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FRANCE

Protestation des éleveurs : les raisons de la colère

Des éleveurs conduisent leur tracteur sur l'autoroute A84 à proximité de Caen durant une manifestation, le 19 juillet 2015.
Des éleveurs conduisent leur tracteur sur l'autoroute A84 à proximité de Caen durant une manifestation, le 19 juillet 2015. Charly Triballeau, AFP
5 mn

Afin de dénoncer la crise dans leur secteur agricole, des éleveurs bloquent mardi, pour la deuxième journée consécutive, le périphérique de Caen ainsi que les voies d’accès au mont Saint-Michel. Retour sur les raisons de cette colère.

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Le monde de l'élevage, étranglé par les dettes et l'effondrement des cours, continue de déverser sa colère. Pour la deuxième journée consécutive, les éleveurs, qui protestent contre la faiblesse des prix de leurs productions et ciblent distributeurs et transformateurs, ont bloqué, mardi 21 juillet, le périphérique de la ville de Caen. Les voies d’accès au Mont-Saint-Michel ont, quant à elle, à nouveau été bloquées, a déclaré la préfecture.

Face à cette situation de blocage, François Hollande a annoncé qu'un "plan d'urgence" serait présenté mercredi lors du Conseil des ministres, assurant que "la situation des éleveurs et des producteurs de lait [était] extrêmement difficile".

Voici, en quelques questions, les raisons de cette grogne qui traverse le secteur de l’agriculture.

Quels sont les prix actuellement payés aux producteurs ?

Les prix du porc ont atteint 1,38 euro le kilo, contre un objectif visé de 1,40 euro pour couvrir les coûts de production. Pour le bœuf, abatteurs et distributeurs s'étaient engagés le 17 juin à augmenter de cinq centimes par semaine jusqu'à 4,50 euros le kilo. On en est loin : les prix n'ont gagné que sept centimes au total.

Le lait est actuellement payé 300 euros/tonne (soit 30 centimes/litre). Il faudrait qu'il atteigne 340 euros pour couvrir les coûts de production.

Comment sont fixés les prix ?

Les prix des produits de l'élevage se fixent chacun selon un mécanisme propre à la France, mais peuvent être influencés par les cours mondiaux.

Les prix du porc sont fixés au marché au cadran de Plérin, en Bretagne (60 % de l'élevage français), qui sert de référence nationale.

Les cours hebdomadaires du bœuf sont établis par l'organisme public FranceAgriMer qui fait une moyenne à partir des prix d'achat déclarés par les abatteurs à l'entrée des établissements. De fait, l'industriel fait le prix. Mais une enseigne de supermarchés peut aussi passer commande à prix fixe pour une promotion par exemple : la pression sur l'abatteur est alors répercutée à l'éleveur.

Le lait dépend d'un système complexe : la moitié environ des éleveurs travaille sous contrat quinquennal avec des entreprises privées. Le prix peut être réajusté selon la qualité du lait produit. L'autre moitié livre son lait aux coopératives qui fixent les prix d'achat à partir des cotations de l'industrie (beurre, poudre de lait, fromages) et de la toute-puissante coopérative Fonterra... en Nouvelle-Zélande, premier exportateur mondial de lait.

Qui sont les fautifs : industrie ou distributeurs ?

Les deux grands acteurs se renvoient la balle. La grande distribution assure qu'elle a respecté les engagements pris ces dernières semaines sur le prix de la viande ? mais que l'argent ne va "pas dans la poche des éleveurs".

Le médiateur des relations commerciales agricoles remettra mercredi au ministre de l'Agriculture un rapport qui établira les responsabilités.

Augmenter les cours suffira-t-il ?

Une augmentation permettrait aux éleveurs de souffler, sans sortir les milliers d'exploitations du marasme en raison de leurs difficultés de trésorerie et d'endettement - un milliard d'euros selon la FNSEA. Les producteurs souhaitent bénéficier d'une "année blanche" qui suspendrait le paiement des intérêts -l'État prendrait alors le relais.

L'embargo russe et la crise grecque : circonstances aggravantes ?

L'embargo russe décrété en août 2014 sur les produits agroalimentaires occidentaux a surtout touché le lait et ses produits transformés, donnant le signal de la dégringolade. Mais en engorgeant le marché européen, il a contribué à faire chuter tous les cours.

La situation en Grèce a également impacté la filière bovine : la France qui fournit un tiers des approvisionnements grecs (environ 55 000 tonnes par an) a ressenti durement la fermeture des banques. Mais les professionnels n'imaginent pas que les Grecs "arrêtent de manger".

Qui sont les concurrents des éleveurs français ?

Pour le porc, les éleveurs désignent les Espagnols, les Néerlandais et surtout les Allemands qui emploient dans les abattoirs une main d'œuvre venue des pays de l'Est aux conditions des pays d'origine, sans charges sociales. L'instauration récente d'un salaire minimum, n'entrera en vigueur qu'au 1er janvier 2016.

La France importe-t-elle beaucoup de viande ?

La France a importé l'an dernier près de 380 000 tonnes de viande bovine, soit l'équivalent de 20 % de sa production. Dans la restauration collective (cantines...) et les restaurants, 70 % de la viande est importée, alors qu'en Allemagne, 70 % de la viande consommée dans les restaurants est produite localement.

Sources : FNSEA (le premier syndicat agricole), Jeunes Agriculteurs (JA), Fédération nationale bovine, Fédération nationale porcine, Institut de l'élevage.

Avec AFP

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