JUSTICE

Paris autorise l'extradition vers la Russie de l'oligarque et opposant kazakh Abliazov

Moukhtar Abliazov est détenu en France depuis son arrestation en juillet 2013.
Moukhtar Abliazov est détenu en France depuis son arrestation en juillet 2013. Famille Ho, AFP

Le gouvernement français a donné son feu vert à l'extradition vers la Russie de l'oligarque kazakh Moukhtar Abliazov. Une décision qui intervient huit mois après que la Cour de cassation a validé la demande de Moscou.

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Le gouvernement français a donné son feu vert à l'extradition vers la Russie de l'oligarque déchu et opposant kazakh Moukhtar Abliazov, qui est réclamée dans une enquête sur des détournements de milliards de dollars, a annoncé à l'AFP, lundi 12 octobre, l’un de ses avocats Peter Sahlas.

Le décret d'extradition a été signé le 17 septembre par le Premier ministre Manuel Valls et notifié la semaine dernière à l'intéressé, actuellement détenu dans la prison de Fleury-Mérogis en banlieue parisienne. Moukhtar Abliazov devrait contester cette décision devant le Conseil d'État, a précisé Me Peter Sahlas.

L’affaire Abliazov remonte au 31 juillet 2013. Ce jour-là, l’oligarque est arrêté dans une villa de la Côte d’Azur. Depuis 2009, le financier kazakh est recherché par la Russie et l’Ukraine qui l’accusent d’avoir détourné 5 milliards de dollars via ses activités au sein de la BTA, banque dont il a été l'actionnaire majoritaire avant que l'État kazakh la nationalise.

Huit mois avant que le gouvernement français ne bouge

Comme le rappelle le site Atlantico, Moukhtar Abliazov s’est réfugié en 2009 au Royaume-Uni puis en Suisse avant de rejoindre le sud de la France, où il a finalement été interpellé. Depuis sa cellule de Fleury-Merogis, l’oligarque kazakh, qui nie toute fraude, a tout fait pour empêcher son extradition en multipliant les pourvois. En mars 2015, la Cour de cassation, la plus haute instance judiciaire française, avait validé la demande d'extradition. Il aura donc fallu attendre huit mois avant que le gouvernement français ne la satisfasse.

Sa défense assure depuis le début que toute la procédure est politiquement instrumentalisée par le régime kazakh, et juge que les justices russe et ukrainienne agissent en faux-nez du Kazakhstan. "Paris fait [...] semblant de croire qu'Abliazov pourra bénéficier en Russie d'un procès équitable, qu'il ne fera pas
l'objet de tortures et qu'il ne sera pas ré-extradé vers le Kazakhstan, où un sort funeste l'attend", a indiqué son entourage.

"Je suis choqué que la France, censée être le pays des droits de l'Homme, valide ainsi le système judiciaire et pénitentiaire russe, s'est pour sa part indigné Me Peter Sahlas. Cette décision fait énormément de mal à beaucoup de personnes en Russie. Poutine va brandir ce décret devant toutes les cours européennes pour dire que la France a validé son système pénitentiaire et judiciaire." Et de poursuivre : "Hier, elle ne faisait pas confiance à la Russie pour lui vendre les Mistral... Il y a une contradiction totale de la France vis-à-vis de la Russie".

Le recours devant le Conseil d'État va reporter la remise de Moukhtar Abliazov à la Russie. En cas de rejet de ce recours, l'oligarque pourra également s'en remettre à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), une démarche très longue, et elle aussi suspensive.

Avec AFP et Reuters

 

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