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"D-Day" : les vétérans britanniques attendent toujours leur Légion d'honneur

Des vétérans britanniques participent aux cérémonies du 70e anniversaire du débarquement, le 6 juin 2014, à Bayeux en Normandie.
Des vétérans britanniques participent aux cérémonies du 70e anniversaire du débarquement, le 6 juin 2014, à Bayeux en Normandie. Leon Neal, AFP

En 2014, lors du 70e anniversaire du Débarquement, François Hollande avait promis de remettre la Légion d’honneur aux vétérans britanniques. Quelques-uns l'ont reçue par la poste, mais la majorité d’entre eux attend encore cette décoration.

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L’âge ne semble pas avoir d’emprise sur Walter Sharp. À tout juste 101 ans, le vieil homme affiche une énergie débordante. Tranquillement installé sur un confortable canapé, le regard malicieux, la parole alerte, ce vétéran écossais raconte encore et encore son arrivée en France sur une plage de Normandie. "Mes pieds sont toujours trempés ! Je me souviens de cette sensation dans la barge de débarquement et j’entends toujours le capitaine nous dire : ‘Allez sortez vite les gars, il faut que je retourne chercher d’autres soldats’", décrit-il avec un humour ‘so scottish’ et un accent des plus prononcés, tout en grignotant des biscuits.

Le vétéran Walter Sharp à l'âge de 25 ans sous l'uniforme britannique. Il s'était engagé en 1940 au sein du Royal Army Ordnance Corps.
Le vétéran Walter Sharp à l'âge de 25 ans sous l'uniforme britannique. Il s'était engagé en 1940 au sein du Royal Army Ordnance Corps. Walter Sharp

Le 9 juin 1944, trois jours après le D-Day, le caporal Sharp pose le pied sur Gold Beach avec son régiment, le Royal Army Ordnance Corps. Il a pour mission d’assurer le ravitaillement des troupes ou encore d'évacuer le bétail qui a péri sous les bombardements pour éviter la propagation des maladies. Cela fait déjà quatre ans qu’il porte l’uniforme de l’armée britannique. Le jeune homme, né à Falkirk, dans l’est de l’Ecosse, trois jours après le début de la Première Guerre mondiale, a déjà combattu en Afrique du Nord et en Italie avant de rejoindre les côtes françaises. Dans les mois qui suivent son arrivée en France, il prend part à l’offensive alliée jusqu’en Belgique, aux Pays-Bas et finalement en Allemagne. Il ne sera démobilisé qu’en 1946.

Une Légion d’honneur par courrier

Des faits d’armes qui sont récompensés 70 ans après par la plus prestigieuse des décorations françaises. Au mois de mai dernier, il a été nommé Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Sur sa chemise, le soldat de sa majesté, tiré à quatre épingles, arbore fièrement sa nouvelle décoration à côté de sa cravate : "C’est un grand honneur. Peu de gens l’ont, mais je ne pensais quand même pas la recevoir par la poste !". Walter Sharper a en effet eu la surprise de découvrir sa médaille simplement enveloppée dans un colis recommandé envoyé par l’ambassade de France à Londres.

Quelques mois plus tôt, son fils Brian avait rempli une demande officielle après avoir entendu parler de la déclaration faite par François Hollande lors des cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement. Le président français s’était alors engagé à ce que les vétérans britanniques encore en vie se voient remettre la Légion d’honneur. Pour Walter Sharp, la promesse a été tenue, mais la forme est à revoir. "Mon père est déçu de ne pas avoir reçu cette médaille des mains d’un représentant des autorités françaises. En plus, nous avons vu dans un journal une photo montrant l’Ambassadeur de France en train de remettre cette décoration à d’autres vétérans au mois d’avril", s’indigne son fils.

Frustré par cette situation, ce dernier a contacté l’ambassade pour faire part de son mécontentement : "Ils m’ont dit que 3 000 vétérans avaient postulé pour la recevoir et que si l’Ambassadeur devaient les distribuer à chacun, cela prendrait deux ou trois ans. Ils ont donc décidé de commencer à en envoyer par la poste étant donné l’âge très avancé de ces anciens soldats".

