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"Les migrants n’ont pas plus de chance de refaire leur vie au Royaume-Uni qu'en France"

Des migrants ont escaladé une barrière pour accéder à l'entrée de l'Eurotunnel rès de Calais, le 28 juillet 2015.
Des migrants ont escaladé une barrière pour accéder à l'entrée de l'Eurotunnel rès de Calais, le 28 juillet 2015. Philippe Huguen, AFP

Entre protestation et mobilisation, les Britanniques ne restent pas insensibles aux intrusions de migrants sur le site d’Eurotunnel côté français. Lundi, 2 000 migrants ont tenté de pénétrer dans le tunnel pour rejoindre le Royaume-Uni.

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À Folkestone, commune britannique où débouche le tunnel sous la Manche, Bridget Chapman et les militants de son association Folkestone United ont prévu de manifester samedi 1er août à la sortie du terminal de l’Eurotunnel "en soutien aux migrants de Calais". Cette militante, dont la ville est devenue un point de passage, ne supporte plus d’entendre parler des migrants "de façon déshumanisée" ou "en terme quasi-zoologique".

Depuis plusieurs semaines, les tentatives d'intrusion sur le site d'Eurotunnel depuis la ville de Calais sont quotidiennes et massives, certaines se soldant par la mort de candidats à l'immigration. Ces tentatives ont connu leur point d’orgue dans la nuit de lundi à mardi 28 juillet, lorsque plus de 2 000 migrants ont tenté d'entrer sur le site côté français. Le PDG d’Eurotunnel Jacques Gounon affirme avoir empêché le passage de 37 000 migrants depuis janvier, et a dénoncé "des invasions systématiques". Mercredi 29 juillet,le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé un renfort de 120 policiers supplémentaires à Calais.

"On parle des incidences sur l’économie plus que de la mort de personnes innocentes, poussées par le désespoir", s’indigne Bridget Chapman auprès de France 24. "Je pense qu’il est important de montrer que nous attendons de nos gouvernements qu’ils apportent une aide morale à ces gens, au lieu d’entraver leur venue par tous les moyens. Ces migrants ont traversé le Sahara, la Méditerranée, ajouter de plus en plus de barbelés ne les arrêtera pas", estime-t-elle.

Manif pro et anti-migrants

À Folkestone, station balnéaire vieillissante qui souffre du chômage et du déclin du tourisme, tout le monde n’est pas du même avis. Samedi, face à Folkestone United, des militants du groupe d’extrême droite Ligue de défense anglaise (EDL), ont prévu de manifester contre les clandestins, considérant que le Royaume-Uni accueille déjà suffisamment d'étrangers. "Les gens ici ont été influencé par la rhétorique anti-immigration du parti [d'extrême droite] Ukip", explique Bridget Chapman. La militante évoque un "fantasme collectif", rappelant qu’elle ne croise pas des migrants au quotidien dans les rues de Folkestone.

"Les migrants évitent de traîner dans le coin", confirme Zoe Gardner qui vient en aide aux migrants, aux côtés de Folkestone United, avec l'association Asylum Aid. "Ils se rendent le plus vite possible à Londres pour rejoindre leurs familles", ajoute-t-elle. Dans leur bureau londonien, une équipe de 14 juristes reçoit entre autres des Afghans, des Érythréens, des Soudanais et des Somaliens. Ces derniers temps, les bénévoles sont débordés. La plupart des demandeurs d’asile reçus par Asylum Aid arrivent au Royaume-Uni par avion, "avec de faux papiers" ou "un visa tourisme", explique Zoe Gardner.

Un droit d’asile strict

Ceux qui ont fait le trajet par l’Eurotunnel se sont souvent cachés dans des camions et restent très marqués par cette expérience. "Ils se souviennent encore de l’obscurité, du danger", raconte Zoé Gardner. L’arrivée à Folkestone est vécue comme un soulagement. Mais il est de courte durée : leurs soucis ne s’arrêtent pas sur le sol anglais.

Nombre de clandestins sont appréhendés du côté britannique du tunnel et sont transférés - qu'ils aient ou non fait des demandes d'asile - dans un centre de rétention des environs de Douvres, une ancienne forteresse gérée par les services carcéraux britanniques. Nombre d’entre eux y séjourneront plusieurs mois.

"[Les migrants qui arrivent à Folkestone] risquent la détention et ne sont pas à l’abri de se faire renvoyer dans le premier pays européen qui a pris leurs empreintes, en vertu de la convention de Dublin", explique la militante. Le règlement européen interdit à une personne de déposer des demandes d'asile dans plusieurs États de l'Union. En ce moment, Zoe Gardner s’occupe d’un Afghan qui, après avoir rejoint son frère réfugié à Londres, va devoir retourner en Hongrie, le premier pays européen où il a atterri.

Pour la militante, "la situation n’est pas tellement différente ici [au Royaume-Uni]". "Nos lois sur l’asile sont aussi dures, ils [les migrants de Calais] n’ont pas plus de chance de refaire leur vie ici qu'en France", ajoute-t-elle, même si elle concède que l’hébergement d’urgence fonctionne mieux du côté britannique que du côté français de la Manche, l’afflux de réfugiés n’étant pas le même que dans l'Hexagone. Elle garde en mémoire les images du campement de La Chapelle à Paris, où plusieurs centaines de migrants ont vécu pendant presque un an, avant d’être évacués, sans véritable solution de relogement. "Au moins, soupire-t-elle, nous avons un nombre d'hébergements suffisant pour que les gens ne dorment pas à la rue".

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