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Des artistes israéliens souhaitent ouvrir une ambassade iranienne à Jérusalem

Les artistes d'Hamabul Art ont installé une fausse ambassade iranienne sur la place Zion à Jérusalem, juin 2015.
Les artistes d'Hamabul Art ont installé une fausse ambassade iranienne sur la place Zion à Jérusalem, juin 2015. Emily Friedlander, Hamabul Art

Un groupe d’artistes et d'universitaires israéliens préparent l’ouverture d’une future "ambassade" iranienne en Israël, avec pour but de rapprocher les peuples de deux pays et passer outre la crise entre leurs dirigeants.

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"Ceci n’a rien d’une blague" confirme Matan Pikas, jeune israélien habitant de Tel Aviv. Avec son groupe d’artistes Hamabul Art, il envisage d’ouvrir une "ambassade" iranienne en Israël d’ici le 21 septembre pour prouver que l’entente des peuples est possible "au-delà des conflits politiques entre dirigeants". "Nous voulons marquer le point de départ d’une relation apaisée entre les habitants des deux pays", a expliqué l’artiste israélien à France 24. La future "ambassade" n'aura pas de véritable représentation diplomatique mais sera un lieu d'échange culturel.

Pour commencer, le groupe d’activistes, composé d’artistes mais aussi d’universitaires, a fait fabriquer des drapeaux iraniens sur mesure. "On n’en trouve pas ici, car personne n’achète ce genre de chose", explique Matan Pikas.

Des drapeaux iraniens à Jérusalem

Sur la place Zion, lieu central de Jérusalem, munis de leurs drapeaux iraniens, les membres d’Hamabul Art sont allés à la rencontre des passants, en juin dernier, pour leur exposer le projet. La plupart des réactions ont été positives. "Les gens ont d’abord eu du mal à reconnaitre le drapeau iranien, mais il a suscité leur curiosité, puis ça les a fait sourire", raconte Matan Pinkas, qui s’est installé sur un fauteuil d’ambassadeur, posé sur un tapis persan, au centre de la place. Quelques passants ont tout de même jeté des regards de désapprobation. "Tu es un traitre" a répondu l’un d’entre eux à Matan Pikas au moment de sortir le drapeau de son sac, a rapporté "Haaretz".

Matan Pinkas avec un drapeau iranien à Jérusalem pour promouvoir l'ouverture d'une "ambassade" d'Iran en Israël, juin 2015.
Matan Pinkas avec un drapeau iranien à Jérusalem pour promouvoir l'ouverture d'une "ambassade" d'Iran en Israël, juin 2015. Hamabul Art

Désormais, le jeune israélien et son équipe cherchent un ambassadeur "à la hauteur de la tâche" qui soit "sensible aux deux cultures". Mais au-delà du buzz, ils souhaitent surtout créer un véritable lieu culturel. "À l’aide de nos membres universitaires, nous menons des recherches approfondies sur les racines du conflit politique entre les deux pays, la culture des peuples qui les composent, avec ce besoin de comprendre pour mieux appréhender ce qui se passe vraiment". Pour cela, "l’ambassade" iranienne de Jérusalem proposera des expositions d’artistes, des concerts de musiques persanes, des dégustations de plats iraniens ou la découverte de la cérémonie du thé.

Matan Pinkas a pensé ce projet après avoir découvert ses racines iraniennes du côté de sa grand-mère, il y a tout juste deux ans. "Ma grand-mère, que je savais d’origine irakienne, a aussi des origines iraniennes et surtout beaucoup d’humour" raconte le trentenaire. "Elle m’a dit : 'Matan, tu vas devoir t’y faire, tu descends peut-être d’Ahmadinejad !'". L’ex-président iranien Mahmoud Ahmadinejad est particulièrement connu pour ses violentes diatribes contre l’État hébreu.

Soutiens iraniens sur les réseaux sociaux

Une ambassade iranienne devait voir le jour en Israël avant la Révolution islamique de 1979. L’Iran avait même acheté un terrain à Tel-Aviv, mais les relations entre Israël et Téhéran ont été interrompues avec l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. Depuis, le dialogue entre les dirigeants successifs des deux pays est extrêmement tendu.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, l’a encore rappelé après l’accord conclu à Vienne sur le programme nucléaire de Téhéran le 14 juillet, déclarant que l'Iran continuait à vouloir la "destruction" d’Israël. "Nous saurons toujours nous défendre", avait-t-il prévenu. Dans le même temps, en Iran, le drapeau israélien est régulièrement brûlé pendant les manifestations des ultraconservateurs et Téhéran n’a pas cessé les provocations : début février, le pays avait autorisé la tenue d’un concours international de caricatures niant l’Holocauste.

Des déclarations politiques auxquelles les activistes d’Hamabul Art restent sourds. "Nous ne sommes pas forcés de voir les autres comme nos ennemis", explique Matan Pinkas. "Nous sommes des citoyens d’Israël, mais nous sommes libres, nous refusons de subir les erreurs passées", ajoute l’artiste qui se sent investi d’une mission.

Grâce aux réseaux sociaux, la nouvelle de la naissance d’une "ambassade" iranienne à Jérusalem a fait le tour du monde. Matan Pinkas et son équipe ont reçu de nombreux soutiens de la part d’Iraniens depuis le Canada, les États-Unis ou l’Allemagne. "C’est l’un des aspects les plus excitants de ce projet", avoue Matan Pinkas. L’Israélien ne peut pas se rendre en Iran à cause de sa nationalité, c’est donc au cours de ses voyages à l’étranger qu’il a eu l’occasion de rencontrer des Iraniens. Il aime à rappeler qu’hors d’Israël et d’Iran, les citoyens des deux pays se croisent et se fréquentent sans problème.

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