Walter Sharp et sa Légion d'Honneur avec son fils Brian à ses côtés dans leur ville de Falkirk, en Ecosse
Walter Sharp et sa Légion d'Honneur avec son fils Brian à ses côtés dans leur ville de Falkirk, en Ecosse Stéphanie Trouillard, France 24

Les vétérans n’ont plus le temps d’attendre

À 350 km, plus au sud, dans la ville de York, Kenneth Smith n’a même pas eu cette chance. Un an après avoir rempli le formulaire, ce vétéran anglais âgé de 90 ans, attend toujours des nouvelles de sa Légion d’honneur. "J’ai écrit à l’ambassade. Ils m’ont répondu que je devais être patient. J’ai également adressé un courrier au président français et j’ai eu une réponse similaire", explique l’ancien soldat, qui a débarqué aussi en juin 1944 à Gold Beach avec la 43e division d’infanterie britannique.

Le vétéran Kenneth Smith à l'âge de 18 ans. Il a débarqué un an plus tard en Normandie en juin 1944. Il a fait partie de la 43e division d'infanterie britannique (Wessex).
Le vétéran Kenneth Smith à l'âge de 18 ans. Il a débarqué un an plus tard en Normandie en juin 1944. Il a fait partie de la 43e division d'infanterie britannique (Wessex). Kenneth Smith

Mais du temps, il estime ne plus en avoir beaucoup. Pour le 70e anniversaire du D-Day, Kenneth Smith avait fait le déplacement avec six de ses anciens camarades de la Seconde Guerre mondiale originaires de la région de York. Ils étaient alors encore appelés "The magnificent seven" (Les sept mercenaires) par la presse locale. "Trois sont morts depuis cette date", regrette ce participant au débarquement. "L’un d’entre eux a reçu la Légion d’honneur juste avant de mourir, mais pas les deux autres. Quand je me connecte sur Internet, je n’arrête pas de voir des annonces de décès d’anciens vétérans."

Pour lui, les autorités françaises n’ont pas mesuré l’ampleur de la tâche et se sont retrouvées complètement dépassées. Le processus d’attribution est en effet très balisé. Les formulaires sont d’abord regroupés par le ministère de la Défense britannique qui vérifie les états de service des vétérans et leurs antécédents judiciaires avant de valider les demandes, puis de les transmettre à la grande chancellerie française.

Des lenteurs administratives

Alors que seulement quelques centaines de ces héros du D-Day ont pour l’instant reçu leur médaille, l’ambassade est de plus en plus sollicitée par les familles dans l’attente. Outre-Manche, la polémique enfle. Une pétition a même été lancée sur Internet pour soutenir le dernier combat de ces vétérans.

Interrogée au sujet du retard pris au cours des derniers mois, l’ambassade de France à Londres affirme mobiliser tous les services à sa disposition pour répondre à chaque demande. Ce processus existe déjà avec d’autres pays comme les États-Unis et le Canada depuis la présidence de Jacques Chirac, mais ce n’est que l’an dernier qu’il a vraiment été enclenché avec le Royaume-Uni. "Le gouvernement français remet la Légion d’honneur à des vétérans du D-Day originaires de plusieurs pays depuis plusieurs années. C’est une manière d’honorer et de remercier ces soldats qui se sont battus pour la libération de la France Durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis le 70e anniversaire du Débarquement en juin 2014, les autorités britanniques ont autorisé le gouvernement français à faire la même chose avec les vétérans britanniques”, explique l’Ambassade dans un communiqué transmis à France 24.

Selon les services diplomatiques français, les lenteurs en cours sont surtout dues à des difficultés administratives : "S’occuper de ce nombre record de demandes prend du temps étant donné les vérifications nécessaires et les contraintes logistiques”. Confrontée à cette course contre la montre, l’Ambassade assure que la procédure a été accélérée et qu’"elle sera capable de remettre toutes les décorations d’ici la fin de l’année".

Kenneth Smith ne devrait donc plus attendre trop longtemps pour toucher du doigt cet ultime honneur : "J’aimerais que la Légion d’honneur me soit remise lors d’une cérémonie, mais à presque 91 ans, je l’accepterais par la poste plutôt que de mourir avant de la recevoir. Je participe à de nombreux événements publics et cela serait formidable de la porter à ces occasions. Je serais tellement fier ".

Kenneth Smith a débarqué sur la plage de Gold Beach en juin 1944. Il a pris part aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement en 2014 en Normandie.
Kenneth Smith a débarqué sur la plage de Gold Beach en juin 1944. Il a pris part aux cérémonies du 70e anniversaire du Débarquement en 2014 en Normandie. Kenneth Smith

 

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