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Les Taliban face aux conséquences de la mort du mollah Omar

Le mollah Omar était reconnaissable à sa longue barbe, son turban et son œil crevé.
Le mollah Omar était reconnaissable à sa longue barbe, son turban et son œil crevé. Rewards for Justice

Le mollah Omar est mort. Quand ? En avril 2013. Les Taliban ont-ils confirmé ? Oui, après une valse-hésitation qui montre à quel point la disparition de leur "émir" les embarrasse, surtout après les communiqués publiés en son nom après sa mort.

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C’est désormais une certitude, le mollah Omar n’est plus. Sa mort, annoncée mercredi 29 juillet par des hauts responsables afghans, a été confirmée jeudi 30 par les Taliban. Ses conséquences dépassent les limites du mouvement et du pays : elle fragilise les rebelles et laisse plus de marge de manœuvre aux différentes factions, ce qui pourrait exacerber les frictions qui étaient jusque là canalisées.

Mais si le porte-parole des services secrets afghans, Haseeb Sediqi, datait la mort d’avril 2013, les Taliban ont d’abord suggéré que le mollah était décédé récemment, après que sa santé se soit "détériorée ces deux dernières semaines". Ils ont finalement reconnu dans un tweet émanant d’un compte officiel qu'il était bien mort le 23 avril 2013. Un cafouillage qui montre à quel point ces révélations embarrassent les Taliban.

La dissimulation de la mort du mollah avait sans doute des "raisons locales et tribales" selon Wassim Nasr, journaliste de France 24 et spécialiste des réseaux jihadistes. Mais elle porte en revanche préjudice, tout comme l'émission de communiqués en son nom, au mouvement au-delà du territoire afghan. Leur crédibilité, et donc celle de leur nouveau chef désigné jeudi 30 juillet, le mollah Akhtar Mohammad Mansour, est ébranlée. "Son autorité est mise à mal", confirme Wassim Nasr.

Et des premiers éléments vont déjà dans ce sens : malgré l’unité affichée jeudi par l’un des commandants taliban, qui déclarait que la choura (assemblée) avait désigné le successeur du mollah Omar "a élu à l'unanimité le mollah Mansour", un autre son de cloche s'est fait entendre. Il semblerait en effet, selon Reuters, que plusieurs figures importantes du mouvement, dont le fils et le frère du mollah Omar, ont quitté la réunion en signe de protestation. Une indication très claire que Mansour devra surmonter de nombreuses divisions internes.

De fausses communications devenues embarrassantes

Le nouveau leader des Taliban, qui est sans doute de fait aux manettes depuis la mort du mollah Omar en avril 2013, doit aujourd’hui assumer les communiqués, déclarations et anecdotes faussement attribuées au "commandeur des croyants". Rien que dans les cinq derniers mois, il est censé avoir donné trois preuves de vie même s’il n’est jamais apparu en public depuis 2001.

Le mollah Omar est d’abord censé avoir donné sa bénédiction à la libération de deux otages tchèques, enlevées au Pakistan en mars 2013 et libérées deux ans plus tard, fin mars 2015. On ne connaît pas l’identité exacte de leurs ravisseurs mais les deux étudiantes en psychologie, âgées de 24 ans, avaient plaidé peu après leur enlèvement pour la libération d'Aafia Siddiqui, une scientifique pakistanaise emprisonnée aux États-Unis pour collaboration avec Al-Qaïda, "qui avait juré allégeance au mollah Omar", rappelle Wassim Nasr.

Ensuite, les Taliban ont publié une biographie du mollah le 4 avril, à l’occasion du 19e anniversaire de sa nomination à leur tête, le 4 avril 1996. Dans le long texte publié en pachtoune et en anglais sur leur site officiel, les activités quotidiennes d’Omar "dans les conditions actuelles" sont décrites d’une façon qui se veut minutieuse et vague à la fois. "Il commence sa journée de travail par les prières à Allah tout-puissant et la récitation du saint Coran. […] Il suit et inspecte avec assiduité les activités jihadistes contre les envahisseurs étrangers brutaux et infidèles. […] Il transmet ses ordres aux commandants du jihad d’une façon précise [que la biographie ne précise pas, NDLR]."

Remise en question des pouparlers

Enfin, dernière mais cruciale supposée prise de parole du mollah : il s’était prétendument fendu d’un communiqué lors de l’Aïd el-Fitr, publié le 17 juillet sur le site officiel des Taliban, dans lequel il apportait son soutien aux pourparlers avec le gouvernement afghans. Ce texte, parcouru de références religieuses comme le mollah avait coutume de le faire, juge que les "contacts pacifiques avec les ennemis ne sont pas interdits" par les textes sacrés.

Or, ces pourparlers étaient l’un des sujets de division au sein du mouvement. La mort, bien avant les premières négociations, de celui qui étaient censé les soutenir, a fait voler la fragile unité des Taliban sur la question. Le deuxième round de négociations, qui devait commencer vendredi 31 août, ne devrait ainsi pas avoir lieu. Les Taliban déclaraient ainsi jeudi, dans un autre communiqué, que "des médias diffusent des informations selon lesquelles des pourparlers de paix vont se tenir très bientôt [mais le] bureau politique (...) n'est pas informé de [l'existence de] ce processus".

Défections en faveur de l'EI

La mort du mollah et sa dissimulation n’arrangent pas les affaires des Taliban dans leur rivalité face à l'organisation État islamique (EI). Début janvier, déjà, une dizaine d'ex-commandants talibans avaient fait allégeance à l'EI. Parmi ceux-ci, une partie venaient de la faction afghane du mouvement et emmenaient avec eux des centaines de combattants. Le reste était issu de la branche pakistanaise, en général moins touchées par les défections, mais à laquelle appartenait Hafiz Saeed Khan, que l’EI a nommé chef de ses forces dans la région à cheval sur le Pakistan et l'Afghanistan.

Ce vendredi, c'est le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) qui a diffusé une vidéo, tournée il y a plusieurs semaines, dans laquelle il fait lui aussi allégeance à l’EI. "Son chef, l'émir Othman Ghazi, faisait partie de ceux qui évoquaient la mort du mollah Omar depuis plusieurs mois", raconte Wassim Nasr. L’hémorragie se poursuit donc, devant la disparition du chef spirituel des Taliban et devant le mensonge, qui aura finalement fait plus de mal que de bien aux insurgés afghans.

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