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Carnet de route : retour sur la présidentielle controversée au Burundi

L'actuel président du Burundi, Pierre Nkurunziza.
L'actuel président du Burundi, Pierre Nkurunziza. Marco Longari, AFP

Envoyé spécial de France 24 au Burundi, Nicolas Germain revient sur sa couverture de la présidentielle controversée qui a vu le président sortant Pierre Nkurunziza remporter un troisième mandat. Carnet de route.

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Une grenade vient d’exploser rue du Commerce dans le centre-ville de Bujumbura. Nous sommes le 20 juillet à la veille de la présidentielle au Burundi. Une voiture a eu les vitres soufflées par l’explosion. Le chauffeur, un commerçant, est très secoué. Il nous dit qu’il était debout à côté de son véhicule lorsque quelqu’un à bord d’une autre voiture a jeté la grenade.

Heureusement, l’attaque n’a fait ni morts ni blessés. Mais elle vient rappeler que l’élection se déroule dans un contexte de vives tensions. Près d’une centaine de personnes sont mortes depuis l’annonce en avril de la candidature du président sortant Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. La plupart ont été tuées lors d’affrontements avec la police.

D’après Amnesty International, la police a fait un usage "excessif de la force", notamment en tirant sur des manifestants qui s’enfuyaient. Les partisans de l’opposition considèrent que la candidature de Pierre Nkurunziza est illégale. Plus de 150 000 personnes ont fui le pays par peur des violences. Dans les rues, on constate qu’il n’y a aucune affiche électorale. Une grande partie de l’opposition boycotte le scrutin.

L’affluence paraît faible

Le jour du vote, le 21 juillet, la première chose que l’on découvre, c’est un attroupement dans le quartier de Nyakabiga. La foule s’est rassemblée autour d’un cadavre. Les autorités locales affirment qu’il s’agit du corps d’un opposant, membre du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD). Puis on se rend dans des bureaux de vote de différentes communes de Bujumbura. L’affluence paraît faible. Elle est plus importante dans les quartiers plus favorables au président. Lorsqu’un électeur a voté, il doit tremper son doigt dans un pot d’encre. Plusieurs Burundais nous expliquent que dans les zones pro-Nkurunziza certains vont voter uniquement par peur de représailles tandis que dans les bastions de l’opposition, ceux qui ont osé glisser un bulletin dans l’urne essayent ensuite d’effacer l’encre de leur doigt pour ne pas s’attirer des ennuis.

Le 23 juillet, nous assistons à un cortège funéraire. Un homme a été abattu la veille dans le quartier de Bukirasazi. C’est un membre de l’opposition, des Forces nationales de libération (FNL). Des centaines de personnes accompagnent le cercueil sur plusieurs kilomètres jusqu’au cimetière. Certains au pas de course, d’autres à moto ou à l’arrière de pick-ups. Ses amis témoignent. "Nos cœurs sont brisés. La paix est impossible ici". Mais il n’y a pas que les partisans de l’opposition qui ont peur. Dans un autre quartier, un jeune soupçonné d’avoir collaboré avec la police a été battu à mort.

"Il risque de tout gâcher"

Le 24 juillet, la commission électorale annonce les résultats de la présidentielle. Pierre Nkurunziza, du CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie) est réélu avec près de 70 % des voix. Après l’annonce - je n’avais jamais vu ça ailleurs en Afrique - il n’y a aucune réaction dans les rues de la capitale, ni de liesse ni de colère. La présidence nous dit que ses partisans préfèrent "les fêtes organisées que spontanées". Il faut dire que tout le monde s’attendait à l’annonce d’une victoire dès le premier tour. "Les partisans du pouvoir aussi ont peur d’une attaque de l’opposition. Et les opposants ont peur de défiler, ils ont été matés", me dit une Burundaise. "Nkurunziza avait assuré la paix pendant dix ans mais avec ce troisième mandat, il risque de tout gâcher", lance une autre. Elle fait allusion à la guerre civile qui a fait quelque 300 000 morts entre 1993 et 2005.

Le scrutin est très critiqué par l’opposition et par la communauté internationale. L’UE déclare qu’elle va revoir sa coopération avec le Burundi. Une annonce importante car la moitié du budget du pays dépend de l’aide internationale.

Que peut-il se passer à présent ? Des opposants comme Agathon Rwasa demandent déjà de nouvelles élections, un nouveau dialogue entre pouvoir et opposition. D’autres leaders tiennent un discours plus radical, comme Alexis Sinduhije qui vit en exil, et menacent de prendre les armes. Des affrontements ont déjà eu lieu quelques jours avant le vote près de la frontière rwandaise. Le gouvernement burundais s’est ensuite dit inquiet des allégations selon lesquelles le Rwanda soutiendrait des groupes armés. Certains analystes pensent que les rebelles, après l’échec de leur coup d’État en mai, auront du mal à faire tomber le régime sans l’aide d’un pays étranger. Ces groupes pourraient désormais tenter une attaque autour de la date de l’investiture de Pierre Nkurunziza, fin août.

Le conseiller du président Willy Nyamitwe nous dit qu’avec la fin des manifestations et l’échec du coup d’État, "le plus dur est derrière nous". D’autres au contraire pensent que le Burundi  vient d'entrer dans une nouvelle période d'instabilité.

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