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"I am with them", le projet qui donne un visage aux réfugiés

Anne A-R

L'artiste Anne A-R photographie les migrants à travers les Balkans pour la campagne "I am", destinée à leur redonner le "droit à une identité". Diffusés sur les réseaux sociaux, ses clichés racontent l'histoire d'un Moyen-Orient troublé.

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Le projet "I am with them" ("Je suis avec eux") est né dans l’esprit de la photographe Anne A-R le 27 août dernier. Ce jour-là, les médias annonçaient la mort de plusieurs dizaines de migrants, asphyxiés dans la remorque d’un camion frigorifique en Autriche. "Pendant 24 heures les médias ont dit qu’il y avait entre 20 et 70 morts. Cette approximation m’était insupportable. Comme s’il n’y avait aucune différence entre 20 et 70", raconte la photographe et documentariste française de 43 ans.

La photographe Anne A-R
La photographe Anne A-R Anne A-R

"Obsédée" par la notion de perte, Anne A-R la capture depuis des années sous ses différents aspects. Perte de l’être aimé, perte de la terre en Palestine ou encore perte des repères historiques en Russie, lors de la chute de l’Union soviétique.

Aujourd’hui, elle veut briser l’image de la masse sous laquelle sont souvent présentés les migrants, ceux qui ont tout perdu. "Je me suis dit qu’à un moment, il allait falloir les regarder un par un", se souvient-elle.

Soutenue financièrement par l’Unicef, Yahoo! et des mécènes privés, Anne A-R a quitté la France pour la Grèce accompagnée d’Elie Lamah, producteur libanais de courts métrages qui a accepté d’être son interprète arabophone.

Leur rendre un visage

Depuis le 12 octobre, ils suivent les réfugiés qui tentent de rejoindre le nord de l’Europe. Au rythme de trois portraits publiés par jour, pendant trente jours, ils tentent de rendre un visage à ceux qui forment cet "afflux" décrit par les médias. Et de joindre une histoire à ce visage.

Grâce aux réseaux sociaux, le projet "I am with them" a déjà porté à la connaissance de tous l’existence d’une quarantaine de migrants. Parmi eux Yassin, 32 ans, le Kurde d’Iran militant du PKK, Rania, l’étudiante syrienne en pétrochimie de 19 ans originaire de Deir ez-Zor ou Roman, l’Afghan de 17 ans qui a dû fuir sa ville de Ghorban quand elle est tombée aux mains des Taliban, et qui rêve de devenir ingénieur.

"En terme d’images, la crise des réfugiés est très couverte, reconnaît Anne A-R […] Mais les images ne parlent plus après un certain temps parce qu’elles ne racontent qu’une seule chose : la souffrance", estime-t-elle.

Sur les clichés du projet "I am with them", les réfugiés posent, le regard droit dans l’objectif, esquissant même parfois un sourire. "Si les personnes ont l’air apaisé c’est parce que nous passons parfois jusqu’à deux ou trois heures à parler avec elles avant de les photographier", explique Anne, qui avoue avoir "honte tout le temps".

"C’est inhumain ce qu’on leur fait subir […] On continue à penser que l’accueil des réfugiés est une urgence administrative mais la seule urgence qui soit est humanitaire". Alors, le 26 octobre "I am with them" est exceptionnellement devenu "I am ashamed" ("J’ai honte").

"Maintenant les bombes détruisent même les caves"

En suivant les réfugiés dans leur périple, la photographe a observé leur diversité, "du fermier au médecin spécialisé de Damas", et réalisé que dans le discours de tous les Syriens rencontrés, un élément revient sans cesse : "Tous évoquent le renforcement des bombardements du régime depuis cinq mois". Désormais bombardés jour et nuit, les Syriens ne trouvent plus le moindre répit pour tenter de construire un petit peu de vie.

Le type de bombe aussi aurait changé, selon ce que racontent les réfugiés. "Avant, ils pouvaient se mettre à l’abri dans les caves pour y échapper. Maintenant, le régime envoie des bombes à vide et à fragmentations, qui détruisent même les caves", explique Anne A-R.

Parmi les témoignages recueillis par Anne et Elie, environ 70 % des personnes évoquent l’Allemagne comme destination. Les autres la Norvège ou la Suède. Et la photographe d'ajouter : "Je n’ai rencontré qu’un seul petit garçon qui veut venir à Paris parce qu’il est fan du PSG et rêve de rencontrer Zlatan Ibrahimovic".

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