Accéder au contenu principal

Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel vante le "made in Germany" en Iran

Le président iranien Hassan Rohani accueille le ministre allemand de l'Économie Sigmar Gabriel, dimanche 19 juillet 2015.
Le président iranien Hassan Rohani accueille le ministre allemand de l'Économie Sigmar Gabriel, dimanche 19 juillet 2015. Atta Kenare, AFP

Le ministre allemand de l’Économie Sigmar Gabriel effectue un voyage de trois jours en Iran. Objectif : redevenir le partenaire commercial privilégié de ce pays alors que les sanctions internationales sont appelées à disparaître.

Publicité

Il est le premier membre d’un gouvernement occidental à fouler le sol iranien depuis l’accord sur le nucléaire conclu mardi 14 juillet. Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’Économie et vice-chancelier du gouvernement d’Angela Merkel, est arrivé à Téhéran dimanche 19 juillet pour une visite de trois jours.

Il a emmené dans ses bagages une douzaine de chefs d’entreprises. Car pour l’Allemagne, ce voyage est avant tout une question de gros sous. Maintenant que le principe d’une levée des sanctions internationales a été adopté dans le cadre de l’accord sur le nucléaire, Berlin espère, de nouveau, inonder l’Iran de ses exportations.

L’Allemagne vs la Russie et la Grande-Bretagne

Avant l’instauration des sanctions, en 2005, "l’Allemagne était devenu le premier partenaire commercial de l'Iran [en dehors de l'Arabie saoudite qui servait surtout d'intermédiaire pour d'autres pays]", rappelle Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Une relation privilégiée qui s’explique, en partie, par le rôle que la Perse a fait jouer à l’Allemagne depuis le début du XXe siècle. Elle représentait en effet la troisième voie, une carte jouée par Téhéran pour contrer les ambitions russes et britanniques sur son sol.

Mais il y a aussi un autre aspect qui avait alors joué en faveur de Berlin. "À l’époque de l’empereur Guillaume II [jusqu’en 1918, NDLR], l’Allemagne apparaissait comme un pays qui réussissait économiquement tout en étant politiquement autoritaire, un modèle qui a pu séduire l’Iran du Shah", explique à France 24 Sylke Tempel, rédactrice en chef de la revue "Internationale Politik" publiée par le think tank "Deutsche Geselschaft für Auswärtige Politik" (la Société allemande de politique étrangère).

Durant le IIIe Reich, l’Allemagne a ensuite cherché à faire croire qu’elle était un partenaire commercial sans volonté de s’immiscer dans les affaires politiques iraniennes. "En axant sa propagande sur l’idée que l’Allemagne ne poursuivait que des intérêts commerciaux en Iran et qu’en lui fournissant les meilleurs produits de son industrie, elle contribuerait à moderniser le pays, les représentants allemands ont tâché de persuader les Iraniens que leur pays pouvait compter sur l’Allemagne comme sur un ami désintéressé", peut-on lire dans l’ouvrage "Pénétration de l’Allemagne au Moyen-Orient entre 1919 et 1939" de l’Institut universitaire des hautes études internationales de Genève.

Ce positionnement diplomatique "neutre" a valu à l’Allemagne d’être largement associée à l’effort de reconstruction de l’Iran après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La multiplication des contrats pour Siemens, Thyssen ou Krupp à cette époque illustre cet âge d’or des relations commerciales entre les deux pays.

Multiplier les exportations par quatre

Il s’agit donc pour Sigmar Gabriel et les patrons qui l’accompagnent de renouer avec cette époque. L’enjeu est immense puisque, selon les estimations iraniennes, la levée des sanctions internationales pourrait permettre à Téhéran de récupérer près de 100 milliards de dollars d’avoirs gelés.

Ces fonds devraient, en partie, servir à rénover les infrastructures iraniennes et satisfaire une population réputée avide de biens de consommation occidentaux. Berlin estime être en mesure de multiplier par quatre ses exportations vers l’Iran, qui passeraient ainsi de 2,4 milliards d’euros en 2014 à près de 10 milliards d’euros dans les années à venir. Le pays espère signer des contrats aussi bien pour rénover les routes, moderniser le tissu industriel ou encore vendre des voitures.

Cependant, l’Allemagne n’est pas le seul pays à vouloir une part du gâteau iranien. Outre les États-Unis, l’Italie, très présente sur le front pétrolier grâce au groupe ENI, et la France comptent bien profiter économiquement du nouveau climat diplomatique.

Berlin dispose de plusieurs avantages sur ses alliés et néanmoins concurrents occidentaux. "Ils ont réussi à ne pas avoir l’image d’un pays qui a soutenu le régime du Shah, alors que l’Allemagne avait de bonnes relations avec lui", souligne Sylke Tempel. La locomotive économique européenne passe aussi pour un pays qui n’a pas eu d’ambition impérialiste dans la région, "à l’inverse des la Grande-Bretagne ou des États-Unis", souligne cette spécialiste.

Mais il n’y a pas que le passé qui compte aux yeux des Iraniens. "Les produits allemands ont une très bonne image sur place et les industriels germaniques passent pour être sérieux", note Thierry Coville. L’énergie déployée par la Chambre de commerce allemande en Iran pour entretenir des bonnes relations avec le tissu économique local durant la période des vaches maigres économiques devrait aussi se révéler payante aujourd’hui, estime l’expert français.

Un ensemble de facteurs qui pourraient permettre à l’Allemagne de retrouver sa place de leader en Iran… même si la concurrence chinoise est plus rude qu’en 2005. Le succès chinois, bâti sur les produits peu chers, s’accompagne cependant de "critiques répétées en Iran sur la qualité du ‘made in China’", veut croire le quotidien allemand "Sueddeutsche Zeitung".
 

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.