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"Mediterranea" : la vie des migrants après la traversée

Koudous Seihon dans "Mediterranea" de l'Italo-Américain Jonas Carpignano.
Koudous Seihon dans "Mediterranea" de l'Italo-Américain Jonas Carpignano. DCM

Économie parallèle, mal-logement, prostitution, exploitation, violences racistes. Dans les salles françaises cette semaine, "Mediterranea", de l'Italo-Américain Jonas Carpignano, suit pas à pas des migrants dans une Italie pas toujours hospitalière.

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Il n’y a pas la mer au Burkina Faso. Mais ce n’est pas parce qu’Ayiva n’a jamais mis les pieds sur un bateau qu’il ne peut pas manœuvrer celui qui doit l’emmener en Italie. Pour lui, pas question de renoncer.

Avec son camarade Abas, il a parcouru des milliers de kilomètres sur le toit de camions surbondés, traversé, à pied, le désert algérien et libyen, subi les assauts de détrousseurs de grands chemins… Les deux amis burkinabè (Koudous Seihon, Alassane Sy) sont déjà des survivants. S’ils ont mis leur vie en danger, ce n’est pas pour buter sur la Méditerranée.

L’embarcation de fortune sur laquelle ils s’embarquent nous est presque familière. Elle est de celles que les gardes-côtes italiens secourent chaque jour avec des dizaines, parfois des centaines, de migrants à bord. Dans le meilleur des cas.

Esclavagisme moderne

Contrairement à ce que suggère son titre, "Mediterranea", film de l’Italo-Américain Jonas Carpignano présenté au dernier Festival de Cannes, n’est pas un drame centré sur les tragiques traversées clandestines. Mais sur ce qui leur fait suite : les désillusions de ces immigrés africains en quête d'une vie meilleure en terre européenne. L’Europe, ici, c’est la Calabre, pointe de la botte italienne dévastée par la crise économique. À la manière d’un reportage sur "les dessous de", le film déploie méthodiquement et sans pathos l’éventail des misères inhérentes à la clandestinité dans une contrée pas toujours hospitalière : l’économie parallèle, le mal-logement, la prostitution, l’exploitation, les violences racistes.

De fait, le film de Jonas Carpignano vaut surtout pour sa transcription des rapports entre les sans-papiers et les habitants locaux, lesquels ne sont pas forcément montrés sous leur meilleur jour. Les Calabrais toujours prompts à tendre la main et le couvert aux clandestins - telle cette impayable grand-mère aux allures de Madame Doubtfire qui n’aime rien tant que se faire appeler "Mama Africa" - peinent à masquer la méfiance générale que la société calabraise nourrit à l’égard des étrangers.

Mais plus pernicieux encore que les menaces, les injures et les agressions quasi journalières, il y a le paternalisme des exploitants agricoles prospères, faux Bons Samaritains qui ne voient en ces groupes d’illégaux qu’une main-d’œuvre bon marché, payée au prorata des fruits récoltés. Un asservissement au milieu des orangers. On se croirait au temps révolu des plantations de coton de l’Amérique sudiste. Vous avez dit, esclavagisme moderne ?

Cet article a été publié une première fois lors du Festival de Cannes 2015.

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