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Uniqlo rattrapé par des ouvrières grévistes qui surfent sur le buzz de la sex-tape

Un magasin de la marque japonaise de vêtements Uniqlo à Pékin.
Un magasin de la marque japonaise de vêtements Uniqlo à Pékin. Fred Dufour, AFP

En Chine, le nom de la chaîne de vêtements Uniqlo est associé depuis des jours à la vidéo des ébats d’un couple dans une cabine d’essayage. Des grévistes d’une usine de confection pour Uniqlo veulent profiter de ce buzz pour se faire entendre.

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Derrière les rideaux des cabines d’essayage d’Uniqlo à Pékin, la vidéo des ébats d'un couple fait le tour de la Toile, mais en coulisses, des ouvrières se plaignent surtout d’être maltraitées. Si la marque japonaise de vêtements a profité d’un formidable gain de notoriété grâce aux galipettes très médiatisées de deux Chinois, qui se sont ensuite fait arrêter dimanche 19 juillet par les autorités, d’autres aimeraient bien que cette vidéo olé-osée serve aussi des causes plus sociales.

C'est le cas d'ouvrières grévistes travaillant dans une usine sous-traitante de la marque. Difficile pour elles de se faire entendre à 2 170 km de la capitale chinoise. Sauf quand le nom d'Uniqlo devient associé à un scandale sexuel. De quoi donner à leurs revendications plus de chances de trouver un écho au niveau national, rapporte le site économique américain Quartz.

Leur employeur, Lever Style, un sous-traitant de Fast Retailing (la maison mère d'Uniqlo), menace en effet de délocaliser leur usine vers un autre site de production. Dans le processus, ces ouvrières craignent que leurs emplois soient supprimés et qu’elles restent sur le carreau sans dédommagement satisfaisant. Elles ont entamé leur mouvement social le 8 juin 2015. Deux cents d’entre elles dorment même dans l’enceinte de l’usine pour empêcher des représentants de Lever Style d’emporter des machines. Le déménagement avait d’ailleurs commencé, souligne la chaîne américaine CNN.

Faites la grève, pas l’amour

"Doit-on aller dans le magasin Uniqlo pour faire l’amour ou pour brandir des pancartes ?", feint de s’interroger une organisation féministe sur le réseau social Weibo (le Twitter chinois). D’autres messages dans la même veine et des articles dans la presse nationale jouant sur la concomitance entre la partie de jambes en l'air filmée et la grève des ouvrières de Shenzhen ont permis d’assurer la promotion des revendications de ces travailleuses. Tout ce qui touche de près ou de loin à la marque Uniqlo - et plus seulement les plaisirs défendus dans les cabines d’essayage - est devenu digne d'intérêt médiatique.

Plusieurs internautes ont donc pris leur souris pour dénoncer les conditions de travail à l’usine Artigas Clothing & Leather de Lever Style de Shenzhen. Certains ont ainsi posté en ligne des photos d’eux dans des magasins Uniqlo avec des pancartes appelant à ne plus acheter de vêtements d’entreprises "socialement peu responsables".

Déjà épinglé en janvier

Pour Uniqlo, cette affaire de grève qui se greffe sur l'histoire de la sex-tape tombe mal. En janvier dernier, Fast Retailing a été sévèrement critiqué dans le rapport d'une ONG hongkongaise dénonçant les conditions de travail dans les usines chinoises de ses sous-traitants. Les petites mains de ce géant de l’habillement étaient, en moyenne, moins bien rémunérés que celles d’autres grandes multinationales. Il n’était pas rare que les ouvriers de deux sites visités fassent environ 120 heures supplémentaires sans être correctement payés pour cette surcharge de travail. Les locaux étaient surchauffés, tandis que des mesures élémentaires de sécurité et de santé n’étaient pas respectées.

Fast Retailing avait alors assuré faire son possible pour améliorer la situation. Six mois plus tard seulement, cette grève vient rappeler que le groupe japonais n’a pas encore réussi à remettre tous ses sous-traitants dans le droit chemin social. La maison mère d’Uniqlo a indiqué, dans un communiqué du 17 juillet, avoir demandé à Lever Style de résoudre "ce conflit de manière pacifique" en "maintenant l’emploi".

Uniqlo ne veut pas voir son image se détériorer en Chine. Le pays est son plus important moteur de croissance et Fast Retailing compte y ouvrir environ 100 magasins par an. Une histoire sexuelle qui dégénère en campagne médiatique contre les conditions de travail dans ses usines risquerait de refroidir les consommateurs. Uniqlo vient d’apprendre qu’on ne peut pas avoir le sexe, l’argent du sexe et le sourire de l’ouvrière.

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