DIPLOMATIE

Raids en Syrie : Paris sceptique après l'opération de Moscou

François Hollande et Vladimir Poutine lors d'une rencontre le 24 avril 2015.
François Hollande et Vladimir Poutine lors d'une rencontre le 24 avril 2015. Alain Jocard, AFP

À la veille d'une rencontre à Paris entre Vladimir Poutine et les dirigeants européens sur les accords de paix en Ukraine, les relations entre Paris et Moscou, qui a lancé des raids en Syrie, restent tendues.

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Les présidents français, russe, ukrainien et la chancelière allemande se retrouvent vendredi à Paris pour tenter de relancer les accords de paix en Ukraine. Ce nouveau sommet, le quatrième du genre depuis juin 2014, vient ponctuer une intense semaine diplomatique sur le dossier syrien et le retour spectaculaire du président russe Vladimir Poutine sur le devant de la scène internationale.

Alors qu'elle était isolée depuis son intervention militaire en Ukraine, la Russie s'est imposée militairement sur le dossier syrien, jusqu'à rendre sa participation à une solution diplomatique indispensable. La Russie va-t-elle donc tirer profit de son rôle central dans le conflit syrien pour obtenir un allègement des sanctions liées au dossier ukrainien qui étranglent son économie ?

Rien n’est moins sûr. À la veille de la rencontre, les relations entre la Russie et l’Occident – la France en premier lieu – ont été une fois de plus refroidies par le dossier syrien.

Différence d’appréciation

Après les premières frappes russes en Syrie, qui ont touché mercredi les régions de Homs et de Hama, Américains et Européens ont émis des doutes sur les cibles choisies par Moscou. Il y a "des indications selon lesquelles les frappes russes n'ont pas visé Daech [acronyme arabe pour désigner l'organisation de l'État islamique]", a estimé mercredi Laurent Fabius, à New York, ajoutant qu'il "faudrait vérifier quels étaient les objectifs" des avions russes.

"Ce n'est pas sur Daech qu'ils (les Russes) ont frappé, c'est sans doute sur les groupes d'opposition, ce qui confirme qu'ils sont davantage dans le soutien au régime de Bachar al-Assad que dans la lutte contre Daech", a également affirmé une source diplomatique française sous couvert d'anonymat.

Ces accusations ont été balayées jeudi par la Russie qui soutient combattre l'organisation de l'État islamique et "les autres groupes terroristes". Mais c’est là que le bât blesse. Russes et Occidentaux semblent avoir des appréciations différentes des "terroristes" à abattre.

Les Européens et les Américains font le distinguo entre l'EI et le Front al-Nosra (la branche d'Al-Qaïda en Syrie), et les rebelles modérés qu'ils soutiennent. Pour Moscou, tout opposant armé au régime de Bachar al-Assad est un "terroriste". Le malentendu devrait donc durer.

Bachar al-Assad au cœur de la discorde

Après quatre ans et demi de guerre en Syrie et 240 000 morts, la coalition internationale a pris acte de l'échec de sa stratégie, qui consistait à s'appuyer sur l'opposition modérée pour vaincre l'EI. La France a infléchi son discours et mencé, fin septembre, de procéder à des frappes sur la Syrie : "la donne a changé", la Syrie ne doit plus être "l'angle mort de notre politique au Levant", avait affirmé le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Cependant, la question du maintien du président syrien au pouvoir reste un point de discorde entre la France et la Russie.

Paris continue de considérer que la présence de Bachar al-Assad est une des causes de la crise et que la solution politique doit comprendre son départ. À New York, François Hollande a réitéré lundi son opposition à la participation de l'homme fort de Damas à la transition : "L'avenir de la Syrie ne peut pas passer par le président syrien Bachar al-Assad", a-t-il indiqué. 

Mercredi, à l’issue du Conseil de sécurité, Laurent Fabius en a rajouté, posant très clairement les conditions de la France à un engagement militaire russe en Syrie. "Les frappes doivent être dirigée contre Daech et contre les groupes terroristes seulement, à l’exclusion des civils et des opposants modérés", a énoncé le ministre.

Il a ensuite insisté sur la nécessité de "traiter la crise à la racine : il faut une transition de nature politique, qui dise clairement au peuple syrien que son bourreau -c’est-à-dire Monsieur Bachar al-Assad-  n’est pas son avenir".

La Russie, alliée de poids de Damas

Une position critiquée par Vladimir Poutine qui soutient le dirigeant syrien depuis quatre ans. Lundi soir, le président russe s'en est pris à la position des Américains et de François Hollande sur Bachar al-Assad. "J'ai le plus grand respect pour mes homologues américain et français mais ils ne sont pas des ressortissants syriens et ne doivent donc pas être impliqués dans le choix des dirigeants d'un autre pays", a martelé Vladimir Poutine.

La Russie, alliée de poids du régime, s'implique de plus en plus sur le terrain. Avant de procéder aux frappes aériennes, la Russie avait déjà envoyé des renforts pour consolider la base militaire syrienne de Tartous sur les bords de la Méditerranée ; aménagé une base aérienne sur l'aéroport de Lattaquié (ouest du pays), livré des armes. Au moins 1700 soldats ont été dépêchés en renfort, selon la presse russe.
 

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