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"Bild" publie les noms et photos d’internautes racistes

"Bild" est le quotidien le plus lu en Allemagne.
"Bild" est le quotidien le plus lu en Allemagne. AFP

Le quotidien allemand "Bild" a publié des messages anti-migrants postés par des internautes sur Facebook appelant les autorités à les poursuivre. Une campagne controversée de la part d’un tabloïd parfois taxé de dérives xénophobes.

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Deux pleines pages de messages haineux à l'égard des réfugiés postés sur les réseaux sociaux : le tabloïd allemand "Bild" a décidé de frapper un grand coup éditorial, mardi 20 octobre, contre "ceux qui incitent aux violences" contre les migrants qui arrivent en Allemagne.

"Et ils repartent quand ces bestiaux ???"

"Une balle pour chaque musulman et ceux qui les soutiennent", "Et ils repartent quand ces bestiaux ???" ou encore "Mon grand-père avait une méthode très efficace pour s’occuper de ces 'êtres humains', malheureusement elle est un peu passée de mode". "Bild" publie ainsi 41 messages, essentiellement postés sur Facebook, emprunts d’islamophobie violente et de nostalgie pour le IIIe Reich.

Nombreux sont les médias, y compris France 24, qui ont déjà relaté la recrudescence de débordements racistes sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise des réfugiés. Mais "Bild", le quotidien le plus lu d’Allemagne, pousse le bouchon plus loin en citant les vrais noms des auteurs de ces messages et en appelant "M. le procureur à engager des poursuites" contre eux.

"'Bild' met les haineux au pilori" se targue Kai Diekmann, le rédacteur en chef du journal populaire et souvent populiste. Le quotidien a affirmé, mercredi, que "la police avait commencé à enquêter sur les personnes citées". Cette opération coup de poing a été décidée après l’agression au couteau de Henriette Reker, la candidate écologiste pro-migrants à la mairie de Cologne.

"Bild" le chevalier blanc ?

La méthode utilisée par "Bild" n’est pas sans rappeler les campagnes de dénonciation des délinquants sexuels par les tabloïds britanniques. Mais elle est justifiée par le contexte actuel particulier en Allemagne, d’après l’hebdomadaire spécialisé dans l’actualité des médias "Horizont". “Les personnes qui osent ce genre de propos sur Facebook doivent comprendre qu’ils ne sont pas au comptoir en train de parler à quelques personnes mais que leurs propos peuvent être lus par des millions d’internautes, ce qui est dangereux actuellement”, estime cette publication.

D’autres, plus nombreux, trouvent que "Bild" va trop loin. "Mettre certaines personnes comme ça à l’index en public n’a jamais servi à grand chose dans ce genre d’affaire", estime à la radio DeutschlandRadio Kultur, Toralf Staud, journaliste et spécialiste des mouvements d’extrême-droite. Cela renforce le sentiment de ces extrémistes d’être avant tout des victimes d’un soi-disant "establishment politico-médiatique".

Et quid de la présomption d’innocence ? "Publier les noms des auteurs et demander à la justice d’agir revient à les condamner publiquement, ce qui n’est pas la mission d’un journal", juge Christian Solmecke, un avocat spécialiste du droit de médias interrogé par le quotidien "Tagesspiegel".

"Bild" n’est pas non plus le mieux placé pour se draper des habits du chevalier blanc de la lutte contre le racisme anti-migrant. Ce tabloïd a "nourri la haine contre les migrants", assure BildBlog, un site qui décortique les dérives des médias allemands. Il cite plusieurs articles du journal qui surfent sur des clichés anti-immigrés, comme une prétendue propension à la violence ou encore le non-respect des règles allemandes par ces nouveaux arrivants.

Le tabloïd s’était déjà fait remarqué durant la crise grecque en multipliant des articles hostiles à Athènes et plus généralement au peuple grec. "Bild" a ainsi multiplié les clichés sur la Grèce, terre de fonctionnaires nantis, de paresseux ou encore de chauffards du dimanche. Le journal, à l’époque moins porté sur les bons sentiments, avait même appelé ses lecteurs à faire des "selfies pour un Grexit"...

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