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Pourquoi le Maroc souhaite réintégrer l’Union africaine

Mohammed VI à Ouarzazate, le 4 février 2016.
Mohammed VI à Ouarzazate, le 4 février 2016. Fadel Senna, AFP

Le souhait de Rabat de réintégrer l’Union africaine après 32 ans d’absence témoigne de la volonté de Rabat de s’imposer diplomatiquement sur le continent. Et de reprendre l’ascendant sur le dossier du Sahara occidental.

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Mohammed VI ne s’est pas rendu à Kigali mais son message est bien passé. Dans une missive distribuée, lundi 18 juillet, aux chefs d’État et de gouvernement réunis depuis la veille dans la capitale rwandaise pour le 27e sommet de l’Union africaine (UA), le roi du Maroc a officialisé son souhait de voir Rabat réintégrer l’institution continentale, 32 ans après en avoir claqué la porte.

"Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé", peut-on lire sur le document signé du souverain.

Le royaume chérifien avait quitté l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’UA), dont il était l’un des co-fondateurs, en novembre 1984 pour protester contre l’intégration en son sein de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée par le Polisario. Depuis 2007, Rabat propose une large autonomie sous sa souveraineté pour ce vaste territoire du Sahara occidental, peu peuplé mais riche en minéraux. De son côté, le Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d'autodétermination.

"Pseudo-État"

Dans son message, Mohammed VI a justifié le retrait du Maroc - décidé il y a 32 ans par son père Hassan II - en des termes peu amènes. "La reconnaissance d'un pseudo-État était dure à accepter par le peuple marocain", estime-t-il. Et d’ajouter, encore plus sévère : "L’histoire retiendra de cette adhésion comme une tromperie, un détournement de procédure, au service d’on ne sait quel intérêt. Un acte comparable à un détournement de mineur, l’OUA étant encore à l’époque, adolescente."

Pour l’heure, personne au sein de l’Union africaine n’a publiquement réagi à la demande du Maroc. "Il faut dire que le processus de réintégration du royaume chérifien au sein de l’UA avait été préparé depuis très longtemps, non seulement par la diplomatie marocaine, mais également par les alliés du Maroc sur le continent africain, tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Gabon", rapporte Jean-Karim Fall, envoyé spécial de France 24 à Kigali.

>> À lire sur France 24 : "Sahara occidental : l'Union africaine défend l'ONU et critique le Maroc"

Reste que le changement de cap marocain ne laisse pas de surprendre. Alors que la position de l’UA sur la reconnaissance du RASD n’a pas changé, pourquoi Rabat souhaite-t-il y être réadmis aujourd’hui ? "Le Maroc est devenue une puissance économique et diplomatique en Afrique. Il était donc incompréhensible qu’il ne soit pas représenté dans l’organisation continentale. Les décisions de l’UA engagent l’Afrique, donc le Maroc, sans que celui-ci ait son mot à dire", explique Jean-Karim Fall. "Cela paraissait anormal que le Maroc ne puisse se prononcer sur les grandes décisions à prendre au niveau du continent", abonde Khadija Mohsen-Finan, professeure de relations internationales à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne.

Une absence d’autant plus bancale que le Maroc, qui mène une politique diplomatique de plus en plus volontariste dans le monde entier, s’apprête à accueillir la conférence de l’ONU sur le climat (COP22) en novembre prochain, à Marrakech. "Par ce retour, écrit ainsi le roi, le Maroc entend poursuivre son engagement au service de l’Afrique et renforcer son implication dans toutes les questions qui lui tiennent à cœur."

"Concilier l’inconciliable"

Mais en réintégrant l’UA, Rabat espère surtout peser davantage sur le dossier saharien. "Le Maroc montre qu’il est prêt à dépasser les blocages et à suivre une autre méthode dans le règlement du conflit avec le Sahara occidental. Il a réalisé que les bouderies et l’isolement ne facilitaient pas du tout la recherche d’une issue", commente Khadija Mohsen-Finan. De fait, la politique de la chaise vide pratiquée depuis plus de 30 ans par Rabat n’a jamais porté ses fruits. Elle a même affaibli la position du royaume qui, dépourvu de voix à l’UA, peinait à faire valoir sa cause quand la RASD, elle, avait l’oreille des dirigeants des États membres. "Il est en effet plus aisé de ‘combattre’ la présence de la 'RASD' au cœur de la structure qu’à l’extérieur des instances africaines", résume le think tank marocain Institut Amadeus sur son site Internet.

"L’UA va se retrouver dans la même situation que l’ONU : devoir concilier les positions algériennes et marocaine, qui paraissent inconciliables. Mais cela va peut-être favoriser l’échange entre les protagonistes, observe l’universitaire. Pour le Polisario, ce n’est donc pas forcément une bonne nouvelle."

Le roi du Maroc s’est dit "confiant dans la sagesse de l’UA pour rétablir la légalité et corriger les erreurs de parcours". Le royaume dispose en tout cas de sérieux appuis sur le continent. Dans une motion diffusée lors du sommet de Kigali, 26 États membres, parmi lesquels le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Soudan, se sont engagés à "agir en vue de la suspension prochaine de la ‘république arabe sahraouie démocratique’ des activités de l’Union africaine".

Le retour du Maroc devrait intervenir en outre dès le prochain sommet de l’UA en janvier 2017 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Il sera alors question de trouver un ou une successeur à l’actuelle présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma (ce que les États membres n’ont pas réussi à faire ce lundi). Comme le rappelle Le Monde, les autorités marocaines souhaitent éviter qu’un diplomate algérien ne prenne le poste. Rabat a toujours en tête ce jour de mars 2015 où le Conseil de la paix et la sécurité de l’UA, présidé par l’Algérien Smaïl Chergui, avait voté une résolution recommandant le "boycottage des produits des compagnies impliquées dans l’exploitation illégale des ressources naturelles au Sahara occidental". Une décision qui, écrit le quotidien français, avait fini de convaincre Rabat de réintégrer l’Union africaine.
 

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