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Amériques

Le puissant retour du phénomène El Niño inquiète les climatologues

© Jaime Razuri, AFP (archive) | Un habitant de l’agglomération de Lima, au Pérou, évacue l’eau de sa maison après les pluies torrentielles provoquées par El Niño en février 1998.

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 26/08/2015

Le phénomène climatique El Niño, courant océanique saisonnier en Amérique du Sud, s'annonce extrêmement intense pour cet hiver. Les climatologues craignent de graves conséquences écologiques et économiques pour l'ensemble de la planète.

Après cinq ans d'absence, le retour du phénomène climatique El Niño, - traduction littérale de l’Enfant Jésus car il atteint un pic de puissance peu après Noël -, n’a rien d’un cadeau pour les populations concernées. Ce courant saisonnier d’eau chaude qui se déplace au large des côtes du Pérou et de l'Équateur est d’autant plus redouté cette année qu’il est annoncé par la grande majorité des météorologues comme exceptionnel. "On peut déjà observer des signes avant-coureurs du phénomène", indique Benjamin Pohl, enseignant chercheur au centre de recherches de climatologie du CNRS et de l’université de Bourgogne.

"Le réchauffement de la surface des eaux du Pacifique Est est déjà supérieur de 0,5°C à 1°C au-dessus de la normal. On peut donc penser qu’au plus fort du phénomène, la température de la surface des eaux pourrait être augmentée de 2°C, ce qui est considérable", souligne le scientifique. Et peut engendrer des conséquences dévastatrices.

Certains climatologues n’hésitent d’ailleurs pas à comparer ce nouvel épisode au très puissant El Niño de la saison 1997-1998 et à le qualifier de "supercalifragilisticexpialidocious", en référence à une chanson du film Mary Poppins.

Des conséquences écologiques et économiques

Habituellement, l’événement météorologique, qui revient généralement tous les trois à sept ans, se caractérise localement par un réchauffement de la surface des eaux et une forte augmentation des précipitations. Certaines régions d’Amérique, même désertiques, risquent ainsi de connaître des pluies diluviennes. Ce qui pourrait apparaître comme une bonne nouvelle pour ces zones touchées par la sècheresse, comme la Californie, n’en est pas une car ces pluies souvent torrentielles, se transforment généralement en violentes tempêtes. C’est notamment la raison pour laquelle le Pérou a renoncé à accueillir cette année le Paris-Dakar.

Conséquence plus dramatique : le phénomène entraîne également dans son sillage un mouvement inverse de sécheresse à l’autre bout de la planète sur des zones tropicales en Asie du Sud, Inde et en Afrique australe. "Ces sècheresses qui anéantissent les cultures sont particulièrement redoutées des pays dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture", note le chercheur.

Un phénomène en entraînant un autre, les vagues de sècheresse favorisent également les incendies et ravagent de nombreux milieux naturels. Lors de l’épisode 1982-1983, l’Australie a connu de violents incendies qui ont détruit plus de 335 000 hectares de terres agricoles ou forestières.

Poissons et coraux en danger

Les pêcheurs ne sont pas non plus épargnés par le phénomène. Les modifications des courants empêchent les remontées des eaux froides qui contiennent les nutriments indispensables à la survie des poissons. À titre d’exemple, les derniers épisodes majeurs d’El Niño ont causé la disparition des 9/10e de la population d’anchois et de sardines sur les côtes nord-ouest de l'Amérique du Sud.

L’épisode naturel entraîne également des mouvements écologiques irréversibles. La hausse de la température des eaux peut provoquer en divers endroits le dépérissement de récifs coralliens.

Seule bonne nouvelle : les épisodes El Niño diminuent généralement la fréquence des tempêtes et ouragans dans l'Atlantique. En effet, le courant crée un phénomène de cisaillement des vents qui désamorce les tempêtes tropicales.

La faute de l’Homme ?

Si le phénomène naturel inquiète, il n’est pourtant pas nouveau. Les données prises sur des fossiles ont permis d’affirmer que des variations climatiques avaient déjà lieu il y a 10 000 ans de cela au large des côtes péruviennes. Toutefois, "on a observé sur ces 30 dernières années que le phénomène était de plus en plus intense", souligne Benjamin Pohl.

La faute au réchauffement climatique ? "L’hypothèse du réchauffement climatique est parfaitement valable même si elle n’est pas confirmée, note enfin le professeur. Et il y a en effet une forte probabilité pour que le réchauffement climatique lié à l’activité humaine soit responsable de la montée en puissance de ces épisodes."

Et le phénomène ne va pas forcément s'arranger au vu des records de températures enregistrés en 2015.

Première publication : 26/08/2015

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