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GUINÉE

Présidentielle guinéenne : participation massive, Alpha Condé favori

Le président guinéen Alpha Condé appelle la population au calme, le 9 octobre 2015.
Le président guinéen Alpha Condé appelle la population au calme, le 9 octobre 2015. Cellou Binani, AFP
5 min

Alpha Condé a brigué dimanche un nouveau mandat à la tête de la Guinée lors d'un scrutin sous tension. Son camp l'a donné vainqueur dès le premier tour alors que les résultats officiels, même provisoires, ne sont pas encore connus.

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Pour la deuxième élection démocratique de l'histoire de la Guinée, les électeurs se sont massivement déplacés, dimanche 11 octobre. Les protagonistes étaient sensiblement les mêmes qu'il y a cinq ans, en particulier les deux favoris : Alpha Condé, le président sortant, et l'opposant Cellou Dalein Diallo, finaliste malheureux en 2010.

Le dépouillement a débuté tard dimanche soir. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) doit diffuser les résultats sous 72 heures, soit d'ici mercredi soir. Mais un responsable a indiqué que l'issue provisoire du scrutin ne serait sans doute pas connue avant jeudi ou vendredi.

Dès dimanche soir, sans connaissance donc de résultats même provisoires, le camp du président sortant a proclamé sa victoire dès le premier tour. Le chef de l'État s'était choisi comme slogan "Un coup, KO", affichant clairement son ambition de s'imposer en un seul tour.

Une ambition à la portée du président sortant ? Alpha Condé "a eu le temps de placer les siens aux postes de pouvoir", explique Antoine Glaser, journaliste et auteur d'"Africafrance" (2014, Fayard), de quoi influencer l'opinion en sa faveur. Mais cela pourrait ne pas suffire. "Il y a encore beaucoup de gens qui votent sur le plan ethnique", rappelle-t-il, soulignant le fossé entre Conakry, où l'élite éduquée est sensible aux partis politiques, et le reste du pays, où le critère ethnique prime. À ce niveau, l'avantage est à Cellou Dalein Diallo, Peul comme quelque 40 % de la population guinéenne. Alpha Condé, lui, est Malinké, l'autre grande ethnie du pays (environ 30 % des Guinéens).

Affrontements de fin de campagne

Si la campagne a dans son ensemble été relativement sereine, des violences ont éclaté au cours des derniers jours. Au moins deux personnes sont mortes jeudi à Conakry dans des affrontements entre partisans des deux camps. Vendredi, des barricades ont été montées dans la capitale et des commerces pillés. "Le climat reste très tendu" avec un gros déploiement des forces de l'ordre, a rapporté la correspondante de France 24 sur place, Sarah Sakho. Le dernier meeting de campagne d'Alpha Condé a été annulé par mesure de sécurité.

Le reste du pays n'a pas été épargné. Cinq personnes sont mortes et des dizaines blessées vendredi à Banankoro, dans l'est du pays, où s'affrontaient aussi partisans d'Alpha Condé et de Cellou Dalein Diallo.

C'est autour de la question du report du scrutin que les esprits se sont échauffés : l'opposition demandait que la présidentielle soit organisée après les élections municipales, ce que le président a refusé. Ses adversaires craignent des manipulations du vote, avec des listes électorales truquées notamment, qu'ils souhaitaient avoir le temps de faire vérifier.

Dimanche, le vote s'est déroulé dans le calme, avec près de 19 000 policiers, gendarmes et agents de la protection civile sur le terrain pour sécuriser le scrutin. Des difficultés d'organisation, face à l'affluence des électeurs, ont toutefois poussé la commission électorale nationale indépendante (Céni) à autoriser les bureaux de vote à ouvrir jusqu'à 20 heures si nécessaire.

Une jeune démocratie

"C'est un pays qui a encore peu de pratique de la démocratie", commente Antoine Glaser. La Guinée a en effet connu le long régime autocratique d'Ahmed Sékou Touré (1958-1984), puis le putsch de Lansana Conté, auquel succèdera une junte militaire en 2008. L'élection d'Alpha Condé en 2010 était donc la première élection libre du pays, et comme les législatives qui ont suivi en 2013, elle a été émaillée de violences et d'accusations de fraude.

>> À lire sur Les Observateurs : "Le président guinéen qui distribue des billets, une erreur de com' ?"

Selon le journaliste, le président sortant a cependant "fait des efforts pour répondre aux demandes de l'opposition", notamment afin qu'elle ne boycotte pas le scrutin. "On ne participera pas à une mascarade électorale. Sinon, on n'acceptera pas les résultats et je mobiliserai avec tous les autres candidats la population pour refuser", a prévenu Cellou Dalein Diallo, candidat malheureux au second tour face à Alpha Condé en 2010, alors qu'il était largement arrivé en tête au premier tour.

Une opposition divisée

Ils étaient au total sept candidats à se présenter face au président sortant, et parmi eux, trois anciens Premier ministres, Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté et Sidya Touré. Les protagonistes n'ont pas pris le parti de s'allier contre Alpha Condé, souligne Antoine Glaser : "Ils se présentent en ordre dispersé pour éventuellement se rassembler après le premier tour". C’est probablement ce jeu d’alliances qui décidera de l’issue de l’élection.

Les adversaires d’Alpha Condé ont anglé leur campagne en critiquant le chef de l'État sur sa mauvaise gestion du pays, notamment de la crise du virus Ebola, et sur son exercice solitaire du pouvoir, au cours duquel il aurait attisé les tensions ethniques.

Alpha Condé, lui, a mis en avant sa réforme de l'armée et de la justice, l'achèvement du barrage hydro-électrique de Kaléta, pour régler enfin le problème criant de la pénurie d'électricité, et la transparence sur les contrats miniers, l'une des grandes richesses du pays.

Il a défendu son bilan dans une récente interview : "Malgré Ebola, il n'y a qu'à voir ce que nous avons fait en cinq ans. Demandez au peuple de Guinée, ce que nous avons fait en cinq ans, si les autres l'ont fait en cinquante ans. Posez la question dans la rue". Le scrutin de dimanche devra fournir des éléments de réponse.

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