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Tokyo Sexwale, un ancien compagnon de cellule de Mandela à la tête de la Fifa ?

Tokyo Sexwale, le 7 octobre 2013, lors d'une réunion sur le racisme et le football, à Genève.
Tokyo Sexwale, le 7 octobre 2013, lors d'une réunion sur le racisme et le football, à Genève. Fabrice Coffrini, AFP

À 62 ans, le Sud-Africain Tokyo Sexwale brigue la tête de la Fifa. Ancien compagnon de prison de Mandela, cet homme d'affaires joue la carte de la transparence et souhaite faire le ménage au sein de la fédération internationale.

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Peu connu en dehors des frontières de son pays, le Sud-Africain Tokyo Sexwale pourrait bien être le candidat surprise de la prochaine élection à la présidence de la Fifa. À 62 ans, cet ancien opposant à l’apartheid a obtenu les parrainages nécessaires pour briguer le fauteuil laissé vacant par Sepp Blatter.

Au lendemain de la clôture des candidatures, lundi 26 octobre, il a tout de suite fait comprendre qu’il se présentait pour donner un coup de pied dans la fourmilière de la fédération internationale de football. S’il est élu, il promet enfin la transparence financière : "Ce qui est cassé à la Fifa, c’est sa capacité à retracer les mouvements d’argent", a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse au siège de la Fédération sud-africaine de football à Soweto. "Il s’agit de bien gérer financièrement, de mettre en place des systèmes de contrôle, de s’assurer […] qu’il y ait beaucoup de transparence et de responsabilité".

En se définissant comme un "Monsieur propre", Tokyo Sexwale vise ainsi directement le président sortant Sepp Blatter et l’ex-favori à sa succession Michel Platini, tous deux suspendus pendant 90 jours en raison notamment d’un versement controversé de 1,8 millions d’euros du premier au second. Le Sud-Africain entend apparaître comme un candidat hors-système, bien loin de ces affaires de gros sous et de corruption.

Un héros de l’anti-apartheid

Pour y arriver, il peut compter sur son passé et son engagement politique. Né à Soweto, sous le nom de Mosima Gabriel Sexwale, il connaît une enfance difficile. Alors passionné de karaté, il en gardera pour la vie le surnom de "Tokyo". Et dès ses études, il se lance dans la lutte politique contre le régime de l’apartheid en vigueur en Afrique du Sud. Après avoir obtenu son diplôme à l’université du Botswana, ce combattant de la branche armée du Congrès national africain (ANC) part en exil et suit un entraînement militaire en Union soviétique. À son retour, il est emprisonné et condamné pour terrorisme et complot en vue de renverser le gouvernement. Il est alors envoyé en 1977 sur l’île-prison de Robben Island. 

C’est dans ce lieu tristement célèbre qu’il retrouve Nelson Mandela. Pendant ses 13 années d’enfermement, Tokyo Sexwale s’occupe notamment du club de football des prisonniers politiques, le "Makana". "Nous avions nos pieds, mais pas de chaussures, c'était du vrai football. [...] Parfois nous n'avions pas de ballon. Et s'il y en avait un, il était un peu dégonflé et on refusait de nous donner une pompe. On nous confisquait le sifflet d'arbitre, alors on criait. [...] Et quand on n'avait pas de ballon, on prenait des chaussettes et on les bourrait de tissus", a-t-il raconté en conférence de presse.

Un prisonnier devenu millionnaire

Libéré en 1990, le karatéka de Soweto se retrouve sur le devant de la scène politique en jouant notamment un rôle capital pour tenter de calmer les violences qui embrasent les "township" de Johannesburg. En 1994, grâce au soutien de Mandela, il devient Premier ministre de la plus riche province du pays, le Gauteng. Quatre ans plus tard, il essaie de prendre la direction de l’ANC face à Thabo Mbeki, sans succès. Il se retire alors de la vie politique et devient un brillant homme d’affaires dans le domaine des mines et des télécommunications. En quelques années, il a bâti l’une des plus grandes fortunes d’Afrique du Sud.

En 2009, il fait son retour sur la scène politique en intégrant le gouvernement de Jacob Zuma comme ministre du Logement, mais après un nouvel échec au sein de l’ANC en 2013, il perd son ministère. En parallèle, il s’investit dans le football comme membre du Comité d’organisation de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud en 2010. Un poste qui lui a permis d’être nommé au Comité antiracisme de la Fifa. Récemment, il a aussi pris la tête du Comité de surveillance de la Fédération internationale pour Israël et la Palestine.

Un parcours quasiment sans tâche qui fait de lui un homme neuf, loin des scandales de la Fifa. "Sexwale, un héros combattant, qui s’est fait un nom au sein de la Fifa en participant à de nombreux comités et grâce à sa croisade contre le racisme dans le sport, est un formidable candidat", résume ainsi S'Busiso Mseleku, journaliste pour le site sud-africain Sport 24.

Preuve de son capital sympathie, l’ancien champion du monde allemand Franz Beckenbauer lui a ainsi apporté son soutien personnel. "À un moment se présentera l’opportunité d’élire un président venu de l’extérieur, du monde économique et politique", avait déclaré  récemment à son sujet Kaizer Franz.

Un manque de réseaux

Pour Antoinette Muller, du "Daily Maverick", Tokyo Sexwale pourrait être aussi "exactement ce dont le monde du football a besoin pour changer. Un outsider qui se montre indépendant". Mais cette journaliste sud-africaine note cependant qu’il a peu de réseaux au sein du foot mondial, alors que ce sont les 209 fédérations membres de la Fifa qui élisent le président. "Son plus grand défi sera de s’assurer le soutien du bloc africain, le plus grand bloc au sein de la Fifa". Face à lui, un autre candidat originaire du continent, Musa Bility du Liberia, a déposé sa candidature mais la Confédération africaine de football (CAF) lui a déjà refusé son soutien au tout début de sa campagne.

Pour l’instant, Tokyo Sexwale ne dispose pour sa part que du soutien de la Fédération sud-africaine de football, en attendant de connaître la position des 53 autres pays du continent membres de la Fifa. La CAF doit se réunir dans les prochains jours pour décider de sa position. Selon des sources proches de la Fifa, Issa Hayatou, président par intérim de la fédération internationale, et patron depuis 1987 de la Confédération africaine, ne verrait toutefois pas d’un très bon œil l’arrivée d'un rival issu du même continent.

Interrogé sur ses chances de réussir à occuper le fauteuil de Sepp Blatter, l’ex-prisonnier devenu homme d’affaires s’est montré en tous cas très serein : "Que je gagne ou que je perde, au moins les gens sauront qu'il y avait un Africain qui était là, qui a fait bouger les choses".

Avec AFP, AP et Reuters

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