud Ahmadinejad annonce que "l'Iran a rejoint les pays nucléaires". Fin juillet, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1696 qui "rend obligatoire la suspension des activités sensibles" de la République islamique.

Fin décembre, le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution 1737, qui interdit de vendre à l'Iran tout matériel dans le domaine nucléaire et balistique.

2007 : Le 24 mars, le Conseil de sécurité alourdit les sanctions. En réaction, Téhéran limite sa coopération avec l'AIEA. Le 7 novembre, la République islamique affirme avoir franchi le cap des 3 000 centrifugeuses, étape cruciale qui permet théoriquement d'obtenir suffisamment d'uranium hautement enrichi pour produire une bombe atomique en moins d'un an.

2008 : Le Conseil de sécurité vote début mars une résolution prévoyant un nouveau train de sanctions contre l’Iran et l'inspection de toutes "les cargaisons en provenance et à destination de ce pays".

D’après l’AIEA, les recherches secrètes sur les différents aspects de la conception d'une arme nucléaire se seraient poursuivies "après 2003" en Iran.

2009 : Barack Obama, nouvellement élu à la présidence des États-Unis, décide de tendre la main à l’Iran, en privilégiant la carte diplomatique. Alors que le P 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie, plus l’Allemagne) propose le 8 avril de reprendre les discussions, l'Iran inaugure le lendemain à Ispahan sa première usine de combustible nucléaire. Les Occidentaux révèlent le 25 septembre l'existence d'un site secret d'enrichissement à Fordo (centre du pays).

Le 1er octobre, les six grandes puissances et l’Iran reprennent les négociations à Genève après 14 mois d'interruption. Elles débouchent sur un accord de principe pour enrichir à l'étranger (à 20 %) l'uranium iranien à des fins civiles. Mais le 7 novembre, un responsable du Parlement iranien annonce le refus de Téhéran d’envoyer son uranium enrichi à l’étranger.

2010 : Le 9 juin, le Conseil de sécurité inflige de nouvelles sanctions économiques et diplomatiques à l'Iran, pour la quatrième fois depuis 2006. En juillet, des sanctions sont également votées par les États-Unis et l'Union européenne (UE). En décembre, le régime iranien annonce sa première production d'uranium enrichi jusqu'à 20 %, se rapprochant encore du seuil militaire. Entre 2009 et 2010, un puissant virus informatique nommé Stuxnet, que Téhéran attribue "à la CIA et au Mossad" parvient à ralentir le programme iranien.

  • 2011 - 2013 : De l'embargo à l'élection de Rohani

2011 : L’Occident prend des mesures contre les intérêts iraniens : embargo pétrolier, gel d'avoirs de certaines sociétés ou organisations iraniennes, suppressions de visas.

Craignant pour sa sécurité, Israël évoque la possibilité de mener des frappes préventives pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. L'AIEA publie de son côté, le 8 novembre 2011, un rapport sur une "possible dimension militaire" du programme iranien.

2012 : L'UE décide, en janvier, de geler des avoirs de la banque centrale iranienne et met en place un embargo pétrolier applicable au 1er juillet.

Après quinze mois d'interruption, les pourparlers entre l’Iran et les 5+1 reprennent. Mais aucune avancée notable n’est enregistrée. De son côté, l'Iran a doublé ses capacités d'enrichissement d'uranium sur son site de Fordo, selon un rapport de l'AIEA.

Le 27 septembre, devant l'ONU, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, demande l'établissement d'une "ligne rouge claire" à l'Iran, tout en illustrant son propos avec une pancarte représentant schématiquement une bombe.

2013 : Barack Obama annonce en mars que l’Iran disposera de l’arme nucléaire, "dans un peu plus d’un an". Washington renforce les sanctions en prenant des mesures contre la monnaie iranienne.

En juin, un vent d’espoir souffle à nouveau en faveur de la solution diplomatique, après l'élection surprise du candidat modéré Hassan Rohani à la présidentielle. Ce dernier se dit prêt à des "négociations sérieuses".

Le 26 septembre à New York, le secrétaire d’État, John Kerry, rencontre pour la première fois depuis 1979 et la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran, un président iranien. Un appel téléphonique historique est passé le lendemain entre Barack Obama et Hassan Rohani.

Réunis à Genève, les négociateurs de l'Iran et ceux du 5+1 s'entendent fin novembre sur un accord intérimaire (six mois) qui gèle les activités les plus sensibles du programme iranien en échange de la levée partielle de certaines sanctions.

  • 2014 -2015 : De la dernière ligne droite à l’accord historique

2014 : Les négociations pour un accord définitif devant garantir la finalité exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien débutent le 18 février. Les discussions techniques vont se multiplier tout au long de l’année avant que les 5+1 et Téhéran, constatant leur échec en novembre, conviennent toutefois de poursuivre les pourparlers jusqu'au 30 juin 2015, en prolongeant une nouvelle fois l'accord de Genève. Entre-temps, l'Iran avait annoncé, en août, modifier son futur réacteur d'Arak pour limiter la production de plutonium.

2015 : Le 2 avril à Lausanne, l'Iran et les puissances internationales enregistrent un succès diplomatique, obtenu au terme d'un marathon de huit jours, en signant un accord-cadre historique visant à encadrer les activités nucléaires de l'Iran pendant dix ans au moins. Les négociateurs iraniens, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif en tête, sont accueillis en héros à Téhéran.

La prochaine échéance, alors fixée au 30 juin 2015, devait permettre la conclusion d'un accord définitif mettant fin à une crise en cours depuis treize ans, en réglant les questions les plus difficiles.

Entrées dans une phase aussi cruciales qu’intenses, les discussions entamées à Vienne le 27 juin débouchent, deux semaines plus tard, le 14 juillet, sur la conclusion d’un accord définitif et historique. Selon le texte, la République islamique s'engage à limiter ses activités nucléaires en contrepartie d'une levée progressive des sanctions économiques visant Téhéran.

L'accord prévoit un maintien pendant cinq ans de l'embargo des Nations unies sur le commerce d'armes avec l'Iran et sur les missiles pendant huit ans. L'Iran autorise par ailleurs une enquête sur son programme nucléaire passé.

Avec AFP et Reuters

 

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