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Pénurie de vaccins pédiatriques : "À qui profite le crime ?"

Laboratoire de Chanteau le 15 septembre 2009.
Laboratoire de Chanteau le 15 septembre 2009. Martin Bureau, AFP

Depuis le mois de novembre 2014, une pénurie mondiale de vaccins destinés aux nourrissons inquiète les jeunes parents. Raisons et conséquences du phénomène.

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Introuvables. Depuis le mois de novembre dernier, la France fait face à une pénurie de vaccins destinés aux bébés. Le DTP, vaccin obligatoire qui protège uniquement de la diphtérie, du tétanos et de la poliomyélite et qui prémunit aussi de la coqueluche ainsi que le BCG contre la tuberculose sont aux abonnés absents dans les pharmacies de l’Hexagone. "Et cela ne touche pas seulement la France, c’est une crise mondiale", souligne Telma Léry, directrice médical vaccins du laboratoire GlaxoSmithKline France (GSK).

Vague mondiale d’épidémie

Comment expliquer une telle pénurie ? Le laboratoire GSK qui se partage le marché avec Sanofi Pasteur MSD avance deux raisons à ce phénomène. "Un facteur externe lié à une recrudescence de cas de coqueluches entre 2012 et 2013 à travers le monde explique en partie la pénurie, indique Telma Léry. Pour faire face à l’épidémie, 17 pays et non des moindres comme les États-Unis, l’Inde ou l’Australie ont notamment décidé d’introduire le vaccin contre la coqueluche au calendrier vaccinal des femmes enceintes. D’autres États ont ajouté des doses de rappel de vaccins." Conséquence : "Une forte demande a été enregistrée sans que l’offre puisse suivre".

Le second facteur est lié à la spécificité même du vaccin, qui n’est pas un produit chimique mais biologique. "Travailler avec des organismes vivants suppose une grande variabilité du rendement des cellules et implique de nombreux contrôles dont le temps est incompressible. Un vaccin comme le DTP prend invariablement 18 mois à être fabriqué", poursuit la directrice.

Et il semble difficile d’anticiper la situation selon le laboratoire interrogé. "On ne peut pas prévoir une épidémie au niveau mondial, renchérit la biologiste. Tout comme il semble compliqué de prédire une date à laquelle les vaccins seront à nouveau disponibles", conclut-elle.

Une pénurie providentielle ?

En attendant un retour à la normale, les autorités sanitaires préconisent l’emploi d’un autre vaccin, l'Infanrix Hexa, qui protège de l’hépatite B en plus du DT-Polio. Ce vaccin "est actuellement disponible et peut être utilisé sans risque pour les enfants. Il répond aux recommandations des autorités françaises", a assuré le docteur Odile Launay, vice-présidente du Comité technique des vaccinations (CTV) sur les ondes de RTL.

Problème, 10 % des familles françaises ne veulent pas vacciner leur enfant contre l'hépatite B en raison des polémiques sur ses prétendus effets secondaires.

Autre difficulté : ce vaccin coûte 39,04 euros contre 6,10 euros pour le simple DT-Polio, soit près de sept fois plus cher. Avec une plus-value qui se chiffre en millions d’euros réalisée par les laboratoires pharmaceutiques, pas sûr que la pénurie soit préjudiciable pour tout le monde. C’est du moins ce que pense le très controversé professeur Henri Joyeux, à l’origine d’une pétition lancée le 13 mai sur les réseaux sociaux qui a récolté quelque 200 000 signatures. Ce médecin à la retraite accuse ouvertement les laboratoires pharmaceutiques d’avoir eux-mêmes organisé le manque.

Dernier point noir, le prix de ce vaccin représente un coût non-négligeable pour la Sécurité sociale. Certains élus n’ont d’ailleurs pas hésité à monter au créneau, comme la députée européenne Europe Écologie-Les Verts Michèle Rivasi. "Pour la Sécurité sociale, ça coûte beaucoup plus cher. Donc à qui profite le crime ? Aux laboratoires pharmaceutiques", s'est insurgée l'élue dans le journal du 24 mars sur France 2.

Les laboratoires pharmaceutiques assurent de leur côté que leur objectif n’est pas de vendre le vaccin le plus cher. "Pourquoi les laboratoires auraient-ils organisé une pénurie alors que 92 % des nourrissons étaient déjà vaccinés avec l'Infanrix Hexa [à 39,04 NDLR] bien avant les épidémies ? s’étonne Telma Léry.

 

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