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Fin de l'ultimatum au Burundi, des opposants tués à Bujumbura

Des forces de l'ordre à Bujumbura, le 6 juillet 2015.
Des forces de l'ordre à Bujumbura, le 6 juillet 2015. Landry NSHIMIYE, AFP

Quelques heures avant l'expiration de l'ultimatum du président Pierre Nkurunziza aux opposants pour déposer les armes, des violences ont fait au moins neuf morts dans un quartier sud de la capitale.

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Le climat est de plus en plus délétère au Burundi. Au moins neuf personnes ont été tuées et deux blessées dans la nuit de samedi à dimanche au cours de l'attaque d'un bar dans un quartier d'opposants du sud de Bujumbura. Ces incidents sont survenus avant le début des opérations de désarmement forcé "maison par maison" dans le nord de la capitale du Burundi.

"Ces gens étaient en tenue policière"

Selon ces sources, un groupe armé a pénétré vers 20H00 locales (18H00 GMT) dans un bar du quartier de Kanyosha où ils ont forcé des personnes qui prenaient leurs verres dehors à rentrer à l'intérieur du bar avant de leur ordonner de se coucher à terre. Contactés après l'attaque, des témoins ont affirmé à l'AFP que "ces gens étaient en tenue policière", accusant "des agents de police et des Imbonerakure (ligue des jeunes du parti au pouvoir) d'être responsable de ce massacre".

Cette attaque a eu lieu quelques heures avant l'expiration de l'ultimatum lancé par le président burundais Pierre Nkurunziza à ses opposants pour qu'ils déposent les armes. "Il n'y aura pas de guerre ni de génocide" au Burundi, a affirmé samedi à l'AFP Willy Nyamitwe, conseiller principal présidentiel en communication. "On ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons". "À part cette ignoble attaque dans ce bar de Kanyosha, cette nuit a été très calme dans la mairie de Bujumbura", a-t-il expliqué, reconnaissant toutefois que "les quartiers contestataires, surtout ceux situés dans le nord, se sont pratiquement vidés de tous leurs habitants qui ont fui à cause de la peur et de rumeurs infondées de violence".

Fin octobre, le président du Sénat Révérien Ndikuriyo avait menacé de "pulvériser les quartiers" contestataires de Bujumbura, utilisant au passage le terme "travailler". Un terme loin d’être anodin puisqu’il renvoie au génocide de 1994 au Rwanda voisin, qui fit 800 000 morts en trois mois, et où des miliciens hutus partant massacrer des Tutsis étaient encouragés à bien "travailler".

"Pulvériser les quartiers"

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Les instances internationales et une partie de la population redoutent ainsi que les propos menaçants du camp présidentiel ne déclenchent des violences de masse. Le ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro 2 du régime, a rappelé cette semaine aux habitants des quartiers contestataires, surtout tutsis, qu'ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutue favorable au président Nkurunziza. "Si les forces de l'ordre échouaient, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire : ‘Faites quelque chose’", a-t-il lancé.

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Conscient du risque latent de génocide, le président rwandais, Paul Kagame, n'a pas hésité, dimanche, à rappeler à son homologue Pierre Nkurunziza que la situation au Burundi "rappelle un peu celle qui a prévalu ici" au Rwanda en 1994. En à peine 100 jours, à partir d'avril 1994, 800 000 personnes ont trouvé la mort, essentiellement parmi la minorité tutsie. "Ils (les Burundais) auraient dû tirer les leçons de ce qui s'est passé ici," a-t-il déclaré.

"J’ai décidé de fuir"

Dans ce contexte, la population commence à fuir la capitale Bujumbura. Selon des témoins joints au téléphone par l'AFP, les populations fuyaient les quartiers à majorité tutsie du nord de la capitale pour se réfugier en périphérie ou dans des zones réputées plus calmes. "Dès que j'ai entendu le discours du président Nkurunziza et les propos de ses ministres, j'ai décidé de fuir car j'ai compris que les choses ont changé", a confié Marie, une secrétaire quadragénaire qui a trouvé refuge avec ses cinq enfants chez une parente, dans un quartier plus calme de Bujumbura. "J'ai été terrorisée, j'ai compris que cette fois ils allaient nous tuer jusqu'au dernier", a-t-elle ajouté. Son mari, lui, est resté par "crainte des pillages".

"Il ne reste pratiquement que des hommes qui protègent leurs biens et des jeunes, tous les autres ont fui", renchérit un habitant du quartier de Mutakura sous couvert d'anonymat.

Au fil de la semaine, l'ONU, les États-Unis et la France se sont successivement alarmés du risque de violences ethniques à grande échelle au Burundi, attisé par les propos "incendiaires" du camp du président Nkurunziza, désireux de mettre fin à la contestation agitant son pays depuis le printemps.

"Reprise du dialogue"

Signe de l'urgence de la situation, l'émissaire américain pour l'Afrique des Grands Lacs, Thomas Perriello, devait arriver au Burundi ce dimanche, et y rester trois jours, pour exhorter toutes les parties au "maximum de retenue" et à la "reprise du dialogue", selon le département d'État.

La candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat, contraire à la Constitution et à l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile, a plongé le Burundi dans une grave crise.

La répression de manifestations et la réélection en juillet de Nkurunziza n'ont pas empêché l'intensification des violences, désormais armées. La crise a déjà fait au moins 200 morts depuis la fin avril, et quelque 200 000 réfugiés.

Avec AFP

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