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En images : Reza expose des "rêves" de réfugiés à Paris

Mosaïque des portraits de réfugiés photographiés par Reza et exposés sur les quais de Seine à Paris, jusqu'au 15 octobre 2015.
Mosaïque des portraits de réfugiés photographiés par Reza et exposés sur les quais de Seine à Paris, jusqu'au 15 octobre 2015. Reza

Coachés par Reza, des enfants syriens ont documenté leur vie dans un camp de réfugiés au Kurdistan irakien. Leurs photos sont exposées sur les quais de Seine, à Paris, aux côtés des portraits de réfugiés du célèbre photojournaliste iranien.

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Les péniches filent sans bruit, dessinant sur la Seine un sillon d’écume crème. Devant le musée d'Orsay, des touristes errent à la recherche d’un pont où cadenasser leur amour et des gamins montent des châteaux de sable sur les "plages" de Paris. Tels des témoins silencieux de ce ballet estival, des centaines de réfugiés imposent leur regard fixe dans ce décor de carte postale, comme pour rappeler au monde indifférent leur existence.

Sur un monumental panneau de 370 mètres de long déroulé sur les quais de Seine à Paris, le photojournaliste iranien Reza expose à ciel ouvert, du 24 juillet au 15 octobre, les portraits des réfugiés qu’il photographie depuis plus de 30 ans au gré de ses reportages. Le photographe star du "National Geographic" partage l’affiche avec Ali Bin Thalith, un photographe de Dubaï, et avec les enfants du camp de réfugiés de Kawergosk, au Kurdistan irakien, qu’il a initiés à son art.

Les enfants du camp de réfugiés de Kawergosk, au Kurdistan irakien, ont photographié leur quotidien
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Le génie de l'enfance

En décembre 2013, Reza a confié des appareils photos à vingt enfants âgés de 12 à 17 ans, avec pour mission de documenter leur vie quotidienne dans ce camp de réfugiés kurdes irakiens et syriens. "Ce qu’ils montrent c’est du jamais vu, aucun reporter ne peut y avoir accès. Quand un journaliste part en mission, il reste trois jours et ne rapporte que des images qui symbolisent la vie des camps. Les enfants ne sont pas dans le symbole, ils montrent leur vie de l’intérieur et certains le font avec génie", explique Reza à France 24.

Sur leurs photos, point de mère désespérée qui tend la main pour attraper du pain, ni de distribution de médicaments. Mais une poupée qui joue du violon posée devant les grilles du camp ou un doudou traîné dans la boue d’un jour pluvieux ; des scènes intimes de dîner en famille au coin du feu ou de toilettes au seau ; des enfants qui se montrent dans toute la force de leurs joies ou désespoirs, comme autant d’explosions de vie après la violence de la guerre.

Avec l’insolence du génie enfantin, Deliar Zeynal, "un petit Salvador Dali" selon Reza, a photographié à 11 ans un "caillou grand comme un pois chiche" qui semble en lévitation entre ciel et terre. "Je ne sais pas comment il a fait ça !", s’en étonne encore Reza, qui dit avec humour être "jaloux" de certaines de leurs images. Zeraf Rasoul a vu les tentes grises du HCR dans le reflet d’un miroir bleu serti de diamants de pacotille. Maya Rostam, une fillette de 12 ans aux yeux couleur miel, a quant à elle saisi "l’essence du photojournalisme" avec la simple image d’une paire de chaussure, bouleversant profondément Reza.

"Je veux raconter au monde"

Au départ, Maya ne faisait pas partie du petit groupe d’enfants sélectionnés parmi les plus motivés par les ONG dans ce camp de plus de 10 000 habitants, qui ont tous échappé à la guerre en Syrie. Pendant deux jours, elle a attendu sans bouger, tendant l’oreille pour grappiller les conseils du maître à travers la toile de la tente où l’atelier était organisé.

