AFGHANISTAN

Kaboul annonce la reprise de Kunduz, les Taliban démentent

Des soldats afghans qui mènent une contre-offensive à Kunduz, le 28 septembre 2015, pour reprendre la ville aux mains des Taliban.
Des soldats afghans qui mènent une contre-offensive à Kunduz, le 28 septembre 2015, pour reprendre la ville aux mains des Taliban. Najim Rahim, AFP

Les forces afghanes disent avoir repris Kunduz, ville stratégique du nord afghan qui était aux mains des Taliban depuis lundi. Mais les insurgés démentent, affirmant résister à l’armée gouvernementale et à ses soutiens étrangers.

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L’étape est significative. Après trois jours de combats et grâce à l’aide des frappes aériennes américaines, les forces afghanes disent avoir repris, jeudi 1er octobre, les principaux secteurs de Kunduz. Chef-lieu de la province du même nom, dans le nord de l'Afghanistan, Kunduz était tombée lundi entre les mains des Taliban.

"Les forces de sécurité afghanes ont pris le contrôle de la ville de Kunduz des mains des Taliban au cours de la nuit après des combats acharnés. Après l’arrivée des renforts et le lancement d’une opération d’envergure dans Kunduz, les Taliban n’étaient plus en mesure de résister et ils ont fui", a affirmé à Reuters Hamdullah Danishi, gouverneur de Kunduz.

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Selon un porte-parole du ministère afghan de la Défense, la contre-offensive de l’armée a commencé mercredi à 23h00 (heure locale) et elle s’est achevée à 4h00 du matin jeudi. "À l’heure où je vous parle, les Taliban ont quitté la ville de Kunduz et une opération de nettoyage est en cours", a-t-il affirmé dans la nuit.

"La vraie contre-offensive de l’armée afghane a commencé hier soir et a duré toute la nuit. L’armée a été soutenue par l’armée américaine qui a bombardé plusieurs positions talibanes. Elle a ainsi pu entrer dans Kunduz ce matin et a hissé à nouveau le drapeau afghan dans le centre-ville, là où les Taliban avaient accroché leur drapeau blanc lundi", explique Claire Debuyser, correspondante de France 24 à Kaboul.

Les Taliban démentent

D'après un habitant joint par l'AFP, des combats sporadiques se déroulaient toujours jeudi matin dans certains quartiers, et les corps sans vie de combattants talibans jonchaient les rues de la ville. "Il y a encore des poches de résistances des Taliban. À l’heure actuelle, il y a encore des combats dans des petits districts autour de Kunduz et dans la province voisine", affirme également Claire Debuyser.

En effet, les Taliban ne se disent pas vaincus et un porte-parole des insurgés a dementi les allégations de Kaboul, assurant qu'ils résistent toujours aux forces gouvernementales dans le centre de la ville et contrôlent l’essentiel du reste de la ville. "Ce que dit l’ennemi de la situation à Kunduz est faux. Les moudjahidines résistent (...)", a déclaré Zabihullah Moudjahid.

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Les Taliban ont freiné l’arrivée de renforts aux troupes afghanes en minant les accès à la ville puis lancé un assaut sur l’aéroport où stationnaient quelque 5 000 soldats et responsables gouvernementaux. "Les forces américaines sont impliquées dans les combats, mais nous résistons", a ajouté Zabihullah Moudjahid.

L'Alliance ne compte plus que 13 000 soldats en Afghanistan, cantonnés à un rôle de conseil et de formation. Mais, face à la débâcle des troupes afghanes, lundi dernier, des soldats allemands, américains et britanniques des forces spéciales ont été envoyés à Kunduz pour apporter "des conseils et un appui", selon un porte-parole de la coalition. L'armée américaine a également procédé à plusieurs frappes aériennes, un appui crucial.

Kaboul en ligne de mire

Au cours des trois jours d'occupation, qui ont poussé des milliers d'habitants à fuir, la perspective d'un retour au régime fondamentaliste mis en place par les Taliban à l'époque où ils dirigeaient l'Afghanistan (1996-2001) en a effrayé plus d'un, notamment les femmes. Les magasins sont restés fermés, la nourriture a commencé à manquer et dans de nombreux quartiers l'eau et l'électricité étaient coupées.

La prise de Kunduz, avec ses 300 000 habitants, en quelques heures seulement, a eu un impact symbolique d'autant plus grand qu'elle est intervenue tout juste un an après l'avènement du gouvernement d'union nationale d'Ashraf Ghani, élu sur la promesse de ramener la paix dans son pays déchiré par plus de 30 ans de conflit. Pour le président, cela constitue un grave revers qui risque d'être durable. 

"Il n’est pas sûr que la reprise de Kunduz aujourd’hui suffise à améliorer l’image du président Ashraf Ghani. Les forces afghanes étaient plus nombreuses que les Taliban, pourtant elles ont été complètement dépassées lundi à Kunduz. Beaucoup d’officiels et d'élus ont fui. La prise, même provisoire, de Kunduz, a érodé encore davantage la confiance de la population en la capacité de ce gouvernement d’unité nationale, déjà très impopulaire, à gérer le pays", estime Claire Debuyser.

Elle constitue en revanche le premier grand succès du nouveau chef des Taliban, le mollah Akhtar Mansour, nommé cet été après l'annonce tardive de la mort (apparemment début 2013) du mollah Omar, et dont l'autorité avait depuis été mise à mal par des divisions internes. Les Taliban semblent galvanisés par cette "grande victoire", comme ils l'ont appelée. Le responsable taliban installé au Pakistan a affirmé qu'ils projetaient d'"étendre la guerre à d'autres régions. Kaboul n'est qu'à 340 km (de Kunduz). Si nous avons réussi à prendre Kunduz, Kaboul ne sera pas plus difficile à prendre".

Avec AFP et Reuters
 

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