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Des Antigones modernes portent leur combat féministe à Marseille

Musiciennes de "La Nuit d'Antigone".
Musiciennes de "La Nuit d'Antigone". Patrick Laffont

Poétesses ou journalistes, "Les Nouvelles Antigones" est un collectif de blogueuses féministes qui a investi le web pour résister par la plume et contribuer à améliorer la situation des femmes dans le bassin méditerranéen.

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Antigone, fille incestueuse d’Œdipe et de Jocaste qui enterra son frère Polynice malgré l’interdiction du roi Créon, "redoutait la mort mais plus encore une vie indigne", écrit le dramaturge Bertolt Brecht. "Les Nouvelles Antigones", un collectif de blogueuses issues de toutes les rives de la Méditerranée, ont emprunté au personnage mythique son indignation. Le sens du sacrifice en moins.

Originaires du Liban, Tunisie, Lybie, Syrie, Espagne, Égypte ou Palestine, ces militantes posent un regard sans concession sur leurs sociétés respectives et elles le font savoir. Qu’elles soient journaliste, romancière ou poétesse, Abir Kopty, Cristina Fallaras, Abir Ghattas, Paola Salwan Daher, Amal Claudel, Naïla Mansour et Kübra Gümüsay ont choisi la plume pour résister et la Toile pour diffuser leurs voix le plus largement possible.

Mais parce que le monde ne se résume par à Internet, ces artistes résistantes se réunissent le 12 septembre à Marseille pour partager en public leurs cris de révolte ainsi que leur prose et leur poésie lors d’une journée de débats et une soirée musicale, La Nuit d'Antigone, durant laquelle leurs écritures seront mises en musique par cinq musiciennes. 

"Une agora numérique"

Au départ, "Les Nouvelles Antigones" sont une "agora numérique", selon les termes de sa fondatrice Nil Deniz. À savoir, une plateforme en ligne ayant pour vocation d’amplifier les voix de ces résistantes et de faire connaître leurs écrits au-delà de leurs frontières, notamment en traduisant leur texte en français et en anglais.

Se définissant comme "cyber-activistes", ces auteurs tiennent toutes, à l’exception de la syrienne Naïla Mansour, un blog où elles militent pour les droits des femmes dans des pays majoritairement dominés par les hommes. "Antigone représente la figure de la résistance face à la loi des Hommes. Ces différentes blogueuses s’élèvent contre la dictature, l’extrémisme islamiste ou le conservatisme des sociétés patriarcales. La Toile leur permet d’échanger leurs expériences et d’éveiller plus largement les consciences", explique à France 24 Nina Hubinet*, journaliste spécialiste du monde arabe, qui apporte son aide au collectif.

Abir Ghattas est l’une des contributrices. Membre de la campagne de sensibilisation en ligne "The uprising of women in the Arab World" (le soulèvement des femmes dans le monde arabe), dont la page Facebook compte plus de 118 000 fans, elle tient depuis 2008 un blog sur la situation des femmes au Liban considéré comme l’un des plus influents du pays. Également comme l’un des plus dérangeants.

Le cyber activisme, une activité à risque

Cette Libanaise n’hésite pas à mettre en lumière des sujets encore tabous dans son pays comme le viol conjugal, les abus sexuels ou la violence domestique, avec les risques que cela implique. "En tant que cyber-activiste, je subis plusieurs niveaux de violence. Mes billets me valent de régulières insultes, notamment d’ordre sexuel", explique-t-elle à France 24.

"Par ailleurs, je suis doublement surveillée : d’abord par l’État – comme n’importe quel blogueur, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Mais parce que je suis une femme, je subis aussi la surveillance de ma famille, de mes proches", poursuit-elle. "En tant que femme je suis considérée comme une citoyenne de seconde classe par mon père, mon frère, la société, mais je refuse de jouer ce jeu", ajoute-t-elle avec calme.

Abir Ghattas ne se contente pas de s’indigner sur la blogosphère. Son cyber-activisme reste complémentaire d’un militantisme de terrain plus classique : manifestation, tractage, tables rondes, formation, etc… "Je résiste parce que je ne veux pas être sauvée par les autres et je souhaite que chaque libanaise connaisse ses droits et ait les moyens de se défendre seule", explique Abir. Sa rencontre avec les autres "Nouvelles Antigones représente selon elle l’occasion – trop rare - de pouvoir échanger des expériences entre militantes.

Et les hommes dans tout ça ? lui demande-t-on. N’auraient-ils pas aussi un rôle essentiel à jouer pour que les sociétés évoluent vers plus de parité entre les sexes ? "Bien sûr qu’ils ont droit au chapitre", s’amuse Abir Ghattas, avant de concéder : "Mais sur "Les Nouvelles Antigones", ce sont les femmes qui écrivent. Les hommes… ils peuvent commenter !" Reste à espérer que le public de la rencontre marseillaise du 12 septembre en comptera quelques uns…

*Nina Hubinet a été également journaliste au sein de la rédaction web de France 24.

 

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