SYRIE

"La Russie ne fait que sécuriser les zones vitales pour le régime de Damas"

Des soldats russes inspectant un chasseur Su-34 dans une base de la région de Lattaquié, à l'ouest de la Syrie, le 3 octobre 2015.
Des soldats russes inspectant un chasseur Su-34 dans une base de la région de Lattaquié, à l'ouest de la Syrie, le 3 octobre 2015. Alexander Kotz, AFP

Grâce à la vague de bombardements menés par la Russie mercredi, l’armée syrienne a pu lancer une vaste offensive terrestre dans l’ouest du pays. Une opération qui en dit long sur la priorité militaire de Moscou en Syrie. Explication avec Wassim Nasr.

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L'intervention de Moscou en Syrie est entrée, mercredi 7 octobre, dans une nouvelle phase avec le début d'une "vaste offensive terrestre" menée par l'armée syrienne dans "le nord de la province de Hama", avec le soutien de l'aviation et, désormais, de la marine russe.

Cette forte implication de la Russie a redonné de l'élan au régime de Bachar al-Assad, qui avait accumulé les revers militaires ces derniers mois face aux forces rebelles et au groupe jihadiste État islamique (EI). Après une semaine de raids aériens menés sur 112 cibles dans le pays, le président Vladimir Poutine a annoncé que son armée allait intensifier ses opérations.

Pour la première fois depuis leur intervention, les forces russes ont lancé des frappes depuis des croiseurs de la flottille de la mer Caspienne. Quatre d'entre eux ont, selon Moscou, tiré 26 missiles de croisière sur 11 cibles de l’EI. Selon des sources sur le terrain, l’engagement russe se traduirait également par une présence d’hommes au sol.

Reste que pour les rebelles syriens et leurs soutiens en Occident, la Russie vise surtout d'autres groupes que l'EI, ceci dans le but de défendre le régime plutôt que de lutter contre l’organisation jihadiste. Pour Wassim Nasr, journaliste de France 24, spécialiste des milieux jihadistes, Moscou répond à des "impératifs militaires" qui contredisent sa "parole politique". Explications.

Quel est l’objectif des frappes russes en Syrie ?

Wassim Nasr : Les Russes mènent principalement leurs frappes contre les positions rebelles du centre de la Syrie, dans la région d’Idlib et de Hama. Or il faut rappeler que l’EI n’est présent ni dans la zone d’Idlib, ni dans la zone visée à l’ouest de Hama depuis janvier 2014.
De fait, les frappes russes se concentrent dans ces zones tenues par les rebelles pour la simple raison que c’est là que se situe la plus grande menace pour le régime d’Assad. Le but est de sécuriser ce qu’on pourrait appeler "la Syrie utile", c’est-à-dire l’axe Damas-Homs-Lattaquié, et d’y créer une sorte de no man’s land entre les zones rebelles et les zones contrôlées par l’armée syrienne afin de faciliter les opérations militaires du régime et affaiblir l’insurrection. C’est une priorité militaire. Pour la Russie, le discours politique acceptable est de dire qu’elle frappe l’EI, mais les impératifs militaires font que ce sont les rebelles, aidés par l’Occident, qui sont in fine visés en premier lieu.

L’armée syrienne est-elle, au sol, la seule force impliquée dans cette opération terrestre ?

Officiellement, on dit que ce sont les forces du régime qui combattent, mais plusieurs activistes présents sur place disent que les Russes sont engagés au sol à Hama. On sait très bien que les Russes ont implanté, il y a quelques jours, un camp dans la ville. Par ailleurs, on sait aussi qu’ils sont présents au sol dans le nord de Lattaquié, dans une zone qui s’appelle Djebla, et qu’une équipe de snipers a été présente dans le sud, à Zabadani, à la frontière libanaise.
En Russie, certains officiels disent d’ailleurs qu’ils vont laisser partir ceux qui se portent volontaires pour aller se battre en Syrie. Il y a, en outre, des rumeurs selon lesquelles un contingent de combattants tchétchènes pro-russes va prochainement se rendre en Syrie. L’opinion publique se prépare donc à un engagement de plus en plus accru de la Russie. Ce qui, au vu la conjoncture actuelle, paraît inévitable.

Depuis longtemps, on parle aussi d’une participation des Iraniens…

En tant que soutien à Bachar al-Assad, les Iraniens sont présents depuis le début du conflit, en 2011. Au début, il ne s’agissait que de conseillers. Dès 2012, Téhéran a envoyé des milices afghanes chiites se battre aux côtés du régime de Damas. Aujourd’hui, il se dit que les Iraniens vont, eux aussi, s’engager de plus en plus. L’engagement russe et l’engagement iranien sont sur la même ligne que Damas, depuis 2011 : tous ceux qui se battent contre le régime syrien sont des terroristes.

Depuis l’engagement russe, l’armée syrienne semble reprendre des forces. Peut-on dire que l’on est face à un tournant dans le conflit ?

Je ne pense pas. La Russie ne fait que sécuriser les zones vitales pour le régime de Damas dont l’armée a été très affaiblie cet été. Le but, c’est cela. Mais je peine à croire que les Russes vont s’engager à reprendre toutes les zones perdues. Ils vont se concentrer sur la "Syrie utile" et ses alentours. Aller combattre l’EI dans le désert sera peut-être une future étape, mais ce n’est pas la priorité.

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