Le froid rude de l’hiver irakien n’a gelé ni sa détermination ni son envie de raconter.  Quand Reza vient enfin lui demander ce qu’elle attend, elle commence par lui dire le fracas des bombardements chez elle, en Syrie ; puis elle évoque la route de l’exil, la fatigue du périple, le soleil brûlant sur sa peau et enfin sa vie dans ce camp amené à être, pour quelques mois, quelques années, sa maison. "Je veux apprendre la photographie pour pouvoir raconter à tout le monde ce que je ressens et comment je vis", finit-elle par dire au photographe.

Il n’en faut pas plus à Reza, qui a toujours cru au pouvoir de l’image pour agir sur le monde et sur la société, pour intégrer Maya à son atelier. Il lui confie un appareil photo avec pour mission de photographier la nuit et de revenir dès le lendemain pour lui montrer son travail. Mais au matin, Maya n’est pas là et Reza ne peut cacher sa déception. Finalement, la petite arrive en retard et tend, sans dire un mot, son appareil photo au photographe. Sur l’écran numérique, il découvre une paire de baskets blanchies par la glace. "Mes chaussure étaient gelées, j’ai dû attendre pour pouvoir les enfiler"', murmure-t-elle à Reza qui fond en larmes. "Je n’avais jamais été aussi touché par le pouvoir symbolique d’une image", explique-t-il.

Maya Rostam a photographié ses chaussures gelées pour expliquer son retard à l'atelier de Reza. "Je n’avais jamais été aussi touché par le pouvoir symbolique d’une image", raconte le photographe.
Maya Rostam a photographié ses chaussures gelées pour expliquer son retard à l'atelier de Reza. "Je n’avais jamais été aussi touché par le pouvoir symbolique d’une image", raconte le photographe. Maya Rostam

Planter des noyers

Maya et les autres ne verront pas leurs photos affichées en grand format sur les berges parisiennes, mais une exposition est également prévue dans le camp de Kawergosk, assure Reza qui estime que là n’est pas l’essentiel. Si certains de ses anciens élèves ont aujourd’hui acquis une reconnaissance professionnelle, à l’instar du photographe afghan de l’AFP Massoud Hossaini, lauréat du Prix Pulitzer en 2012, Reza considère avant tout la photo comme un outil de langage, et donc un moyen d’éducation.

"Quand je commence un atelier, j’ai coutume de dire à mes élèves que je ne suis pas là pour leur enseigner la photographie mais que je viens leur transmettre un outil qui leur permettra de dire au monde, dans un langage universel, leur envies, leur rêves, leur vie", confie Reza. Il a fait de la transmission un aspect de son travail tout aussi essentiel que la photographie elle-même."On ne mangerait pas de noix si d’autres n’avaient pas planté de noyers avant nous", résume le photographe, se remémorant une comptine de son enfance.

Reza a donné des cours aux réfugiés palestiniens, afghans ou rwandais, mais aussi dans les banlieues italiennes ou françaises. Il projette désormais de monter des ateliers dans 50 camps de réfugiés au cours des cinq prochaines années. Pour cet exilé iranien, qui n’a pas remis les pieds dans son pays natal depuis 1981, contribuer à l’éducation des enfants de réfugiés est une priorité absolue.

Un monde de réfugiés

Un gageure quand on sait que le nombre de déplacés dans le monde a atteint son plus haut niveau en 2014, avec 60 millions de personnes, selon le le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). "La population réfugiée grandit à une vitesse folle et elle est devenue la plus vulnérable au monde. Ces gens ont tout perdu et le plus important pour eux, c’est pas de manger ou d’avoir un toit, mais de pouvoir éduquer leurs enfants", explique Reza.

Intitulée "Rêve d’humanité" et soutenue par le HCR et la fondation photographique Hipa, son exposition parisienne est dédiée aux réfugiés du monde entier. Notamment aux Érythréens ou aux Soudanais, délogés manu militari du nord-est parisien, à moins d’un kilomètre de l’exposition. Ou aux Syriens, Afghans ou Éthiopiens qui tentent de traverser la Manche depuis Calais, au prix de leur vie. "Le monde est un petit village où nous sommes tous liés les uns aux autres. En Occident nous avons des droits, mais également des devoirs", commente Reza sans avoir besoin d’en dire plus. Ses photos parlent d’elles-mêmes.

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