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"N.W.A - Straight Outta Compton" : le gangsta rap américain passé au tamis hollywoodien

"Straight Outta Compton" est le premier album du groupe N.W.A, sorti en 1988.
"Straight Outta Compton" est le premier album du groupe N.W.A, sorti en 1988. Universal Pictures

Carton du box-office américain, le biopic consacré aux pionniers du gangsta rap californien sort sur les écrans français mercredi. Une épopée grandiloquente qui relègue ce mouvement majeur de la culture US au rang de folklore bon enfant.

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Chaque mardi, France 24 se penche sur deux films qui sortent dans les salles françaises. Cette semaine, une plongée dans l'intimité de quatre prostituées marocaines avec "Much Loved", de Nabil Ayoub, et l'univers du gangsta rap passé à la moulinette hollywoodienne dans "N.W.A - Straight Outta Compton", de F. Gary Gray.

Si l’on s’en réfère à l’affiche, c’est donc l'histoire du "groupe le plus dangereux du monde" que F. Gary Gray entend nous raconter avec "N.W.A - Straight Outta Compton". Dangereux pour qui ? Dangereux pour quoi ? On ne saurait répondre tant ce biopic choral retraçant le parcours de ce qu’il est convenu de présenter comme les pionniers du gangsta rap américain, confine au certificat de respectabilité.

Mais tout d’abord, c’était quoi N.W.A ? Une bande de rappeurs qui ouvrit une page de la musique américaine avec la sortie en 1988 de "Straight Outta Compton", littéralement "Tout droit sorti de Compton", un quartier ultra-violent de Los Angeles dont sont issus les cinq membres du groupe. Véritable cri de révolte d’une jeunesse livrée à elle-même et aux violences policières, l’album bouscule le monde de la musique par la radicalité de ses paroles. En témoigne son titre phare "Fuck Tha Police" (nul besoin de traduire) qui vaudra à N.W.A quelque souci avec les autorités, mais aussi une renommée mondiale. Ces agitateurs alors méconnus font aujourd’hui référence dans l’univers du hip-hop : Eazy-E, Dr. Dre et Ice Cube, pour ne citer que les plus connus.

C’est leur fulgurante ascension que raconte scolairement le film : la galère de la rue, les premières scènes dans les clubs underground, la signature du premier contrat avec des managers blancs pas très bien intentionnés, la sortie de l’album, les tournées quasi orgiaques aux quatre coins des États-Unis, les villas de luxe et la rivalité entre les membres du groupe, à laquelle la mort d’Eazy-E du sida en 1995 viendra mettre un point final. Une décennie, donc, durant laquelle le gangsta rap va s’imposer dans le paysage musical US comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Sage et pompier

C’est cela, l’histoire de N.W.A. Celle d’une émancipation, d’une effervescence, d’une révolution culturelle menée par des autodidactes qui ont su bousculer les codes de l’industrie musicale en imposant les leurs (tel Ice Cube qui saccage le bureau du patron de Priority Records à coups de batte de baseball).

De tout cela, on était en droit d’attendre un film mal élevé. Malheureusement, F. Gary Gray - cornaqué, entre autres, par Dr. Dre et Ice Cube à la production - s’est contenté de livrer un biopic sage et pompier, un pur produit hollywoodien sans relief dont le seul but est d’installer définitivement son sujet au Panthéon de la musique américaine. Après deux heures et demie de ce récit égocentré, que retient-on de cette subversion artistique qui, à l’image du rock'n'roll dans les années 1960, incarnait le diable dans bien des foyers américains ? Rien qu’une accumulation de stéréotypes éculés sur le milieu (des flingues, de la marijuana, des grosses voitures, des petites pépées se trémoussant seins nus au bord de la piscine, etc.). On se croirait dans un vieux film à costumes qui, avec le même souci d’exhaustivité d'une fiche Wikipedia, se complaît à faire défiler à l’écran les figures historiques du gangsta rap première génération (coucou Snoop Dogg, coucou Tupac).

Il y a quelque chose de risible à ce que les anciens membres de N.W.A aient voulu se peindre en "bad boys" au grand cœur, aient misé tant d’énergie à démontrer de manière systématique que les malotrus, les malhonnêtes, les vrais voyous, c’étaient les autres. Au premier rang desquels, Jerry Heller, le manager manipulateur, ou Suge Knight, le truand businessman.

Rien de nouveau cependant. Bien avant la naissance du gangsta rap, les écrivains avaient déjà compris l’intérêt d’écrire leur propre légende. "Vous qui aimez la gloire, soignez votre tombeau", disait Chateaubriand. On l’ignorait, mais les membres N.W.A sont en fait de grands romantiques.

-"N.W.A - Straight Outta Compton" de F. Gary Gray, avec O’Shea Jackson Jr., Corey Hawkins, Jason Mitchell, Paul Giamatti… 2h26.

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