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Syrie : "Poutine veut obliger les Occidentaux à travailler avec la Russie"

© Alexander Kots, AFP | Un pilote de l'armée de l'air russe vérifie un avion Soukhoï Su-30, le 5 octobre 2015, dans une base aérienne proche de Lattaquié.

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 12/10/2015

La Russie mène depuis fin septembre des bombardements intensifs en Syrie, affichant ainsi sa puissance militaire. Selon les experts, il s'agit d'autant de messages pour les Occidentaux, mais aussi pour son opinion publique. Éclairage.

Avec le lancement de la campagne russe en Syrie fin septembre, Vladimir Poutine est revenu sur le devant de la scène internationale. Et ce malgré son isolement relatif depuis l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en mars 2014 et le début du conflit en Ukraine. Or, au-delà du but affiché de lutte contre l’organisation de l’État islamique (EI) et de soutien à Bachar al-Assad, Moscou semble vouloir montrer ses muscles. Mettant en scène les derniers avions Soukhoï, la Russie multiplie les sorties, reléguant dans l’ombre la coalition menée par les États-Unis. Le ministère russe de la Défense a ainsi annoncé le 10 octobre dernier que l’aviation russe avait effectué pas moins de 64 sorties en 24 heures.

La semaine dernière, l’armée russe a également surpris en tirant des missiles de croisière depuis la mer Caspienne, survolant l’Irak et l’Iran avant d’atteindre leurs cibles en Syrie, à plus de 1 500 kilomètres de la flottille russe. Une première, qui donne à l’intervention des allures de parade militaire et vise très clairement à démontrer la puissance russe. À ce sujet, la Russie a démenti les accusations américaines selon lesquelles quatre missiles étaient tombés en Iran.

Cette intervention d’ampleur est la première opération militaire menée par Moscou en dehors des frontières de l'ex-URSS depuis sa campagne en Afghanistan en 1979, qui s’est révélée désastreuse. Elle intervient de surcroît dans une région considérée depuis des années comme un pré carré des Occidentaux, les États-Unis en tête. Pour les experts, le Kremlin cherche à retrouver un peu de son ancien statut de superpuissance, capable de s'opposer aux Occidentaux.

Explications de Galia Ackerman, historienne et journaliste, chef du bureau russe de la revue "Politique internationale".

France 24 : Pourquoi la Russie intervient-elle de cette façon en Syrie ?

Galia Ackerman : L’intervention russe en Syrie est très complexe et a des raisons multiples. Elle est l’occasion pour la Russie de montrer la puissance de son armée, dont Poutine a fait une réforme importante. Elle est désormais mieux équipée et plus efficace. Mais ce n’est pas la principale raison. Poutine veut avant tout soutenir absolument Bachar al-Assad. Même si il ne peut pas reconquérir toute la Syrie, il veut l’aider à se maintenir, au moins dans une partie du territoire qui pourrait devenir un mini-État.

Pourquoi un tel soutien à Assad ?

Le fait qu'Assad reste au pouvoir présente de multiples avantages pour Moscou, qui pourra ainsi garder ses positions en Méditerranée avec les bases militaires en Syrie. D’autre part, Poutine considère qu’"un charbonnier est maître chez lui" : ainsi il soutient les dictatures et les pouvoirs qu’il considère comme légitimes. Quand un dirigeant le dérange, il le qualifie d’illégitime, comme en Ukraine dernièrement. Là, il considère qu’Assad est légitime et qu’il est victime de déstabilisation étrangère. Les Russes ont la hantise des révolutions, dans lesquelles ils voient des tentatives de déstabilisation étrangères. Il faut savoir que depuis le début des révolutions dans l’espace post-soviétique (en Géorgie en 2003, en Ukraine en 2004, en Serbie, puis de nouveau en Ukraine l’année dernière), Moscou a toujours dénoncé le rôle joué à ses yeux par ce qu’elle appelle les forces étrangères, c'est-à-dire les États-Unis. Et en Syrie, la révolution des débuts, bien avant l’apparition de l’EI, était fomentée selon les Russes par les puissances étrangères.

Pourquoi cette démonstration de force ? À qui est-elle destinée ?

Elle d’abord destinée à l’Europe et aux États-Unis. Poutine a besoin de s’imposer, de revenir en force sur la scène internationale. Nombre de ses décisions sont motivées par les complexes d’un pauvre garçon de banlieue qui souhaite prendre sa revanche. L’intervention en Syrie donne l’occasion à Poutine de se frayer un chemin dans ce conflit par les armes pour être là au moment du règlement.

La démonstration de force est également destinée à l’opinion publique russe. En Russie, le discours qui prévaut est que Moscou a été humiliée sous Boris Eltsine et qu’elle doit maintenant montrer au monde sa puissance. Un journaliste qui fait la propagande du pouvoir russe a récemment affirmé à la télévision que Moscou avait les moyens de réduire les États-Unis en cendres nucléaires. Et ce discours a convaincu une partie considérable de la population puisque selon un récent sondage, près de la moitié des Russes pensent que la Russie peut vaincre l’Occident. Enfin, comme Poutine n’avance plus en Ukraine à cause des sanctions occidentales, il a abandonné ses projets d’expansion dont il avait abreuvé la population depuis un an. Il faut un nouveau cheval de bataille. Il veut rester dans l’Histoire comme le sauveur des orthodoxes de Syrie, berceau du christianisme.

Que recherche Poutine ? Veut-il vraiment aller à l’affrontement avec les Occidentaux ?

Non, le ton a changé, la Russie veut maintenant obliger l’Europe et les États-Unis à travailler avec elle. Cela signifierait un allègement des sanctions car on ne peut pas être partenaire de quelqu’un et en même temps maintenir des sanctions à son encontre. Le but de Poutine est d’alléger ces sanctions qui en réalité étouffent la Russie. D’autant plus que si les Russes sont enlisés dans le Donbass en Ukraine, ce n’est pas pour des raisons militaires, mais par ce qu’ils savent que s’ils font un pas de plus en Ukraine, ils auront de nouvelles sanctions. Washington a menacé de les exclure du système bancaire Swift, ce qui signifierait la paralysie du pays.

Avec cette intervention, la Russie n’encourt-elle pas des risques ?

Si, la Russie joue très gros. On ne sait pas si ces frappes seront efficaces, on ignore également s’il ne faudra pas envoyer des troupes au sol. La Russie prend le risque de se froisser avec des alliés. Sans compter qu'elle risque de devenir une cible du terrorisme. Les services secrets russes ont annoncé lundi avoir déjoué un attentat à Moscou. Il ne faut pas oublier qu’il y a en Russie 20 millions de musulmans, des sunnites, ce qui fait un terreau favorable à la radicalisation.
 

Première publication : 12/10/2015

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