Turquie

Turquie : écran noir imposé à deux télévisions proches de l'opposition

Manifestation pour la liberté de la presse à Istanbul après l'interruption, le 28 octobre, de deux chaînes de télévision proche de l'opposition.
Manifestation pour la liberté de la presse à Istanbul après l'interruption, le 28 octobre, de deux chaînes de télévision proche de l'opposition. Ozan Kose, AFP

La police turque a pris d'assaut le 28 octobre puis forcé à l'interruption deux télévisions proches de l'opposition au président Recep Tayyip Erdogan, accusé de vouloir museler ses adversaires à quatre jours des élections législatives.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan chercherait-il à museler ses détracteurs ? Pour ces derniers, cela ne fait aucun doute depuis l’interruption forcée de deux télévisions proches de l’opposition, à quatre jours des législatives. Mercredi 28 octobre, en direct devant les caméras, la police turque a pris d’assaut le siège stambouliote des chaînes Bugün TV et Kanaltürk, forcées à interrompre leur diffusion.

Appuyés par des canons à eau et des gaz lacrymogènes, les forces de l'ordre en tenue antiémeutes ont forcé le barrage des salariés qui défendaient le bâtiment puis ont investi, avec l'un des nouveaux administrateurs, la régie des deux télévisions. Vers 13h30 GMT, les téléspectateurs de Bugün TV et Kanaltürk ont vu apparaître un écran noir.

Le rédacteur en chef de Bugün TV, Tarik Toros, qui s'est opposé toute la journée à la prise de contrôle de sa chaîne, s’est vu évacuer par la police puis signifier son licenciement par une note manuscrite, a rapporté la presse turque. Toute la journée , des incidents ont opposé les forces de l'ordre et des manifestants rassemblés devant le siège des deux chaînes. Un photographe de l'AFP a été frappé au visage par un policier en civil.

Erdogan fait main basse sur le réseau Gülen

La maison mère des deux chaînes de télévision, Koza-Ipek, a fait l'objet, le 26 octobre, d'une mise sous tutelle judiciaire très controversée. Le procureur d'Ankara l’a accusée de "financer", "recruter" et "faire de la propagande" pour le compte de Fethullah Gülen. Cet imam, ennemi numéro 1 du chef de l'État depuis un retentissant scandale de corruption en 2013, dirige depuis les États-Unis un influent réseau d'ONG, médias et entreprises qualifié par les autorités turques d'"organisation terroriste".

La président Erdogan reproche à son ex-allié d'avoir bâti un "État parallèle" pour le renverser et a multiplié depuis les poursuites judiciaires et les purges contre ses partisans. Il a notamment pris le contrôle de Bank Asya, le dixième réseau bancaire du pays également proche de M. Gülen, des opérations coup de poing qui inquiètent vivement l’opposition.

"Des élections arrivent (...). Il se peut que notre voix devienne elle aussi difficile à entendre dans les deux ou trois jours qui viennent", a déclaré le coprésident du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) Selahattin Demirtas, qui s'est rendu au siège de Bugün.

Turquie : 149e dans le classement RSF

Les tensions entre les médias et les autorités, déjà fortes, ont été exacerbées ces dernières semaines par la reprise du conflit kurde et les législatives du 1er novembre. Le quartier général stambouliote du quotidien "Hürriyet" a été la cible, le mois dernier, de deux attaques de manifestants favorables au chef de l'État et l'un de ses chroniqueurs vedettes, Ahmet Hakan, passé à tabac devant son domicile.

"La persécution des organes de presse critiques a atteint un niveau extrêmement inquiétant à cause des élections", s'est alarmée mercredi l'ONG Reporters sans frontières, qui place la Turquie 149e sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse.

Le gouvernement turc se défend pour sa part de vouloir étouffer les médias et le président Erdogan répète que la presse de son pays est "la plus libre du monde".

Avec AFP 

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