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Menacée dans son pays, une jeune homosexuelle nigériane cherche refuge en France

Des migrantes dans un centre de rétention marseillais, en janvier 2014.
Des migrantes dans un centre de rétention marseillais, en janvier 2014. Anne-Christine Poujalat, AFP

Elita Omalichaogo Edeh, une Nigériane de 26 ans, vient d'obtenir un titre de séjour de six mois en France, après des semaines d'incertitude. Un sursis pour la jeune femme, qui se dit menacée de mort dans son pays en raison de son homosexualité.

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Elle est fatiguée, épuisée même, par des semaines d’angoisse, mais elle a obtenu un délai pour souffler. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques a délivré le 19 août un titre de séjour de six mois à Elita Omalichaogo Edeh, une jeune Nigériane de 26 ans, pour "raisons de santé". La jeune femme, qui se dit lesbienne et en danger de mort dans son pays en raison de son orientation sexuelle, a obtenu ce sursis au terme de semaines d’incertitude. Son incroyable et dramatique histoire, elle l'a racontée à la Cimade, une association d’aide aux migrants, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile.

"J'ai rencontré Elita au centre de rétention d'Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) juste après son interpellation le 24 juillet, alors qu’elle cherchait à passer en Espagne", raconte à France 24 Francisco Sanchez Rodriguez, juriste pour la Cimade au Pays basque. "Elle était très faible, stressée, déprimée par sa situation."

La jeune Nigériane lui dévoile les raisons de sa fuite, et le récit qu’elle lui fait est glaçant : le 4 avril 2015, dans son village de l'État d’Enugu, dans le sud du Nigeria, elle se trouve chez sa compagne Mary en compagnie de deux autres amies, lesbiennes elles aussi. Des hommes pénètrent dans la maison, les prennent à partie et les pourchassent.

Elita Omalichaogo Edeh parvient à s’enfuir mais sa compagne est tuée, aspergée d’essence et brûlée en place publique, apprendra-t-elle plus tard. Ses deux amies n'échappent au lynchage que grâce à l’intervention de la police, qui les arrête. Elles purgeraient actuellement une peine de 14 ans de prison, comme le prévoit la loi au Nigeria, l'un des pays les plus répressifs au monde en matière d’homosexualité.

>> À lire sur France 24 : "Cameroun, le calvaire des homosexuels"

La jeune femme, qui était commerçante et a pu réunir quelques économies, n’a d’autre choix que de s’enfuir. Elle envisage de demander l’asile aux États-Unis, pays dont elle parle la langue. Direction New York donc, via un vol qui fait escale à Paris. Mais à l’arrivée, début juillet, les autorités américaines la refoulent vers Roissy, son aéroport de provenance.

N’ayant pas de titre de séjour, elle ne peut rester en France. "Elle a passé 18 jours en 'zone d’attente' et a refusé par huit fois d’embarquer sur un avion à destination du Nigeria", explique Francisco Sanchez Rodriguez. Finalement, le juge des libertés lui permet de quitter la "zone d’attente", avec une obligation de quitter le territoire sous huit jours.

Elita Omalichaogo Edeh décide alors de rejoindre l’Espagne, via la ville frontalière de Hendaye, où elle est arrêtée le 24 juillet dernier puis placée en centre de rétention administrative. Saisi du dossier, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) rejette alors sa demande d'asile.

"Comment prouver son orientation sexuelle ?"

"L’administration a estimé que les preuves de son homosexualité n'étaient pas suffisantes, mais comment prouver son orientation sexuelle ? C’est extrêmement compliqué : il est possible de donner des gages d’un engagement religieux par exemple, mais comment donner des preuves de son passé homosexuel dans un pays où les gays ne peuvent vivre que cachés ?", avance Francisco Sanchez Rodriguez qui n'a "personnellement aucun doute sur la véracité du récit d’Elita".

Face à cette situation, la Cimade engage plusieurs procédures, qui n’aboutissent pas. Finalement, après avoir pris connaissance des observations d’un médecin de l’Agence régionale de santé, la préfecture a choisi de laisser un répit à la jeune Nigériane. "Le préfet des Pyrénées-Atlantiques a décidé, à titre humanitaire, de ne pas exécuter la mesure d’éloignement [vers le Nigeria, NDLR] et de lever le placement en rétention. Cette décision permettra à Mme Edeh de faire une demande de titre de séjour provisoire pour raisons de santé auprès des services de la préfecture."

"Ce titre de séjour lui sera délivré pour une durée initiale de six mois", indiquait le 19 août l'administration dans un communiqué. Le médecin qui l’a examiné a fait état de pathologies psychiatriques liées à des troubles post-traumatiques, selon la Cimade et l’association locale de défense des homosexuels Los Bascos, qui a également soutenu Elita Omalichaogo Edeh.

Pour l’heure, "elle a trouvé refuge chez une amie à Paris, elle se repose, prend des forces pour être bientôt en mesure de porter sa demande de régularisation". La Cimade a déposé auprès du tribunal de Bordeaux un appel de la mesure d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) dont la jeune femme fait l’objet.

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