ENTRETIEN

Il faut résoudre les problèmes économiques de la Tunisie, estime le prix Nobel Ben Moussa

Abdessatar Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, vendredi sur France 24.
Abdessatar Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, vendredi sur France 24. Capture d'écran FRANCE 24

Invité vendredi sur France 24, le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme est revenu sur le prix Nobel de la paix décerné au quartette du Dialogue national tunisien – dont il fait partie – et la transition en cours en Tunisie.

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François Hollande a reçu vendredi 16 octobre au matin les représentants du quartette tunisien pour le dialogue national, qui ont reçu le prix Nobel de la paix la semaine dernière. Il leur a exprimé la détermination de la France à continuer de soutenir la Tunisie. Ce quartette, composé de quatre organisations de la société civile, a mis en place un long et difficile "dialogue national" entre le parti islamiste Ennahda et les partis d'opposition, les obligeant à s'entendre pour sortir d'une paralysie institutionnelle.

Abdessatar Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) – membre du quartette récipiendaire du prix Nobel de la paix –, était l’invité de France 24, vendredi.

• Le prix Nobel de la paix décerné... à un "pays de paix"

"Ce prix Nobel tombe à un moment essentiel", explique le président de la LTDH. Il véhicule plusieurs messages : "Tout d’abord que le dialogue entre les partis politiques [tunisiens] est important, surtout alors qu'il y a des différends concernant la conciliation. Ensuite, il constitue un message à l'attention des pays limitrophes, essentiellement la Libye."

"Ce prix Nobel montre que la Tunisie est un pays de paix", assure Abdessatar Ben Moussa. "Donc les investisseurs peuvent venir, les touristes aussi. D’ailleurs, on a demandé aujourd’hui au président de la République, Monsieur Hollande, d’aider la Tunisie pour encourager les investisseurs français et européens à venir en Tunisie."

• Démocratie et économie sont intimement liées

"La démocratie reste fragile si les problèmes économiques ne sont pas résolus", insiste Abdessatar Ben Moussa. "D’ailleurs, le prix Nobel d’économie cette année a été délivré à Angus Deaton, un Américain qui a écrit sur la pauvreté. Tant qu’il y a de la pauvreté, la démocratie reste fragile. La révolution en Tunisie a été déclenchée par les jeunes et par les chômeurs. Leurs problèmes ne sont pas résolus en fin de compte. Donc à mon avis il faut résoudre les problèmes économiques. C’est un grand chantier : transformer la fiscalité, le modèle économique, encourager les investissements, créer des emplois, etc."

• Le terrorisme, une menace pour les libertés ?

"Le terrorisme menace le monde entier. Il n’a pas de territoire. Il frappe partout, il a même frappé en France. Donc c’est la grande menace. Mais on ne peut pas combattre le terrorisme aux dépens des libertés. C’est vrai, à certains moments, il y a des atteintes aux libertés en Tunisie, par exemple lors de manifestations. (…) La police ne doit pas porter atteinte à l’intégrité physique et morale des individus. La meilleure façon de combattre le terrorisme, c’est de respecter les droits de l’Homme."

• "La corruption n’a pas été éliminée" en Tunisie

"Le problème en Tunisie, c’est que la justice transitionnelle n’a pas été faite en 2011. Elle tarde, notamment dans le domaine économique. Seule la justice peut juger ceux qui ont porté atteinte à l’État tunisien pour ne pas encourager de nouvelles atteintes dans le futur. La corruption n’a pas été éliminée en fin de compte. Cela demande un grand effort, une transformation radicale du système policier et judiciaire mais aussi une révolution culturelle. Il faut changer les esprits."

• Les assassins de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi courent toujours

"C’est dommage, la justice n’a pas encore révélé les assassins et ceux qui sont derrière ces assassinats", se désole le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme. Des jihadistes tunisiens ayant rejoint l'organisation de l'État islamique ont revendiqué l'assassinat, en 2013, des deux opposants de gauche. Leur mort avait provoqué un véritable séisme politique en Tunisie. "C’est dommage que la justice traîne encore. La police n’a d’ailleurs pas bien aidé à découvrir la vérité. Fin octobre se tiendra une audience concernant [la mort de] Chokri Belaïd, espérons que la vérité sera révélée et que justice soit faite."

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