DIPLOMATIE

Syrie : Poutine avance ses pions sur les fronts militaire et diplomatique

Le président russe Vladimir Poutine face à son homologue syrien Bachar al-Assad, le 20 octobre 2015.
Le président russe Vladimir Poutine face à son homologue syrien Bachar al-Assad, le 20 octobre 2015. Alexey Druzhinin, Ria Novosti, AFP

Moscou multiplie les initiatives sur le dossier syrien. Vladimir Poutine s’affiche désormais comme l’acteur incontournable dans le règlement militaire et politique du conflit, plaçant le camp anti-Assad devant ses contradictions.

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Omniprésente. La Russie ne cesse d’avancer ses pions sur le dossier syrien et s’affirme plus que jamais comme un acteur de premier plan dans le règlement politique du conflit, dans lequel elle est désormais directement impliquée, militairement, sur le terrain.

Après avoir offert une opération de communication inespérée au président syrien Bachar al-Assad, mis en quarantaine par les Occidentaux mais reçu mardi à la surprise générale, au Kremlin, Vladimir Poutine veut garder l’initiative.

Au lendemain de cette visite, le président russe a contacté les principaux dirigeants de la région, notamment le roi Salmane d'Arabie saoudite et le président turc Recep Tayyip Erdogan, les deux puissances régionales qui n’ont jamais caché leur volonté de voir Bachar al-Assad quitter le pouvoir.

Un moyen habile pour la Russie de s’afficher comme l’initiatrice d’une réunion quadripartite sur la Syrie incluant la Turquie, l’Arabie saoudite et les États-Unis, le 23 octobre à Vienne, dont elle a annoncé la tenue mercredi.

Le secrétaire d'État américain John Kerry avait pourtant informé, dès le 19 octobre, qu'il rencontrerait cette semaine en Europe les représentants des gouvernements turc, saoudien, jordanien et russe pour discuter d'une transition politique en Syrie. À Moscou, le ministère russe des Affaires étrangères avait alors dit être "en train d’étudier" la proposition américaine.

Signe de l’effacement des Européens sur la question syrienne, ni la France, ni l’Allemagne n’ont été conviés à cette réunion. Pas plus que l’Iran, l’autre allié indéfectible du clan Assad, peut-être pour ne pas froisser les puissances sunnites que sont la Turquie et l’Arabie saoudite.

"Moscou est à la manœuvre à la mesure de la place vide laissée par Washington, depuis l’affaire des armes chimiques et la ligne rouge fixée et non respectée par Barack Obama", analyse Gauthier Rybinski, spécialiste des relations internationales à France 24.

L’avenir d’Assad plus que jamais entre les mains de la Russie

Toujours est-il que l’une des questions centrales de cette réunion traitera immanquablement de l’avenir personnel du président syrien, et son éventuel maintien au pouvoir. Moscou semble déterminé à ne pas lâcher son allié comme le prouvent la rencontre Poutine-Assad, ainsi que l'appui militaire russe qui bénéficie sur le terrain aux forces du régime.

Pour Vladimir Poutine, un règlement politique n'est possible qu'"avec la participation de toutes les forces politiques, ethniques et religieuses" du pays, et le dernier mot doit "revenir au peuple syrien". En clair, aucune puissance ne peut imposer le départ du président syrien comme un préalable à tout processus politique.

Téhéran a affirmé, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, que l’Iran "ne travaille pas à maintenir Assad au pouvoir pour toujours", insistant toutefois que ce dernier aura un rôle qui "sera important" dans tout processus politique.

Pour Washington, qui a accusé la Russie d’avoir déroulé "le tapis rouge" au maître de Damas, la visite d’Assad en Russie empêche tout progrès vers une transition politique en Syrie.

"Le tapis rouge déroulé pour Assad, qui a utilisé les armes chimiques contre son propre peuple, ne concorde pas avec l'objectif affirmé par les Russes d'une transition politique en Syrie", a déclaré Eric Schultz, porte-parole de la présidence américaine, qualifiant les actions de Moscou concernant la Syrie de "contre-productives".

Ankara a, de son côté, répété qu'une éventuelle transition politique devait nécessairement être une "formule qui garantisse le départ" de Bachar al-Assad.

Difficile de croire, dans un tel contexte, que de la réunion quadripartite sortira une quelconque avancée, voire un compromis sur ce point d’achoppement. Mais en gardant la main et l’initiative à la fois sur le terrain militaire et diplomatique, Vladimir Poutine entend profiter des contradictions du camp anti-Assad, et de son incapacité à proposer une solution consensuelle acceptable pour tous les acteurs de la crise.
 

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