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ÉTATS-UNIS

Derrière le plan Obama pour l’environnement, le désarroi de la filière charbon

Une mine de charbon dans l'Utah (ouest des États-Unis)
Une mine de charbon dans l'Utah (ouest des États-Unis) George Frey, AFP

Les acteurs américains de la filière charbon ont vivement réagi au plan de Barack Obama pour lutter contre le réchauffement climatique. Ils veulent faire du président américain la cause de leurs problèmes. À tort ?

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Le nouveau plan américain de lutte contre le réchauffement climatique, dévoilé par Barack Obama lundi 3 août, a été largement salué par la plupart des pays européens, les associations de défense de l’environnement et la majorité des commentateurs. Mais il y a un groupe qui a pris l’initiative présidentielle comme une attaque personnelle : les professionnels de l’industrie du charbon et du secteur minier.

Barack Obama veut faire passer la part du charbon dans la production d’électricité de 39 % actuellement à 27 % en 2030. Cette ambition présidentielle “va heurter de manière irréparable le secteur, les travailleurs du charbon et les communautés qui se sont construites autour de cette activité”, a écrit Hal Quinn, le président de la National Mining Association (le lobby de l’industrie du charbon), dans une lettre ouverte à l’Agence américaine de protection de l’environnement. Il ajoute que le plan de Barack Obama va “détruite des milliers d’emplois et dévaster l’économie de plusieurs États”.

Quatre faillites en 16 mois

Murray Energy Corporation, l’un des plus importants groupes miniers des États-Unis, a signalé lundi son intention de déposer cinq plaintes en justice contre un plan qu’il juge “totalement illégal” et qui serait “dévastateur pour tous les Américains” car il “va se traduire par une forte augmentation du prix de l’électricité”.

Le but de cette campagne de lobbying est clair : dépeindre Barack Obama en fossoyeur du pouvoir d’achat des Américains et en responsable des difficultés actuelles de l’industrie du charbon. Les problèmes du secteur ont été illustrés de manière éclatante le jour même de l’annonce du nouveau plan de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre avec le dépôt de bilan d’Alpha Natural Ressources. Ce géant aux pieds de charbon valait 7,8 milliards de dollars en 2008… quand Barack Obama accédait à la plus haute marche politique aux États-Unis.

Les professionnels du charbon soulignent d’ailleurs que depuis lors, les actions en Bourse d’une partie des groupes du secteur ont perdu près de 90 % de leur valeur. Ils ajoutent qu’Alpha Natural Ressource est le quatrième acteur américain de ce marché à faire faillite en 16 mois.

Tout ça en raison de la priorité affichée de longue date par Barack Obama pour les énergies “propres” ? “C’est l’économie et le contexte qui ont poussé le président des États-Unis a essayé d’imposer les changements actuels”, assure l’analyste spécialisé dans les matières première David Gagliano à la chaîne américaine CNN. Traduction : le locataire de la Maison Blanche a senti le vent tourner pour le charbon et a su monter à temps à bord du train des sources d’énergie alternative.

La mine qui valait 0,73 dollars

Le déclin de l’industrie du charbon n’est, en effet, pas un problème américano-américain. La mine australienne d’Isaac Plains a été cédée, jeudi 30 juillet, par un consortium japano-brésilien pour... 0,73 dollars alors que ce réservoir à charbon valait 631 millions de dollars il y a seulement trois ans.

L’offensive de Barack Obama contre cette source d’énergie intervient dans un contexte international de prix fortement dépréciés. Ils ont été divisés par trois en 6 ans et ont atteint leur plus bas niveau depuis dix ans à un peu plus de 80 dollars la tonne.

Une baisse des prix due en partie à la Chine. L’ex-poule aux œufs de charbon en veut de moins en moins pour fabriquer son acier au fur et à mesure que sa croissance ralentit et que Pékin se met aussi à l’heure “verte”. Le prix du gaz naturel a, en outre, fortement baissé ces dernières années en faisant une alternative de plus en plus intéressante comme source d’énergie.

Folie des grandeurs

Mais les pressions à la baisse sur le prix du charbon ne suffisent pas non plus à expliquer les déboires des acteurs américains du secteur. Il y a aussi leur propre folie des grandeurs, rappelle le “New York Times”. En 2008, alors que la tonne de charbon valait 340 dollars, les groupes miniers n’ont eu aucun mal à emprunter pour acheter des concurrents ou financer des couteux projets miniers. Alpha Natural Ressources a financé en 2011 une grande partie des 7,1 milliards de dollars dépensés pour racheter Massey Energy en s’endettant. Ces dettes ont pesé de plus en plus lourd lorsque le prix du charbon a commencé à baisser à partir de fin 2011.

Un géant américain du charbon a, cependant, réussi à tirer son épingle du jeu : Consul Energy. Ce groupe vaut toujours plus de 3,5 milliards de dollars actuellement. Son secret ? “Ironiquement, cette société s’en est bien sortie car elle a sur diversifier ses activités en investissant dans le gaz naturel”, souligne l’analyste David Gagliano.
 

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