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Le Rwanda adopte une réforme constitutionnelle taillée sur mesure pour Paul Kagame

Élu en 2003 et 2010, le président rwandais, Paul Kagame, pourrait briguer un troisième mandat en 2017.
Élu en 2003 et 2010, le président rwandais, Paul Kagame, pourrait briguer un troisième mandat en 2017. Thomas Mukoya, AFP

Les députés rwandais ont donné leur feu vert, jeudi, à un projet de réforme constitutionnel qui pourrait permettre au président Paul Kagame de rester au pouvoir au-delà de son deuxième mandat, censé s'achever en 2017.

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Sans surprise, les députés rwandais ont voté à l'unanimité, jeudi 29 octobre, en faveur d’une réforme constitutionnelle annulant la limitation des mandats présidentiels, ce qui permet au président Paul Kagame de briguer un troisième mandat en 2017.

Une fois adoptée par le Sénat et par voie référendaire, cette réforme taillée sur mesure pour l'actuel chef de l'État permettrait théoriquement à Paul Kagame de se maintenir au pouvoir au Rwanda jusqu'en 2034.

En effet, le texte prévoit de ramener la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans et de limiter à deux le nombre de mandats successifs, mais il fait une exception pour Paul Kagame. Le nouvel article 172 de la Constitution permet désormais à ce dernier d'achever son mandat actuel de sept ans et de briguer un troisième mandat de même durée, puis deux mandats successifs de cinq ans, a expliqué un député à l'agence Reuters.

Une pétition de deux millions de Rwandais

La Constitution du Rwanda, adoptée en 2003, limitait à deux le nombre de mandats présidentiels et interdisait donc en l'état à Paul Kagame, élu en 2003 et 2010, de se présenter une troisième fois.

Le Parlement, très largement dominé par le Front patriotique rwandais (FPR), le parti du président Kagame et ses alliés, avait débattu cette question cet été à la suite d'une pétition signée par deux millions de Rwandais environ, selon des responsables officiels.

"Nous avons reçu autour de deux millions de demandes de la population" pour la révision de l'article 101 de la Constitution portant sur la limitation du nombre de mandats présidentiels, avait déclaré, fin mai, Donatilla Mukabalisa, présidente de la Chambre des députés. Mi-août, les parlementaires avaient affirmé n'avoir recensé qu'une dizaine d'électeurs dans le pays opposés à une réforme.

Un élan populaire mis en doute

Mais le Parti démocratique vert (PDV), comme de nombreux observateurs, doutent de la spontanéité de ce mouvement en faveur de la réforme constitutionnelle. Rare voix dissidente au Rwanda, le PDV a vu sa requête visant à empêcher le président sortant Paul Kagame de briguer un troisième mandat rejetée le 8 octobre par la Cour suprême du Rwanda.

Paul Kagame, 58 ans, est au pouvoir depuis que sa rébellion du Front patriotique rwandais a mis fin au génocide de 1994 qui, selon l'ONU, a fait plus de 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie.

Washington s'oppose à la réforme

Vice-président et ministre de la Défense après le génocide, il tenait déjà les rênes du pays avant d'être élu président en 2003 avec 95 % des voix, puis réélu tout aussi triomphalement (93 %) en 2010. Il est crédité des nombreuses avancées du Rwanda depuis le génocide, mais dirige son pays d'une main de fer, accusé d'étouffer toute voix discordante.

Début juin, les États-Unis avaient fait savoir qu'ils refusaient que leur protégé brigue un troisième mandat, même s’il n’a pas encore officialisé ses intentions.

"Nous sommes engagés à soutenir une transition pacifique et démocratique en 2017 vers l'élection d'un nouveau dirigeant par le peuple rwandais", avait expliqué un responsable du département d'État. Et d’ajouter : "les États-Unis pensent que la démocratie s'améliore avec des institutions fortes et non des hommes forts, a plaidé le responsable diplomatique. Changer les constitutions pour supprimer les limites sur le nombre de mandats et favoriser ainsi les titulaires contredit les principes démocratiques et réduit la confiance dans les institutions démocratiques."

Avec AFP et Reuters
 

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