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Bras de fer dans l’UE : quatre pays européens toujours opposés aux quotas

Des migrants près de la frontière entre la Croatie et la Hongrie, le 21 septembre 2015.
Des migrants près de la frontière entre la Croatie et la Hongrie, le 21 septembre 2015. STR / AFP

Au lendemain de l’adoption au forceps d'un plan de répartition de 120 000 migrants entre pays membres de l'UE, les dirigeants européens se retrouvent, mercredi, pour un sommet extraordinaire sur la crise migratoire.

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Les dirigeants européens se retrouvent, mercredi 23 septembre à Bruxelles, dans le cadre d’un sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Huit consacré à la crise migratoire. Au programme des discussions : l'octroi d'une aide aux pays du Moyen-Orient qui hébergent des millions de réfugiés syriens et le renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l'Union européenne.

Ce rendez-vous crucial intervient au lendemain de l’adoption par les ministres de l'Intérieur des Vingt-Huit, par une très large majorité, d’un plan de répartition de 120 000 migrants dans l'UE, en dépit de l'opposition tenace des pays d'Europe de l'Est au système de quotas de demandeurs d'asile.

Orban dénonce "l'impérialisme moral"

La République tchèque, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie ont voté contre ce plan soutenu par l'Allemagne et la France. "Nous allons bientôt réaliser que le roi est nu... C'est le bon sens qui a perdu aujourd'hui", s'est désolé le ministre tchèque de l'Intérieur Milan Chovanec sur Twitter. Et pour cause, malgré leur opposition, juridiquement, les États devront accepter leur contingent de réfugiés précise le texte de l'accord.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a réagi, mercredi, en dénonçant "l'impérialisme moral" que tente selon lui d'imposer la chancelière allemande Angela Merkel au reste de l'Europe sur l'accueil des réfugiés. "Je ne doute pas du droit de l'Allemagne à définir des exigences morales, en particulier pour elle-même. Et si la décision est prise de laisser rentrer (tous les réfugiés) ou de n'accepter personne, nous accepterons cette décision comme une décision allemande. […] Mais quelle que soit la décision que prendra l'Allemagne, cela ne doit valoir que pour elle, c'est ce que je demande", a-t-il expliqué, invité à une rencontre avec les dirigeants du parti CSU, branche bavaroise de la CDU de la chancelière.

De son côté, le Premier ministre slovaque Robert Fico a dénoncé le "diktat" de l'UE, disant préférer "transgresser les règles européennes" que d'accepter des quotas. Il a prévenu que "tant qu'il serait Premier ministre", la Slovaquie ne mettrait pas en œuvre le système de quotas.

"Nous aurions préféré trouver un consensus, mais nous n'y sommes pas parvenus et ce n'est pas par manque de volonté", a déclaré le ministre de l'Intérieur luxembourgeois, Dan Kersch.

"Les divisions nous affaiblissent"

François Hollande a mis en garde les pays récalcitrants. "Il y a des règles en Europe : quand on ne respecte pas le droit de la concurrence, le pacte de stabilité, il y a des sanctions, ça existe, et donc ces pays se mettraient dans des situations où forcément, ce qu'ils reçoivent de l'Europe ne viendra plus", a déclaré le président français.

"On ne peut pas demander à l'Europe un soutien et refuser à l'Europe une solidarité. (...) Quand on est dans l'Union européenne, on ne vient pas simplement pour avoir des avantages, on vient aussi pour prendre sa part", a-t-il ajouté.

Les divisions internes "affaiblissent grandement notre crédibilité" vis-à-vis du reste du monde, a prévenu la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Federica Mogherini, dans un entretien publié mercredi par le quotidien allemand"Süddeutsche Zeitung".

La décision de "relocaliser" 120 000 réfugiés (qui s'ajoute à une précédente répartition de 40 000), déjà arrivés sur le continent, intervient alors qu'il y a déjà quatre fois plus de migrants à avoir rallié l'Europe depuis janvier, selon le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR).

Au total, un million de demandes d'asile pourraient être déposées en 2015 dans les pays de l'Union européenne, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui, dans un rapport annuel sur les migrations, évalue de "350 000 à 450 000" le nombre des personnes qui devront bénéficier d'une protection.

Au rythme actuel de 6 000 arrivées par jour, le chiffre de 120 000 sera atteint en seulement 20 jours, a souligné la porte-parole de l'agence onusienne à Genève.

"Un programme de relocalisation ne suffira pas à stabiliser la situation à ce stade de la crise", a prévenu Melissa Fleming en demandant à l'UE de renforcer ses capacités d'accueil de manière permanente.

Un milliard d'euros pour la Turquie

Toujours est-il que cet accord au niveau ministériel était indispensable pour que le sujet ne parasite pas le sommet extraordinaire de mercredi, où seront discutées des aides concrètes pour la Turquie, le Liban et la Jordanie, qui hébergent des millions de réfugiés, ainsi que pour les onze millions de Syriens déplacés dans leur propre pays.

"Nous avons le sentiment qu'après les événements des dernières semaines, tout le monde est davantage disposé à aider les réfugiés tant qu'ils sont hors d'Europe, donc nous voulons concrétiser tout cela", explique un responsable européen.

La Commission européenne a indiqué la semaine dernière qu'elle était prête à débloquer un milliard d'euros pour la Turquie, une somme cinq fois plus élevée que celle qu'elle a versée jusqu'à présent pour venir en aide aux deux millions de réfugiés syriens dans ce pays.

Le principal obstacle au déblocage de cette aide, qui proviendrait pour les deux tiers de fonds existants, est la contribution des États membres, a indiqué à Reuters un responsable européen.

En contrepartie d'une telle aide, destinée notamment à améliorer les services de santé, la Turquie doit s'engager à améliorer les conditions de vie des réfugiés, à lutter contre les réseaux de passeurs et à empêcher les départs vers la Grèce, a-t-il ajouté.

Ankara demande de son côté une aide financière mais aussi une relance des négociations sur sa candidature à l'Union européenne. Pour répondre à ces attentes, les Vingt-Huit envisagent d'organiser un "mini-sommet" avec le président turc Recep Tayyip Erdogan le 5 octobre.

Avec AFP et Reuters

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