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Crash dans le Sinaï : la piste terroriste est de plus en plus prise au sérieux

Au total, 224 personnes ont péri dans le crash de l'Airbus A321-200 de Metrojet, le 31 octobre 2015.
Au total, 224 personnes ont péri dans le crash de l'Airbus A321-200 de Metrojet, le 31 octobre 2015. Khaled Desouki, AFP

Deux jours après le crash d'un Airbus d’une compagnie russe dans le Sinaï égyptien, et alors que l'enquête ne fait que commencer, de plus en plus d’éléments rendent plausible la piste de l'attentat terroriste.

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Accident ou attentat ? Le mystère reste entier, deux jours après le crash d'un Airbus A321 de la compagnie russe Kogalymavia/Metrojet dans le désert du Sinaï, qui n'a laissé aucun survivant parmi les 224 passagers et membres d'équipage.

Toujours est-il que la piste d’un attentat terroriste est de plus en plus prise au sérieux, lundi 2 novembre, a fortiori depuis que la compagnie russe a officiellement écarté l'hypothèse d'une défaillance technique ou d'une erreur humaine pour expliquer l'accident. La possibilité qu’une bombe ait explosé à bord, plutôt qu’un missile, est évoquée par plusieurs spécialistes. D’autant plus que l’organisation État islamique (EI) a annoncé dès samedi avoir "fait tomber l’avion".

Crash Airbus A321 : La piste terroriste de plus en plus plausible - EGYPTE

"La seule cause possible est une action extérieure"

Ainsi, selon Alexander Smirnov, directeur général adjoint de Kogalymavia/Metrojet, "la seule cause possible est une action extérieure". Il n’a pas précisé de quelle autre "action technique ou physique" il pouvait s'agir lors d'une conférence de presse à Moscou lundi.

"Tout porte à croire que dès le début de la catastrophe, l'équipage a perdu le contrôle total" de l'avion, a-t-il indiqué, alors qu’une enquête a été ouverte contre la compagnie concernant de possibles violations de la réglementation, et que les médias russes publient des informations accablantes sur la situation financière de Kogalymavia/Metrojet.

Alexander Smirnov a précisé que les pilotes n'avaient pas "essayé d'entrer en contact radio" avec les contrôleurs aériens au sol, ce qui, selon lui, exclut les options d’une "défaillance technique ou une quelconque erreur de l'équipage".

Dimanche, Alexander Neradko, le chef de l'agence russe de l'aviation Rosaviatsia, avait expliqué que l'éparpillement des débris de l'avion semblait indiquer que "la destruction de la structure de l'appareil s'est produite en plein ciel et à très haute altitude", excluant l’hypothèse d’une explosion après contact avec le sol.

"Une dislocation en vol qui débouche sur des débris tels qu'on les a vus sur les images, cela ne peut provenir que d'une grave atteinte de la structure de l'avion", a estimé le spécialiste aéronautique Michel Polacco, interrogé sur les antennes de France Info. "Elle peut être due à des causes techniques, mais c'est très peu probable, cela s'est rarement produit", souligne-t-il. "Cela nous amène donc à la piste terroriste, la piste d'une bombe qui peut avoir ce genre d'effets" a jugé l’expert.

Le Kremlin revoit sa position

Si, dans un premier temps, Moscou s’était empressée d’affirmer qu'il ne pouvait s'agir d'un attentat, le Kremlin a revu sa position. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a déclaré lundi qu’aucune hypothèse ne pouvait être encore exclue, alors qu’il répondait à une question sur la possibilité d'une action terroriste. Officiellement, les autorités russes attendent le décryptage complet des boîtes noires de l’appareil pour avoir des "informations fiables".

Mais cette option reste sérieusement envisagée par les experts après la revendication de la branche égyptienne de l’EI active dans le Sinaï, qui a annoncé samedi avoir "fait tomber" l'avion en représailles, selon elle, aux raids russes en Syrie. Une revendication contestée par Moscou et Le Caire. Le ministre russe des Transports Maxim Sokolov avait notamment déclaré à l'agence Interfax qu'elle ne pouvait être considérée comme "exacte".

Un scénario "à la Lockerbie" ?

Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes à France 24, estime que la piste terroriste était à prendre au sérieux dès le début de cette affaire. Il rappelle que jusqu’ici, le groupe EI n'a jamais revendiqué des actes qu’il n’a pas commis. "Un premier communiqué a été publié en arabe par la branche médiatique de l’EI du Sinaï, avant qu’il ne soit traduit dans plusieurs langues et publié par les voies de communication habituelles du groupe. Puis dans un second temps, l’attentat a été revendiqué via la radio de l’EI à Mossoul", précise-t-il. Et d’ajouter : "Le groupe a utilisé des termes très précis en indiquant qu’il avait fait ‘tomber l’avion’, et non pas qu’il l’avait abattu."

Sur son compte Twitter, David Thompson, journaliste spécialiste du jihadisme à RFI, rappelle que les Russes sont parmi les étrangers les plus nombreux dans les rangs du groupe jihadiste et qu'il est possible qu'un Russe actif au sein de l'EI ait réussi à embarquer dans l'appareil.

Si l'hypothèse de l’attaque terroriste se confirme, il pourrait notamment s'agir d'une bombe ayant explosé à bord. En effet, pour la majorité des spécialistes, il est peu probable qu'un missile ait pu être employé.

Un tel scénario nécessite une "grosse logistique" dont un camion-radar traqueur et des missiles longue portée, et les jihadistes de l'EI "n'ont pas le matériel pour déglinguer un avion à 9 000 mètres d'altitude", explique Gérad Feldzer, ancien directeur du musée de l'Air et de l'Espace, interrogé par l'AFP. D’ailleurs, selon un membre de la commission qui examine les enregistreurs de vol retrouvés sur le site du crash, l'appareil n'a pas été touché de l'extérieur par un projectile.

Selon un expert militaire interrogé par l'AFP, "pour ce qui est d'une bombe dans l'avion, quelle que soit sa taille, si elle explose à 10 000 m d'altitude, l'avion est complètement désintégré en raison de la pressurisation. Ce lundi, un expert cité par le très sérieux quotidien russe "Kommersant" évoquait de son côté un scénario "à la Lockerbie", l’attentat à la bombe – qui avait été dissimulée dans une valise - contre un avion de la Pan-Am qui avait fait 270 morts en Écosse en 1988.
 

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