FRANCE

"Jungle" de Calais : 800 artistes dénoncent le "désengagement" de l’État

Les tentes de migrants dans la "Jungle" le 7 octobre 2015 à Calais.
Les tentes de migrants dans la "Jungle" le 7 octobre 2015 à Calais. AFP

Près de 800 artistes ont lancé dans "Libération" un appel à agir d'urgence face au drame de Calais. Ils dénoncent le "désengagement" de l'État. Bernard Cazeneuve a salué leur geste tout en défendant sa politique migratoire.

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Sortir la jungle de Calais de "l’indignité dans laquelle elle se trouve". Huit cents personnalités du monde artistique, universitaire ou militant ont réclamé mardi 20 octobre dans les colonnes de "Libération" un "large plan d'urgence" face au drame migratoire de Calais.

Les signataires de cet "appel de Calais", parmi lesquels on trouve les réalisateurs Luc et Jean-Pierre Dardenne, Michel Hazanavicius, les comédiens Omar Sy et Jeanne Moreau, ou encore l'économiste Thomas Piketty, déplorent "un désengagement de la puissance publique" face à ce camp informel, toléré par les pouvoirs publics, qui s'est formé depuis début 2015.

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Cette zone concentre "cinq à six mille femmes, hommes et enfants, épuisés par un terrible voyage, laissés à eux-mêmes dans des bidonvilles, avec un maigre repas par jour, un accès quasi impossible à une douche ou à des toilettes, une épidémie de gale dévastatrice", rappelle notamment le texte, qui évoque également des "viols", des "enfants laissés à eux-mêmes dans les détritus", des "violences policières presque routinières" et des "ratonnades organisées par des militants d'extrême droite".

"Mise en concurrence des indigences ignoble"

"Au prétexte que des conditions de vie moins inhumaines pourraient produire 'un appel d'air' envers d'autres réfugiés, le gouvernement de notre pays a décidé de se défausser sur les associations et les bonnes volontés. [...] Ce désengagement de la puissance publique est une honte dans un pays qui même en période de crise, reste la sixième puissance économique mondiale", poursuit le texte. "La spirale du pire est amorcée", affirment les signataires.

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"Il n'y aurait plus de place pour les exilés d'où qu'ils viennent, soi-disant au nom de la défense des plus pauvres des français", ajoutent-ils, en fustigeant une "mise en concurrence des indigences ignoble" qui "nous habitue à l'idée qu'il y aurait des misères défendables et d'autres non". "Nous avons décidé de prendre la parole tous ensemble pour dire non à la situation réservée à ceux qui sont actuellement les plus démunis de droits en France : les exilés de Calais", expliquent-ils.

Cazeneuve rejette l’idée de "désengagement" de la France

Bernard Cazeneuve, en déplacement ce mercredi à Calais, a estimé que les signataires étaient "la voix d'une France mobilisée, solidaire, généreuse". Mais il a rejeté toute idée de désengagement. "Ce gouvernement a pris la question de Calais à bras-le-corps comme aucun gouvernement ne l'avait fait jusqu'à présent", a-t-il précisé lors d'une conférence de presse, mardi.

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La "Jungle" s'est formée à proximité de la rocade portuaire de Calais depuis le début de l'année. Le gouvernement a annoncé fin août l'installation de containers permettant de loger 1 500 personnes au sein d'un nouveau camp jouxtant le centre d'accueil Jules Ferry. Les travaux devraient débuter fin octobre.

La maire Les Républicains (LR) de Calais Natacha Bouchart, réagissant à l'annonce faite par la préfecture du Pas-de-Calais de la présence de près de 6 000 migrants dans la "jungle", a réclamé pour sa part l'aide de l'armée.

Avec AFP et Reuters

 

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