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Amnesty International accuse le régime syrien de tirer profit des disparitions "forcées"

Plus de 60 000 civils ont disparu depuis le début du conflit, déclenché en mars 2011.
Plus de 60 000 civils ont disparu depuis le début du conflit, déclenché en mars 2011. Youssef Karwashan, AFP

Un rapport d'Amnesty International dénonce les disparitions "forcées" perpétrées par le régime syrien. Dans un pays globalement gangréné par la corruption, le pouvoir est lourdement accusé d'en tirer profit par le biais d'intermédiaires.

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Amnesty International dénonce, dans un rapport publié jeudi 5 novembre, les dizaines de milliers de disparitions qu'elle qualifie de "forcées" [enlèvements ou arrestations], orchestrées par le régime syrien. L'ONG les qualifie de "crimes contre l'humanité". Pire, elle accuse le gouvernement d'en tirer profit.

Selon Amnesty International, qui cite le Réseau syrien des droits de l'Homme, plus de 60 000 civils ont disparu depuis le début du conflit, en mars 2011. "Les personnes capturées sont généralement détenues dans des conditions épouvantables, sans aucun contact avec le reste du monde. Beaucoup meurent des suites de maladies et de tortures ou sont victimes d'une exécution extrajudiciaire", accuse Amnesty, qui s'appuie également sur les témoignages de proches des disparus.

Auteure d'un reportage sur les disparus de la guerre de Syrie, diffusé mardi 3 novembre sur Arte, Sophie Nivelle-Cardinale, témoigne de la même tragédie. "Le régime a mis en place une machine de guerre, de mort. C'est un système organisé de disparitions forcées qui existait déjà avant le conflit, mais qui est aujourd'hui d'une ampleur démesurée et industrielle", raconte à France 24 la journaliste, qui s'est rendue plusieurs fois en Syrie.

Son film donne la parole à des rescapés des centres de détention syrien, qu'elle n'hésite pas à qualifier de "camp de concentrations". Ces ex-détenus décrivent les conditions monstrueuses de leur emprisonnement et les tortures qui y ont lieu. Selon l'auteur du documentaire, ces témoignages ne sont que la partie visible de l'iceberg : "Par peur, tous n'acceptent pas forcément de témoigner à visage découvert et d'être filmés", explique-t-elle.

Un marché noir

Dans son rapport, Amnesty International va plus loin. L'organisation de défense des droits de l'Homme basée à Londres accuse "l'État syrien de profiter, par le biais d'un marché noir insidieux, des disparitions forcées nombreuses et systématiques. Les familles qui cherchent désespérément à savoir ce qu'il est advenu d'un proche disparu sont impitoyablement exploitées par des individus qui leur soutirent de l'argent", explique le rapport.

Il y a ainsi "des 'intermédiaires' ou des 'négociateurs' qui se font payer des dessous-de-table, allant de plusieurs centaines à plusieurs dizaines de milliers de dollars, par des familles désespérées qui tentent de retrouver leurs proches disparus ou de savoir s'ils sont même encore vivants", note le rapport.

"Dans une situation de guerre, quand un proche disparaît, le désespoir grandit avec l'attente, et nombreux sont ceux qui sont prêts à payer cher la moindre information", atteste Sophie Nivelle-Cardinale. D'autant que dans ce conflit multiforme, le danger n'est pas le seul fait du régime. Les groupes rebelles, islamistes notamment, tels qu'al-Nosra et l'organisation de l'État islamique (EI) ont tous recours au kidnapping, dans des buts lucratifs ou autres. Difficile, lorsque quelqu'un disparaît, de savoir qui le détient. En l'absence totale de nouvelles des disparus, les familles imaginent toutes les éventualités. "Et le régime alimente l'inquiétude des proches en refusant de restituer les corps des personnes disparues, explique Sophie Nivelle-Cardinale. Tant qu'il n'y a pas de corps, la famille garde espoir".

Pour Amnesty, il ne fait aucun doute que Damas en tire profit financièrement. "Nous sommes certains que le gouvernement et les responsables des prisons profitent des sommes versées en relation avec ces disparitions, et cela a été corroboré par des centaines de témoins", a déclaré à l'AFP Nicolette Boehland, l'auteur du rapport. "Ces pratiques sont tellement répandues qu'il est difficile de croire que le gouvernement n'est pas au courant et ne les cautionne pas, alors qu'il ne prend pas de mesures pour les stopper", a-t-elle ajouté.

De telles allégations restent difficiles à confirmer. La corruption est un phénomène notoire en Syrie, et de longue date. Et le pouvoir des Assad, malgré ses promesses, n'a jamais réussi à l'éradiquer. Elle atteint avec la guerre un niveau exacerbé, mais il est toutefois difficile de prouver que l'argent soutiré par un officiel syrien, directeur de prison, gradé de l'armée ou de la police ou autre, profite à l'État syrien plutôt qu'aux personnes corrompues elles-mêmes.

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