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Colère et émotion chez Air France après l’épisode de la "chemise déchirée"

Xavier Broseta, chemise déchirée, est évacué du CCE, à Roissy, le 5 octobre 2015.
Xavier Broseta, chemise déchirée, est évacué du CCE, à Roissy, le 5 octobre 2015. Kenzo Tribouillard, AFP

Après l’agression lundi de dirigeants d’Air France, l'émotion reste forte au sein de la compagnie. Mais certains salariés accusent la direction de vouloir se servir de cet épisode "déplorable" pour faire passer un plan social drastique.

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"C’est vraiment le monde à l’envers", s'insurge Julie, agent au sol chez Air France. "On nous saigne depuis quatre ans, on nous annonce qu’on va nous virer et pourtant, on apparaît comme des gens violents, et la direction passe pour une victime !" Pour cette salariée d’une trentaine d’années, salariée depuis 2005 dans la compagnie, l’épisode de la "chemise déchirée" de Xavier Broseta, le directeur des ressources humaines d’Air France, poursuivi et molesté lundi par des syndicalistes en colère, est "évidemment" un acte "honteux" qui ne "fait pas avancer le débat", mais c’est aussi un acte désespéré. "On se serre la ceinture pour quoi ? Cela fait des mois que l'on sait comment tout va se terminer... Je n'excuse pas le geste de ces syndicalistes mais je le comprends", ajoute-t-elle.

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"C’est scandaleux et regrettable", confie également Lexy, l'une de ses collègues, agent au sol depuis 10 ans au terminal E de Roissy Charles-de-Gaulle. "L'image est choquante et en plus, elle est en décalage complet avec Air France, une compagnie avec du standing, du savoir-faire…" Au total, ces violences commises par des manifestants qui avaient préalablement envahi la réunion du comité central d'entreprise (CCE) ont fait sept blessés, dont un grave, un vigile, a indiqué un porte-parole de la compagnie aérienne.

Mais au delà du consensus unanime face à cette attaque – François Hollande a dénoncé des violences "inacceptables", Manuel Valls "des images qui font mal à notre pays" –, Julie regrette que les médias victimisent à outrance la direction. Selon elle, Air France a aussi adopté un "comportement odieux" face à ses salariés.

La compagnie a annoncé, lundi 5 octobre, 2 900 nouvelles suppressions de postes et le retrait de 14 avions de sa flotte long-courrier d'ici 2017 au cours d’un CCE interrompu par des violences. L’annonce de ce "plan B" était consécutive à l’échec des négociations avec le personnel navigant. Sur les 2 900 licenciements à venir, 300 toucheront les pilotes, 700 les hôtesses et stewards et 1 900 concerneront le personnel au sol comme Julie et Lexy, a détaillé un élu CGT cité par l’agence Reuters.

"Mon salaire est gelé depuis quatre ans et je travaille 30 minutes de plus chaque jour"

Pas vraiment une surprise pour les deux salariés, non-syndiquées, qui se doutaient depuis des mois qu'un plan de licenciement était en marche. "La direction se sert des pilotes pour justifier ces suppressions de postes. Comme si un accord avec le personnel navigant aurait suffi à sauver Air France ! C'est n'importe quoi... Même en cas d'accord, elle nous aurait annoncé un plan de licenciement, sans doute l'année prochaine", explique Julie.

Reste que la pilule a du mal à passer. "On a demandé [au personnel au sol] de faire des efforts pour sauver nos emplois : mon salaire est gelé depuis quatre ans, je travaille 30 minutes de plus chaque jour, gratuitement, on m’a supprimé des jours de congés et mon CE [comité d’entreprise] est à l’agonie ! Tout ça pour quoi ?", continue Julie, accusant les hauts dirigeants de ne pas montrer l’exemple. "Est-ce qu’on pourrait aussi nous parler du salaire et des avantages d’Alexandre de Juniac [le PDG d’Air France-KLM] ? Dernièrement, il a payé 25 euros son billet en business pour aller en Asie ! Ça ne serait pas à lui, pourtant, de montrer l’exemple ?"

Une enquête a été ouverte après les violences lors du comité central d'entreprise d'Air France, a-t-on appris mardi auprès du parquet de Bobigny. Selon la direction de la compagnie, cinq cadres de l'entreprise, dont Xavier Broseta et Pierre Plissonnier, directeur des ressources humaines de l'activité long courrier, ont décidé de porter plainte.

 

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