ANGOLA

Depuis sa prison, le rappeur Luaty Beirao continue de défier le régime angolais

Luaty Beirao, militant de la société civile détenu depuis juin, sera jugé à partir du 16 novembre prochain en Angola.
Luaty Beirao, militant de la société civile détenu depuis juin, sera jugé à partir du 16 novembre prochain en Angola. Page Facebook Central Angola 7311

En grève de la faim depuis le 21 septembre, le rappeur angolais Luaty Beirao doit être jugé le 16 novembre prochain, a révélé mardi Amnesty International. Détenu depuis quatre mois, il est devenu le fer de lance des opposants au président Dos Santos.

Publicité

En Angola, le visage émacié de Luaty Beirao est devenu le symbole de la résistance civile. Le jeune homme, accusé d'avoir voulu renverser le pouvoir, est détenu depuis quatre mois dans les geôles angolaises. Son procès doit se tenir le 16 novembre, a annoncé mardi 20 octobre Amnesty International.

Le rappeur a été arrêté en juin avec 14 autres militants âgés de 19 à 33 ans, alors qu’ils dissertaient autour d’un livre de l’écrivain américain Gene Sharp, "De la dictature de la démocratie", portant sur la désobéissance civile pacifique. Les autorités angolaises leur reprochent de vouloir fomenter un coup d’État, ce qu’ils ont toujours nié. Ils ont tous été formellement inculpées en septembre pour rébellion et tentative de renversement du président.

Pour protester contre leur détention préventive qui a dépassé la durée maximale autorisée par la loi, soit 90 jours, les militants ont entamé une grève de la faim le 21 septembre. Seul Luaty Beirao a décidé de la poursuivre jusqu’à aujourd’hui. Hospitalisé depuis jeudi, l’homme "a perdu 15 kilos, mais est très lucide", selon son avocat Luís Nascimento qui s’est exprimé sur l’antenne lusophone de RFI mardi. "Cependant, il est déterminé à poursuivre son combat, et va continuer sa grève de la faim, coûte que coûte" a-t-il ajouté.

>> À lire sur les Observateurs de France 24 : "Emprisonnés pour des lectures sur la démocratie"

Luaty Beirao n’est inconnu du régime angolais. Le musicien de 33 ans est à l’origine d’un mouvement de la jeunesse angolaise qui exige le départ de José Eduardo dos Santos, le président du pays au pouvoir depuis 1979. Déjà en 2011, le jeune homme s'était imposé en figure de proue des manifestations contre la réélection du chef de l’État angolais. Son père, Joao Beirao, était un haut fonctionnaire au sein du MPLA, le parti de José Eduardo dos Santos. Certains lui reprochent de "cracher dans la soupe" alors que sa famille a profité des faveurs accordées aux proches du président...

Pression internationale

Inquiets pour la santé de Luaty Beirao et des autres militants, plusieurs diplomates européens se sont déplacés jusqu'en Angola. L'affaire est d'autant plus sensible en Europe que le rappeur détient la double nationalité angolaise et portugaise.

À la tête de la délégation, se trouvait l’eurodéputée portugaise Ana Gomes, à l’origine d’une résolution au Parlement européen sur la restriction des droits de l’Homme en Angola. Sur l'antenne de RFI, la députée socialiste ne cache pas son pessimisme: "On craint pour leurs vies mais aussi on craint pour les réactions populaires que cela peut engendrer. […] L’Angola est un pays où il y a des gens très riches, notamment liés au président, sa famille, sa fille, alors que le peuple vit dans une situation terrible et cette situation s’aggrave avec la chute du prix du pétrole".

Amnesty International est aussi monté au créneau mardi. "Les 15 militants n'ont pas commis de crimes et sont emprisonnés pour la seule raison d'avoir exercé leur droit à la liberté d'expression [...]. Ce sont des prisonniers de conscience", a estimé dans un communiqué Deprose Muchena, le directeur d'Amnesty International pour l'Afrique australe. Une pétition demandant leur libération immédiate et inconditionnelle a déjà collecté plus de 31 000 signatures.

"Faire marche arrière décrédibiliserait l’Angola"

Quelle est désormais la marge de manœuvre du gouvernement angolais ? "Faire marche arrière signifierait avoir gardé en détention pendant quatre mois et sans raison des membres de la société civile, ce qui décrédibiliserait encore davantage le gouvernement angolais auprès de l’opinion internationale", analyse Isabel Pinto-Machado, journaliste au service portugais de RFI. "Il ne serait pas surprenant que le procès traîne en longueur", estime-t-elle, alors que les prochaines élections présidentielles angolaises sont prévues en 2017.

Luaty Beirao et les autres militants risquent jusqu’à 12 ans de prison pour les faits qui leur sont reprochés.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine