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L'Égypte veut rappeler sa grandeur avec son nouveau canal de Suez

Un navire container sur les eaux du nouveau canal de Suez, le 24 juillet dernier.
Un navire container sur les eaux du nouveau canal de Suez, le 24 juillet dernier. AFP

Les Égyptiens s'apprêtent à inaugurer, jeudi 6 août, la seconde voie du canal de Suez. Un projet fédérateur qui vise à relancer l'économie égyptienne, mais aussi à donner au pays une image d'acteur majeur sur la scène internationale.

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Les préparatifs battent leur plein en Égypte. Le pays s'apprête à inaugurer en grande pompe, jeudi 6 août, la seconde voie du canal de Suez. Un projet hautement symbolique qui vise à relancer l’économie égyptienne en berne, mais aussi asseoir la "légitimité" du président Abdel Fattah al-Sissi, sur la scène internationale. "Le nouveau canal de Suez : un cadeau au monde", peut-on lire sur des bannières à l'aéroport du Caire, tandis que le drapeau national est omniprésent dans la capitale.

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La fastueuse cérémonie d'inauguration, dont l'invité d'honneur est le président français François Hollande, se tiendra à Ismaïlia, dans le nord-est du pays, en bordure du canal de Suez. Plusieurs autres chefs d’État sont attendus. Elle intervient un an après l'arrivée au pouvoir de Sissi, qui a destitué son prédécesseur, l'islamiste Mohamed Morsi, et lancé une répression sanglante contre ses partisans. Le président égyptien devrait conduire une parade navale à bord d'un élégant yacht. Un défilé aérien est également prévu, rassemblant les trois avions de combat Rafale et huit F-16 récemment livrés par la France et les États-Unis.

>> À voir sur France 24 : L'Égypte mise sur le Canal de Suez pour relancer son économie

Le projet intervient au moment où l'Égypte veut s'afficher en acteur incontournable sur la scène régionale, tandis que ses alliés occidentaux ont tempéré leurs critiques concernant la répression lancée contre toute opposition et dans laquelle plus de 1 400 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers emprisonnées.

Relancer l'économie

L’expansion du canal est l'un des projets phares de Sissi, dont les promesses électorales se concentraient sur une relance de l'économie et le rétablissement de la sécurité. Construit il y a 146 ans et nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser en 1956, le canal de Suez est l'une des voies navigables les plus fréquentées au monde et un point clé du commerce mondial. Longue de 72 kilomètres, la nouvelle voie a pour ambition de doubler la capacité du trafic sur cette artère fondamentale reliant la mer Rouge et la mer Méditerranée. D'ici 2023, quelque 97 navires pourront ainsi emprunter le canal quotidiennement, contre 49 actuellement, selon l'Autorité du canal de Suez. La nouvelle artère va également permettre une circulation dans les deux sens, réduisant de 18 à 11 heures le temps d'attente des bateaux.

Avec la nouvelle artère, le gouvernement égyptien ambitionne de faire passer les revenus du canal de 5,3 milliards de dollars (environ 4,7 milliards d'euros) attendus en 2015, à 13,2 milliards de dollars en 2023. Les autorités souhaitent également développer la zone qui borde le canal pour en faire une plateforme industrielle et commerciale, avec notamment plusieurs ports, et un centre de services pour les flottes commerciales traversant le canal. Un projet qui devrait permettre la création de plus d'un million d'emplois dans les quinze prochaines années.

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Mais ces promesses laissent nombre d’experts sceptiques. "Il y aura certainement une hausse des revenus", selon Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, cité par l’AFP. "Mais les chiffres annoncés sont-ils réalistes et crédibles? On ne sait pas comment ils ont été calculés", interroge-t-il. Alexandre Buccianti, correspondant de RFI au Caire souligne également que "les experts ne sont pas tous convaincus de la rentabilité de ce second canal de Suez". Certains estimant ces travaux inutiles, "car il n’y avait pas de demande de la part du commerce mondial, qui stagne".

Un projet fédérateur

Quoi qu'il en soit, pour l'heure, le projet aura déjà servi à rassembler la population égyptienne. Ce sont en effet les Égyptiens eux-mêmes qui ont financé le projet. Les autorités ont levé 9 milliards de dollars pour la construction. La somme a été réunie en huit jours seulement, dans un "élan de patriotisme populaire", selon Alexandre Buccianti, qui rapporte dans un article sur le site de RFI que les files d’attente ne désemplissaient pas devant les banques et les bureaux de poste.

Au vu de la participation massive des égyptiens, cette entreprise, qui pour beaucoup restaure la grandeur de l'Égypte après quatre années de troubles politiques, semble avoir écarté les divisions de la société égyptienne entre partisans des Frères musulmans ou de Sissi. Selon un article du "Journal du Dimanche", "même le cheikh Mahmoud Azzam, l'oncle du leader d'Al-Qaïda Ayman Al-Zawahiri, islamiste entre les islamistes, voit en ce projet porté par Al-Sissi un "renouveau pour le pays et les Égyptiens".

Le nouveau canal tend aussi à faire passer au second plan, du moins pour un temps la vague d'attentats jihadistes sans précédent auquel fait face le pays, notamment dans le Sinaï. Pas moins de 10 000 policiers devraient être mobilisés dans toute l'Égypte durant les festivités.

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