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Les revenus du groupe État islamique surestimés, selon un document inédit

Le pétrole ne représente que 27,7 % des revenus de l'EI dans la région de Deir ez-Zor en Syrie
Le pétrole ne représente que 27,7 % des revenus de l'EI dans la région de Deir ez-Zor en Syrie Fabio Bucciarelli, AFP

Des revenus pétroliers loin des estimations passées, un budget qui dépend des confiscations et des dépenses essentiellement militaires : voilà ce que révèle un document budgétaire inédit de l'organisation de l'État islamique, récupéré en Syrie.

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La fortune de l'organisation de l’État islamique (EI) fascine. Le groupe terroriste serait assis sur un trésor de guerre de 2,2 milliards de dollars, d’après un rapport du Centre français d’analyse du terrorisme, obtenu par le magazine "Challenges" le 9 octobre. Quant à la rente pétrolière, elle s’élèverait à trois millions de dollars par jour à l’EI, selon les estimations de deux experts américains largement repris par les médias en août 2014.

Seul problème de ces affirmations : elles ne sont étayées par aucun document financier de l’EI et s’appuient essentiellement sur des extrapolations. Cette lacune vient d’être comblée par Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des réseaux terroristes et chercheur associé au Centre pluridisciplinaire d’Herzliya (en Israël)et au Forum américain du Moyen-Orient.

Deux millions de dollars mensuels

Ce jeune chercheur de 23 ans a pu mettre la main sur un rapport budgétaire mensuel de la province de Deir ez-Zor sous contrôle de l’EI depuis plus d’un an. Ce document qui récapitule les revenus et dépenses pour le mois de décembre 2014 provient directement du "ministère des Finances" de cette région à l’est de la Syrie et permet de relativiser la prétendue richesse sans limite de ce mouvement terroriste.

"La province de Deir ez-Zor est la principale source de revenus pétrolier de tout le territoire syrien sous contrôle du groupe de l’État islamique", rappelle Aymenn Jawad Al-Tamimi, contacté par France 24. L’or noir y a rapporté de 2 millions de dollars en un mois. Une somme qui, sans être négligeable, est très loin des estimations qui évoquaient une rente pétrolière journalière de trois millions de dollars pour l’ensemble du territoire sous contrôle de l’EI. À partir de l’exemple de Deir ez-Zor, Aymenn Jawad al-Tamimi estime que “les revenus pétroliers sont surestimés” et qu’ils représentent plutôt 5 % à 10 % de la somme avancée par les experts américains.

Le pétrole n’est donc pas, d’après ce document financier, la corne d’abondance des jihadistes. Il n’est même pas la principale source de revenus pour la province de Deir ez-Zor, puisque les confiscations et taxes imposées à la population représentent près de 70 % de l’argent collecté.

Soixante-dix maisons et 4 300 paquets de cigarettes saisis

Ce document ne bat pas seulement en brèche l’idée d’un mouvement terroriste qui carbure aux pétrodollars. Il contredit aussi la propagande officielle de l’EI tentant de faire croire qu’il a établi un État (ou califat) en bonne et due forme, capable même de frapper monnaie. "Il est vrai que ce groupe a mis en place des institutions, mais les données financières montrent une autre face de l’histoire", souligne Aymenn Jawad al-Tamimi.

La plupart des revenus d’un État dit moderne proviennent des recettes fiscales, alors que dans la région de Deir ez-Zor, près de la moitié des rentrées d’argent proviennent des confiscations. L'EI a même détaillé la nature et la valeur des biens ainsi saisis : plus de 70 maisons, 180 km2 de terres ou encore 4 300 paquets de cigarettes.

Les dépenses illustrent, quant à elles, une administration provinciale qui se soucie presque exclusivement des aspects militaires et sécuritaires, alors même que cette région "est plutôt calme et n’est pas directement confrontée aux combats", souligne Aymenn Jawad Al-Tamini. Les autorités y ont dépensé 3,9 millions de dollars pour l’entretien des bases militaires, les salaires des combattants et celui de la "police islamique". Ce budget correspond à plus de 70 % de l’ensemble des dépenses et souligne que la population qui vit sous le joug de l’EI “ne doit pas s’attendre à un niveau de service public satisfaisant”.

Ces données financières inédites ne couvrent certes qu’un mois, mais pour Aymenn Jawad al-Tamini, il n’y pas eu d’événement particulier dans cette province en décembre 2014 qui ferait que ce budget sorte de l’ordinaire. Reste à voir comment les recettes et dépenses évoluent sur une plus longue période pour comprendre si, dans une région riche comme Deir ez-Zor, l’EI réussit à “normaliser” la situation. Ou si ce modèle d’État policier et confiscatoire perdure, bien loin de l’image que ces fondamentalistes cherchent à faire passer pour attirer de nouvelles recrues.

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