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La diplomatie française de plus en plus isolée sur le dossier syrien

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, et le président François Hollande, le 20 octobre 2015.
Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, et le président François Hollande, le 20 octobre 2015. Stéphane de Sakutin, AFP

Après avoir joué les premiers rôles, aux côtés des États-Unis, et s'être démarquée sur le conflit syrien, Paris, qui a perdu de son influence sur ce dossier, organise, mardi, une réunion autour des "principaux partenaires régionaux".

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Isolée, voire réduite aux seconds rôles par les acteurs internationaux du conflit syrien, la diplomatie française peine à faire entendre sa voix. Exclue de la réunion quadripartite entre Moscou et le trio Washington-Riyad-Ankara, qui s’est tenue à Vienne la semaine dernière en l’absence notable de toute puissance européenne, la France tente de se remettre en selle en organisant à son tour, ce mardi, une réunion sur la Syrie à Paris.

Une réunion à Paris sans l'incontournable Russie

Le 23 octobre, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait annoncé vouloir ainsi réunir plusieurs de ses homologues occidentaux et arabes, notamment les Allemands, les Britanniques, les Américains, les Turcs et les Saoudiens. En l’absence donc de la Russie, et celle moins surprenante de l’Iran, soit les deux parrains du régime syrien. Et ce, alors que le président Vladimir Poutine est devenu un acteur majeur du conflit qui ne cesse de s’internationaliser, et que l’intervention militaire russe en Syrie a changé la donne en instaurant de facto un nouvel équilibre des forces dans le pays.

Interrogé sur l’éventuelle présence de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à la réunion de Paris, le chef du Quai d'Orsay avait répondu: "Non, je ne pense pas". "Il y aura d'autres réunions où nous travaillerons avec les Russes", sans que l’on sache si Moscou avait décliné une éventuelle invitation où si elle a sciemment été snobée.

Toujours est-il que la France, qui a également annoncé qu'elle allait déposer à l'ONU un projet de résolution pour interdire le largage par le régime syrien de barils d'explosifs, voit sa marge de manœuvre se réduire, au moment où Russes et Américains multiplient les concertations sur le dossier syrien. Sans compter qu’avec officiellement deux opérations aériennes menées en l'espace de trois semaines en Syrie, l'action militaire de la France sur ce théâtre de guerre ne lui confère pas la même légitimité que les Russes ou les Américains, bien plus actifs sur ce terrain.

Perte d’influence et manque de clarté

Paris était pourtant en première ligne en 2013, au moment où il était question de frapper le régime syrien, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques contre sa population. "On a voulu aller jusqu'au bout en 2013 (…) et on s'est retrouvés tout seuls", confiait récemment un haut diplomate français à l’agence Reuters, en faisant référence à la volte-face de l’administration Obama. "On a perdu de l'influence, maintenant on ne voit plus très bien quoi faire."

Et c’est exactement ce qui est reproché au gouvernement français actuellement, et qui lui a peut-être coûté sa place parmi les grands sur ce dossier. Début octobre, le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, Alexeï Pouchkov, déclarait implicitement que Paris était bel et bien hors jeu."En Russie, on ne parle pas tellement du rôle de la France, c'est surtout l'Amérique et les contacts avec Washington dont on parle", avait-il asséné.

Désormais, la priorité semble accordée à la neutralisation de la menace jihadiste incarnée par l’organisation de l’État islamique (EI), quitte à faire le jeu du régime syrien temporairement. Washington a visiblement assoupli sa position en considérant négociable le sort de Bachar al-Assad, reçu à Moscou par Vladimir Poutine la semaine dernière. Plusieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel, ne s’opposent plus, non plus, à la participation du président syrien à un éventuel processus politique. La France, elle, y reste fermement opposée. Reste qu’après avoir renoncé à la stratégie qui consistait à renforcer la rébellion syrienne modérée, la France, qui ne cesse de marteler qu’Assad est le principal responsable de la crise syrienne, n’a pas proposé d’alternative consensuelle à son postulat "ni Assad, ni l'EI".

La France doit revoir sa copie diplomatique

Dans une note de blog, publiée le 24 octobre et intitulée "Notre fiasco syrien", l’ancien Premier ministre et chef de la diplomatie française Alain Juppé est revenu sur l’échec de la stratégie occidentale. "Je crains que le moment ne soit donc venu de boire le calice jusqu’à la lie et de nous asseoir à Genève à la table de négociation avec Bachar. Peut-être trouvera-t-on le moyen de sauver la face", a écrit le candidat à la primaire de 2016, en vue de la présidentielle de 2017.

Mi-septembre, c’est un autre ancien Premier ministre français, François Fillon, qui avait appelé le gouvernement à revoir sa copie diplomatique sur la Syrie. Le député de Paris et candidat à la primaire de 2016 du parti "Les Républicains" pressait l’Élysée de renouer le dialogue avec Moscou, "que la France a stupidement méprisé ces dernières années" et avec Téhéran, dans un exercice diplomatique où "la France semble hors-jeu". "L’heure est venue de revoir notre stratégie", avait-il insisté dans une lettre publiée sur son blog.

"Le gouvernement Français est la seule diplomatie au monde à croire encore qu’elle est capable de combattre en même temps les jihadistes de Daech [autre nom de l’organisation de l’EI, NDLR] et la dictature de Bachar al-Assad. Cette posture désastreuse à courte vue isolera davantage notre diplomatie française, malade de ses choix incohérents", avait résumé, fin septembre sur son site Internet, Rudy Salles, député UDI des Alpes-Maritimes et ancien membre de la commission des Affaires étrangères.
 

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